Quand c'est noir, c'est que c'est cuit!

Expériences culinaires et gustatives en Nouvelle-Zélande: une place toute particulière est réservée aux ratés et à tout ce qui n'est pas bon. C'est plus drôle.

01 janvier 2008

2007 est cuit! On met 2008 au four!

La porte de la cuisine est grande ouverte sur le jardin fleuri… Les mouches bourdonnent et s’activent dehors, (dedans aussi, ce qui m’agace prodigieusement), les rideaux du salon sont encore tirés car la fenêtre donne plein Nord et le soleil tape en ce 1er janvier 2008. Le lave-vaisselle ronronne discrètement, les petits lutins qui l’occupent sont en plein nettoyage et n’auront de cesse de m’avoir récuré les assiettes du réveillon jusqu’à les rendre étincelantes (surtout si, cette fois, j’ai mis assez de poudre, parce que j’ai acheté un produit écolo, qui ne semble pas aussi plein d’enzymes voraces que les bons produits chimiques standards, malgré l’étiquette).
Les enfants ont réintégré leurs chambres et jouent hors de mon champ de vision et presque hors de portée d’oreille (ne rêvons pas non plus, le niveau sonore d’un enfant est exponentiel à partir du moment où il y a plus d’une unité en présence). Monsieur P., en époux dévoué et attentionné, a décidé d’inaugurer l’année en allant rafraîchir ses mouches toutes neuves dans la Ruhamanga ou autre rivière, ce qui fait qu’il a quitté la couche conjugale dès potron-minet et que je ne le reverrai pas avant une heure avancée de la journée. Celle du dîner, je présume.

Heureusement, il m’a généreusement laissé de l’occupation, sinon ma journée serait d’un vide incroyable, sans vaisselle, sans casseroles à récurer, sans une plaque de cuisson ravagée par son expérience culinaire de la veille, sans lessive ni aspirateur à passer, ni fête à préparer parce que, l’air de rien, le 4 janvier est dans trois jours. Ma fête. De mon anniversaire.

Hier soir, avec douze heures d’avance sur le monde européen, la Nouvelle-Zélande a basculé dans la nouvelle année. On ne l’a presque pas senti, Wellington était d’un calme inquiétant, à part quelques fêtards qui avaient oublié d’aller au lit à 10 heures et qui ont fait exploser trois pétards dans ma rue. Je suis étonnée que les voisins n’aient pas appelé les forces de l’ordre pour signaler ces comportements délictueux, le 111 est bien utile pour ça. C’est le numéro police-pompiers-ambulance-dénonciations (non, en fait, le *555 sert à signaler les mauvais conducteurs qui grillent les priorités ou démarrent avant le feu vert). Mais c’est vrai que je n’ai presque plus de voisins, ils ont tous fui.

C’est dans une atmosphère détendue que nous avons préparé notre petit dîner du 31, en comité réduit mais comportant les membres les plus importants que je connaisse, soit Monsieur P., Pi, Ma, Li et moi-même. J’avais expédié Monsieur P. en courses le matin, c’est donc lui qui a décidé de l’entrée en faisant son marché.

Je l’ai laissé aux fourneaux, en général je n’ose pas regarder. De délicieuses odeurs s’échappaient par bouffées de la cuisine, accompagnées de grésillements, chuintements, glougloutements, bruissements, crépitations, suivis de tintements, bourdonnements, fracas et tohu-bohu causés par l’entrechoquement de la vaisselle et des casseroles, parfois la chute d’un instrument métallique rebondissant sur d’autres récipients, tout cela souligné par intermittence avec des « Où est le beurre ? … Tu as du curcuma ?... Il n’y a plus de sacs poubelle, je fais quoi ?... Oh, vache, ça gicle !... ». C’est en général suivi de l’annonce péremptoire « Ça va être dé-li-cieux ! ».

Du salon où je goûtais un repos anticipant les heures de récurage à venir, je me suis demandé si l’équation petit-plat -préparé -par -Monsieur/ nettoyage -par -mes -soins n’était pas un marché de dupes.
On s’est régalés d’un … euh… d’une fricassée de crevettes et gambas à la chair de crabe, parfumée aux épices (je n’ai pas regardé lesquelles, il suffirait peut-être que j’aille vérifier quels flacons sont couverts de graisse), avec un petit riz blanc tout simple, présentée dans des cassolettes individuelles, c’est la fête, nom d’une pipe !

Par paresse intellectuelle et aussi parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne, j’ai confectionné mon fameux filet de bœuf en croûte. Sans les haricots verts, marre de manger sainement, que du gras, c’est bon.
J’ai magistralement fait revenir le filet dans un quintal de beurre, puis l’ai posé sur sa pâte feuilletée décongelée (quelle merveille, cette invention) tartinée de foie gras, lui-même parsemé de cèpes. Une deuxième pâte a sommé l’œuvre une fois la viande bien enduite de foie gras, j’ai bien collé tout ça à l’eau, ménagé une petite cheminée et sacrifié un œuf pour dorer le tout.
Hop, au four.
Deux minutes plus tard, Monsieur P. hurle : « T’as oublié les cèpes ! ».

Misère. Le bol de cèpes trône sur le plan de travail, j’ai complètement oublié de les mettre sur le filet ! On ne va pas se laisser abattre par un détail futile comme celui-ci, j’ai empoigné mes maniques, sorti le filet en croûte du four, et armée d’un couteau bien aiguisé, j’ai chirurgicalement fendu le dessus de la bête, écarté les bords et introduit les cèpes qui se sont blottis douillettement sur leur lit de foie gras, déjà à moitié fondu à la chaleur du four. Il me restait un bout de pâte, transformé dans la minute en bande chirurgicale, appliquée sur la plaie et redorée à l’œuf. Ni vu ni connu, tout est reparti sereinement cuire, tout était parfaitement maîtrisé.
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Dans un registre moins magistral, j’ai confectionné des fondants au chocolat, recette dénichée dans la journée, qui devaient cuire au micro-ondes pour un résultat époustouflant. On a été époustouflés, surtout quand les fondants se sont transformés en dégoulinants, en coulants, en ruisselants, en torrents.
Je comprends l’enthousiasme des chimistes ébaubis devant un précipité, ou celui des volcanologues observant avec exaltation un cratère bouillonnant. À l’issue du temps de cuisson recommandé, il y avait autant à manger autour des ramequins qu’à l’intérieur, ce qui a été source d’un très ludique nettoyage, regrettablement accompagné par des coulures chocolatées un peu partout entre le micro-ondes et l’évier.

Mon fils chéri Pi, dont la croissance a démarré récemment à une vitesse incontrôlable, a dévoré son dégoulinant sans sourciller, et m’a même félicitée. Il grandit, le cher ange, et a déjà compris que la flatterie ouvre bien des portes, surtout celle qui mène aux gâteaux au chocolat de maman. Mon petit loulou, bien sûr que je t’en referai, des gâteaux, rien que pour toi, avec plein de chocolat dedans, dessus, et même autour.

J'ai toute l'année 2008 pour m'entraîner.DSCF1939

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29 novembre 2007

L'envers du décor ou tout ce que Nadine de Rotschild vous cache

Au menu: timbales de courgettes au saumon, suivies d'un bœuf bourguignon, d'un plateau de fromages, pour terminer par un roulé à la fraise ou, tiens, une crème renversée au caramel.

Voilà ce que j'arrive à concocter, en invitant des personnes différentes à chaque fois, menu qui peut me durer quelques mois sans me creuser trop la cervelle.

Mais là où le bât blesse, c'est lors de l'élaboration de tous ces petits plats savoureux.

En effet, lorsque les invités arrivent, le salon est accueillant, les couvertures destinées à protéger les canapés beige inconsidérément achetés par Monsieur P. quand j'avais le dos tourné, ont disparu, un fumet appétissant flotte, des bougies sont allumées, reflétant leur flamme dans le ventre bombé des flûtes à champagne disposées sur la table du salon, à côté de petites bricoles apéritives fabriquées maison.
Le couvert est déjà mis, quelques roses du jardin dans un vase, la musique d'ambiance flatte l'oreille sans l'agresser, et les enfants sont éjectés à l'étage, une fois gavés de pizza, laissés à regarder un film avec mission d'être invisibles (et inaudibles) et ils auront du dessert demain.
La maîtresse de maison, coiffée et maquillée discrètement, arborant des frous-frous fleurant bon une maison de parfum française, accueille les hôtes avec le sourire, l'air reposé et ravi. Moi.
Sauf que.

Le scénario habituel se déroule ainsi: le matin du grand jour, consultation des recettes et élaboration de la liste de courses. Dans l'ordre des rayons du magasin, on est organisé ou on ne l'est pas. Ma pâte à pain est prête dans son saladier, je décolle.
La majorité des denrées achetées, tour dans le deuxième établissement où j'ai l'espoir de trouver quelques ingrédients essentiels en rupture de stock dans le premier supermarché. Tout ça en courant pour éviter que ce qui mijote dans le coffre ne pourrisse pas irrémédiablement avant le retour vers la maison et le réfrigérateur.
Ça y est, tout est là, il est déjà … oulàlà! Midi! Et je n'ai encore rien fait!

Déballage express des quarante sacs pleins, et c'est l'heure d'aller récupérer Li à son kindergarten. Pas le temps d'aller chez le coiffeur, de toute façon c'est un rêve que je caresse à chaque fois, inaccessible et incroyable, comme de gagner au loto.
Une fois mademoiselle récupérée, puis nourrie d'un bol de nouilles et d'un yaourt, je me mets au travail. Monsieur P. me fait la grâce de ne pas rentrer déjeuner, il sent le vent du boulet, et ces jours-là, je ne le vois pas.

Une fois les timbales de saumon préparées, je me retrouve à la tête d'une cuisine fleurant le poisson, en compagnie du parfum du bourguignon qui mijote. Il est déjà trois heures, je cours chercher Pi et Ma à l'école, laissant derrière moi un chantier innommable.

Le saumon est gras et juteux, avec un peu de chance j'ai laissé tomber le plastique côté beurre par terre, les ciseaux de cuisine dérapent dans les mains et gisent au fond de l'évier. Les moules à timbales les côtoient, par-dessus s'empilent la poêle qui a servi à cuire les courgettes, la râpe qui les a râpées, la planche à découper les courgettes, la deuxième planche pour débiter la viande à bourguignon, les trois couteaux de taille croissante que j'ai utilisés car les deux premiers ne coupent plus rien, les deux saladiers dans lesquels j'ai préparé la pâte à pain, les six cuillères en bois qui ont servi à ces diverses préparations. Il y a de la farine sur le plan de travail, la plaque de cuisson est couverte de projections d'huile, de beurre, des petits bouts de courgette se sont sournoisement échappés et me narguent, collés à mort sur les trucs à gaz, ou, par terre, n'attendent que mon pied pour me faire effectuer un triple axel sur le carrelage.

Je parlemente avec le four pour qu'il atteigne les 240° nécessaires à la cuisson du pain: "Tu vas chauffer, bourrique? Une demi-heure, tu mets une demi-heure pour arriver à 200°, tu crois que j'ai des actions chez Meridian-Energy?". Je finis toujours par: "Saleté de four". Ça dégage bien.

Je convainc mes enfants avec la tendresse d'une mère attentive d'aller jouer dans leurs chambres : "Vous allez me débarrasser le plancher, oui? Nan, vous n'avez pas besoin de goûter, filez, ou bien emportez du chocolat et du miel dans vos chambres, disparaissez, je ne veux plus vous voir!"

J'appelle Monsieur P. au bureau pour m'assurer qu'il va bien "Alors? Tu rentres, oui? Faut que t'achètes du vin, du lait, de l'huile, deux kilos de farine, y'a plus de sucre, grouille! Quoi? C'est moi qui ai la voiture? Et alors?"

Ayant ainsi disposé des bonnes volontés des uns et des autres, je me replonge dans mes recettes. Remplies de fallacieuses indications du style "faire blanchir les jaunes avec du sucre", ce qui donne toujours chez moi un mélange jaune. Blanchir est-il un terme totalement dénué de connotation visuelle? Ou est-ce la coquille qu'il faut employer?

Une fois Monsieur P. docilement rentré, je le charge de quelques menues tâches allant de la direction du cheptel (doucher les enfants et les bourrer de la pizza précitée) à l'élaboration du plateau de fromages. Le compte à rebours a commencé.
Le couvert n'est pas mis parce que la nappe n'est pas repassée. Oui, pour de graves questions de gestion de mon temps libre, le linge à repasser est stocké dans un sac qui prend des allures de balle de coton, en général quand il est mûr il tombe du dessus du lave-linge où je le case, loin de ma vue.
Repassage accéléré, puis couvert mis en courant.
"Aaaaaahhh! Mes bouchées pour l'apéro! "
-Quoi? Tu n'as pas fait d'apéro? (Monsieur a le sens de l'à-propos dans ces situations d'urgence).
- Flûte, flûte, flûte (pour le confort de lecture, j'ai remplacé le terme plus scatologique employé dans ce cas), pousse-toi de là, où est ma plaque?

Evidemment, ma plaque de four trône au sommet de la pile de vaisselle sale qui commence à déborder de l'évier, impossible à laver car sinon l'eau, qui ne peut atteindre le fond directement, rejaillit de tous côtés jusqu'à la table de la cuisine. Tant pis, je lave et j'éclabousse.
- T'as vu l'heure?
J'avale un début d'étouffement de rage, et répond en grinçant des dents: "Prépare plutôt le salon!".

Suivent un certain nombre de sollicitations "Comment tu enlèves les couvertures? (en les tirant, c'te question!) Oui, mais comment tu fais ensuite? (tu les plies, t'as fait l'armée, non?) Où je les mets? (en boule dans l'escalier, on s'en fiche, y'a plus le temps!) On met quels verres? (On a dit qu'on buvait du champ', tu veux préparer des cocktails ou quoi?) Y'a une tache (non mais et puis quoi encore?)".

En général, j'ai fait le dessert d'avance; en cas de crème caramel ou de tarte Tatin, j'ai en plus, dans ma collection de vaisselle sale, la casserole à caramel, qui a invariablement cramé et devra tremper trois jours avant que je ne me décide à faire bouillir de la Javel pour récupérer mon ustensile.

- Il est l'heure, je vais me changer!, annonce Monsieur benoîtement, alors qu'échevelée, la sueur au front, couverte de taches malgré le tablier qui de toute façon, faute d'être attaché, n'a servi à rien, je m'escrime à décoller mes bouchées apéro de la plaque parce que, distraite par le feu roulant de questions, j'ai un peu oublié que le four, une fois chaud, a tendance à chauffer de plus en plus. En grattant un peu, je récupère la majorité de mon œuvre.

Ventre à terre, je cours me changer, un pchitt de parfum pour couvrir l'odeur mêlée de saumon -courgettes-oignons-lardons-caramel-fromage-produit vaisselle-coulis-de-fraises, selon le menu établi. Démélage express avec le pchitt pour rendre lisse et brillant (c'est marqué dessus), du truc sur les yeux avec un petit coup de brosse à cils dans l'œil parce qu'il n'y a pas de raison d'éviter ça aussi, quelques vêtements qui ne soient pas des haillons et hop! Toc toc toc, les voilà!
Et retour à la description du départ.

Et ce qu'il y a de bien, c'est qu'ainsi, je peux trier mes invités: pas de deuxième tour pour ceux qui chipotent, laissent du foie gras sur le côté de l'assiette ou picorent parce qu'ils sont au régime. Quand on vient chez moi, on mange. Sans discuter.

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28 octobre 2007

Un bon, long, long repas.

Notre bonne ville de Wellington abrite quelques restaurants où l'on sert autre chose que des sandwiches garnis d'ingrédients improbables, ou des filets de poissons non identifiables enveloppés d'une pâteuse croûte jaune et généreusement frits. Et puis le poisson, ça ne broute pas par millions sur les verts pâturages du Waikato, alors on s'en méfie par ici.

Armée de mes pages jaunes et d'un téléphone en état de marche, j'ai réservé dans un des quatre restaurants de la ville qui met des nappes en tissu sur ses tables. De façon assez amusante, le charmant jeune homme qui m'a répondu m'a demandé si nous souffrions d'une allergie qui pourrait nous empêcher de goûter pleinement aux mets proposés. Manquerait plus que ça, déjà que le choix est limité, si en plus on ne pouvait pas manger tout ce qui vient, nous n'aurions plus qu'à nous enfermer dans le placard de l'escalier en attendant l'avion qui nous ramènerait en France. Dans un an.

Ayant ainsi précisé que nous étions omnivores, j'ai raccroché, l'esprit au repos après avoir enfin trouvé un lieu de festivités pour ce vendredi. Oui, j'aime bien fêter plusieurs fois la même chose, pour être sûre.

Evidemment, le soir dit, Monsieur P. n'avait rien trouvé de mieux que de se bourrer de chips avec des amis avant d'arriver en retard. J'adore quand il me précise, avant de sortir "Je n'ai plus faim du tout, on va où, au fait?".
Nous avons trouvé sans peine la petite maison jaune où le restaurant a installé ses pénates, serrée entre deux gros immeubles qui ont l'air de vouloir la dévorer toute crue. Mignonne et à croquer, avec ses murs en planches et son pimpant toit de tôle ondulée.
Accueillis avec le sourire (heureusement), nous avons procédé à l'escalade de l'escalier de meunier qui dessert la salle de restaurant: les cuisines sont au rez-de-chaussée, c'est bien commode pour les cuistots. Un peu moins pour les clients, mais c'est un choix.

Nous avons commencé par observer la clientèle choisie qui avait choisi de passer la soirée dans cet établissement de standing. On sait que cela fait partie du plaisir de sortir au restaurant, regarder les autres, lorgner dans leurs assiettes et émettre des commentaires appropriés. Discrètement, nous ne sommes pas adeptes du scandale en public.

Ce qu'il y a de bien en Nouvelle-Zélande, c'est qu'on peut aller partout du moment qu'on a les poches pleines. J'ai souvenir d'un repas au restaurant d'un fameux hôtel de la place de la Concorde, où l'on a prêté une veste de blazer à Monsieur P. qui avait innocemment pensé que, pour un déjeuner, les apprêts vestimentaires n'étaient pas de rigueur. A Wellington, on ne s'embarrasse pas de ces faridondaines exotiques et passéistes: notre voisin dînait en marcel, son journal ouvert à côté de lui. On lui pardonnera son tee-shirt, le pauvre était tout seul, pas de ravissante kiwie à épater avec une chemise à rayures bleues et jaunes ouverte sur un torse velu, comme le monsieur de la table d'à côté.

Notre maître d'hôtel, une robuste femme au sourire éblouissant, nous a terrorisés d'entrée. On dit peut-être d'ailleurs maîtresse d'hôtel, dans ce cas. Mais cela peut conduire à d'autres interprétations auxquelles je ne me livrerai pas.
Afin d'attirer notre attention, elle a passé la soirée à venir nous voir en s'arrêtant net à cinquante centimètres exactement de notre table, en claquant les talons. Je la soupçonne d'avoir tout juste opéré une reconversion après une carrière dans l'armée de terre.

Nous avons appris beaucoup de choses sur ce que l'on allait nous servir, l'impressionnante employée annonçant d'une voix bien timbrée ne tolérant pas l'interruption, la composition des plats et la provenance des produits. En détail. C'est long quand on a faim.

L'intention du personnel de service aussi bien qu'en cuisine, semble avoir été de nous rendre ivres morts à nos foyers. En effet, les boissons ont été servies avec une louable promptitude, après nous avoir proposé de prendre soit un champagne néo-zélandais, soit un Taittinger. Douloureuse alternative.
Le repas, quant à lui, après que j'ai réussi à commander un filet de bœuf (j'ai eu droit à sa généalogie complète, évoquée poétiquement par notre solide matrone) et des filets de poisson sans panure pour Monsieur P., est arrivé une longue heure après.

Les plats inscrits au menu étaient scrupuleusement détaillés jusqu'au moindre brin de persil; en rajoutant les commentaires composés en trois parties de notre Amphytrion au féminin, j'ai à peine compris ce que je mangeais. Mais c'était bon, surtout après une heure de descente de Taittinger, accompagné de l'unique tranche de pain que l'on nous a apportée comme s'il s'agissait d'une version solide du Saint-Chrême. Il n'y en a pas eu une deuxième. Ne poussons pas.

Je me demande quelle notation Monsieur P. a mis à ce restaurant: il a instauré un amusant système d'évaluation à base de têtes de mort.
En l'occurrence, je décernerai un tibia d'honneur pour service exceptionnellement long: trois plats en deux heures, mieux que moi quand je reçois du monde.

Et si j'ouvrais un restaurant?

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02 septembre 2007

On sort Barbie

Qu'est-ce qu'on fait à manger quand le ciel est bleu, que les p'tits zoiseaux gazouillent dans les pohutukawas et que les températures se sont hissées au moins jusqu'à 18°?
Justement, j'ai des tranches de gigot en passe d'être périmées, c'est à dire que si je veux éviter d'envoyer toute la famille aux urgences, il est impératif de les cuire immédiatement ou d'effectuer le classique rangement vertical.

Je mets un pied prudent dehors, lance un regard scrutateur vers la voûte azurée qui nous ravit l'œil depuis le matin, lève un doigt interrogateur afin de vérifier la force du vent. Température correcte, ensoleillement satisfaisant, visibilité illimitée et vent nul.

Ce 1er septembre est le premier jour du printemps, en fonction de critères qui ne semblent pas provenir de détails triviaux comme les solstices mais plutôt de l'âge du capitaine; précisons que nommer les saisons en Nouvelle-Zélande ne représente qu'un intérêt très limité. Il fait à peu près la même température à Wellington tout au long de l'année, à part une pointe de canicule aux alentours de 25° en plein été, vers février. Nous reconnaissons qu'il doit faire plus frais l'hiver dans les endroits comme les stations de ski, mais nous n'avons pas de vocation météorologique ni celle de vanter le climat néo-zélandais pour faire venir du monde.

Monsieur Pim et moi-même nous sommes adaptés à une particularité locale, celle qui veut que les femmes soient en cuisine toute l'année pour concocter de savoureux sandwiches à la Vegemite ou des muffins au sucre (enfin, du sucre goût muffin) et que les hommes prennent le relais l'été pour assurer virilement la cuisson des viandes devant le barbeuquiou. Nommé aussi "barbie", car la langue de Shakespeare répugne à utiliser des mots de plus d'une voire deux syllabes (enfin, Shakespeare utilisait des vocables plus longs et souvent bien choisis, mais le pauvre n'a plus son mot à dire, alors foin de cuisson du cochon embroché "de la barbe au cul", on dit "barbie").

Or donc, Monsieur Pim a pris la cuisson de la viande en main. J'ai été chargée de récurer les plaques de cuisson en fonte qui ont passé les six derniers mois enrobées de la graisse de la dernière grillade. Il m'a demandé après coup "Il y avait encore des locataires, sur la plaque?"
Etonnée, je lui demande de préciser sa pensée.
"Oui, j'avais laissé un bout de gras bien calciné lors du dernier barbeuk, et plus tard j'ai vu qu'il était plein d'asticots. Marrant comme ça se met partout, même dans de la viande réduite à l'état de charbon!"
Heureusement, les asticots avaient rendu l'âme depuis ou avaient migré vers d'autres festins, je n'ai eu que le plaisir de frotter pendant une demi-heure la bonne graisse recuite des plaques.

Une fois les instruments de cuisson récurés à fond, Monsieur Pim est passé à l'action, et a œuvré devant l'extraordinaire monstre à gaz qui sert de barbeuk. Toute maison accompagnée au minimum d'une terrasse, ou mieux d'un jardin, se doit d'être équipée de cet appareil. Il en existe différents modèles, le nôtre semble de belle qualité, bardé de molettes à gaz; il propose une rôtissoire, une plaque pour garder au chaud, et un intéressant petit cadran qui donne la température interne de la bête quand elle chauffe.
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Nous sommes loin du fond de lessiveuse posé sur trois pieds tremblotants, chargé de menu bois allumé à grand peine, parfois à coup d'alcool à brûler histoire d'aller plus vite, feu sur lequel on pose la grille encore gainée des peaux de sardines qu'on a fait grésiller dessus la fois d'avant...

Non, c'est sérieux le barbie, pas de feu ouvert car les maisons sont bâties en planches, inutile de réitérer l'incendie de 1666 pour faire rôtir trois saucisses.
Après inspection du mode de cuisson, (on pose la bidoche sur la plaque, on ferme le couvercle jusqu'à ce que ça soit prêt) et avoir goûté le résultat, on dira que c'est comme une plaque de gaz avec poêle intégrée.
Pas de petit goût de feu, pas de morceau un peu charbonneux car la flamme s'est alimentée à la graisse, non, c'est aussi bien cuit que dans la cuisine.
L'intérêt est de profiter du beau temps dès qu'il fait 15°, de ne pas mettre de matière grasse (elle s'accumule toute seule après trois cuissons) et de montrer aux voisins qu'on fait la fête sans eux.

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17 août 2007

La bonne purée pas maison

Une copine encore moins douée en cuisine que moi se posait dernièrement une question essentielle: où trouver la bonne purée Mousline de maman, celle dont on est sûr que tout le monde en reprend? (je sais, l'allusion date un peu, je crois que c'est le slogan de mon enfance, et l'air de rien ça commence à faire loin. Etonnant comme le temps passe).

Titillée par le défi et n'ayant rien d'autre à faire qu'errer à l'affût de nouveautés improbables entre les rayons du New World du coin (la chaîne kiwie aux tarifs équivalents à ceux de feu Félix Potin), j'ai soudain repéré un emplacement longtemps négligé: celui des soupes en sachets, où le potage aux pois et potirons côtoie celui goût haricots blancs-tomates, ou menthe-gigot d'agneau, bref que du bon. Et bien caché en bas de la pile, le carton de purée en flocons. J'ai dû chercher pour extraire un exemplaire neutre, et pas parfumé à la gravy ou aux herbes du bush.
Heureusement que la pellicule de numérique ne coûte rien, sinon je n'aurais pas pris la peine d'immortaliser cet échantillon.
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On constate un vrai choc des civilisations à la simple lecture du paquet: Maggi recommande d'ajouter uniquement de l'eau chaude, il ne faut pas oublier que nous sommes en pays anglo-saxon, un peu de bouillante eau et le tour est joué. La crème est déjà dedans, ai-je pu vérifier en lisant de près la composition, et aussi un "arôme beurre" qui m'a laissée perplexe. Quand même 93% de pommes de terre, aux sulfites précise-t-on, je suppose que ça donne un goût inimitable.

On aura aussi remarqué l'accroche majeure de l'emballage: c'est fait avec de la vraie patate. Ben tiens. Accordons aussi un certain réalisme à la photo, on dirait que la plâtrée de purée vient juste d'être catapultée de la louche de la cantinière à côté de la ragougnasse luisante et marron qu'on doit avaler avec. Il semblerait qu'un vague aliment vert, peut-être un légume, puisse être ingéré en même temps, mais je suppute qu'il s'agit plus d'une touche de couleur qui vise à égayer cette blafarde purée, et ça finit bien la photo.

Au dos, Monsieur Maggi recommande de se caler les joues avec le "Maggi Beef Bourguignon". Quelle économie de temps réalisée: deux sachets de poudre à $2,50, une pinte ou deux de chaude eau, une assiette et une fourchette (optionnel, on peut manger tout ça à même le micro-ondes, je pense) et on a préparé en un clin d'œil un repas délicieux et nourrissant (c'est aussi marqué au dos).

Une fois n'étant pas coutume, je donne ici la recette de la purée de Joël Robuchon, qui connaît les bonnes choses. Evidemment, le taux de cholestérol prend un bon coup de pouce vers le haut, mais tant qu'à mourir un jour, autant que ce soit grâce à trop de bonne bouffe qu'à cause de machins déshydratés faits avec des sulfites, des blanchisseurs, des émulsifiants, du sucre et, horreur suprême, des arômes de beurre.

J'ai trouvé la recette sur internet et bazardé la page après un copié-collé, donc je n'ai pas noté la source, mais c'est celle de Monsieur Robuchon.

" pour 6 personnes

1 kg de pommes de terre

250 g de beurre salé

20 à 30 cl de lait entier

gros sel (10 g par litre d'eau) 

Les pommes de terre, de taille uniforme, sont cuites entières (départ dans de l'eau froide salée), égouttées, pelées encore tièdes, passées au moulin à légumes (grille la plus fine). La purée est légèrement desséchée sur feu très doux en remuant vigoureusement avec une spatule en bois durant 4 à 5 minutes.
Le beurre très froid, bien dur et coupé en morceaux est incorporé petit à petit. Il faut remuer énergiquement pour bien incorporer le beurre et rendre la purée lisse et onctueuse.
On termine la purée en incorporant le lait bouilli très chaud, en petit filet, et en mélangeant au fouet toujours vigoureusement jusqu'à ce qu'il soit entièrement absorbé. "

Voilà: les proportions sont simples, il suffit de mettre le quart du poids des pommes de terre en beurre. Là, c'est bon.

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25 juillet 2007

Tarte à la Pimali

Ou comment faire à manger quand le frigo est vide (ou presque).
Oui, car je croyais avoir gagné ma liberté avec la fin des vacances, mais que nenni, non content d'avoir eu Pi, Ma et Li sur le dos pendant deux semaines pluvieuses, voilà que 66% de mes héritiers sont tombés malades. Ma est ravi, heureux de sécher l'école, quoique vraiment ce ne soit pas la mine en Nouvelle-Zélande. Question compétition et travail à la maison, je dois dire que c'est, là aussi, très "peace and love". Décontracté, quoi.

Li tousse à fendre l'âme mais reste assez en forme pour débrancher l'ordinateur pendant que maman écrit un de ses textes impérissables, aussi mon dernier écrit qui m'aurait valu le Goncourt, le Fémina et le Renaudot réunis, a disparu avec la déconnection dudit ordinateur. Demain, elle repart au kindy, avec un pull.

Pi peste de devoir aller en classe, il faut dire qu'il a un cours de hip-hop prévu, un dessin de chevalier et un bricolage en route, c'est beaucoup trop. (Retour à la bonne école française, à la baguette, l'année prochaine).

Tout ça fait que je ne suis pas encore assez mère indigne pour laisser mes poussins tous seuls à la maison (ceux qui suivent savent qu'ils ont quatre et huit ans), donc frigo en phase de désertification avancée. Et Monsieur Pim qui rentre déjeuner!

Je fouille et j'extrait un fond de pâte du congélateur, un pot de moutarde (française, sans sucre), des tomates, du parmesan râpé (enfin, c'est marqué parmesan dessus, mais on peut se permettre d'avoir des doutes), de la crème liquide, du bacon que je transforme illico en lardons, et une courgette qui commençait à ramollir pour passer le temps. J'ai tartiné la pâte de moutarde, empilé les ingrédients artistiquement et au four pour un certain temps.IMG_3712

Quand j'ai estimé que l'heure était venue, Monsieur Pim ne devant pas tarder à rentrer, j'ai sorti la tarte à l'aide d'un torchon, en me brûlant car j'ai encore égaré mes maniques (je les ai choisies rouges, pourtant), essayé de l'extraire convenablement de son moule en silicone (elle a un peu plié, mais ça ne se voit -presque- pas) et on a attendu le retour du guerrier.
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Bon, il n'est pas venu, mais les enfants l'ont trouvée drôlement bonne. De toute façon, c'était ça ou rien.

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13 juillet 2007

Bon sang, mais c'est bien sûr! Vendredi 13...

Depuis quelques jours, un paquet de "gravy beef" me faisait de l'œil depuis l'étagère supérieure du frigo. A chaque fois que j'ouvrais la porte, il me sussurait "Hé! Je suis là! Qu'est ce que tu attends?". Je refermais la porte d'un air coupable, éteignant la lumière sur le morceau de bidoche éperdu, son espoir déçu à chaque fois.
Hier, il a perdu patience: "Hoho! Tu me regardes, oui ou zut? je suis pé-ri-mé!". Je le savais, bien sûr, mais la flemme avait pris le dessus, je préférais éviter de regarder la date écrite sur le paquet.

Aujourd'hui, il m'a hurlé depuis son étagère "Regarde, espèce de feignasse, je commence à noircir, tu veux donc me jeter, gaspiller le bon argent péniblement gagné à la sueur du front de Pim, vous finirez à la rue, ce sera de ta faute, on n'a pas idée d'acheter de la bonne viande et de la laisser traîner comme ça!".
J'ai donc cédé et empoigné le paquet de "gravy beef" afin de préparer un de mes morceaux de bravoure. Un Bourguignon. Normalement ça donne ça:IMG_3618

J'ai fait de gros progrès et ne consulte plus guère Ginette Mathiot pour ce faire. Au bout d'une petite centaine de fois, je maîtrise presque le processus et je peux y aller sans filet.

Je savais déjà que je n'avais pas de lardons, ni de bacon, ni de cochon sous aucune forme sous la main. Donc on a commencé de façon un peu bancale, en faisant juste revenir des oignons dans de l'huile d'olive. Oui, je fais comme la dame espagnole dans Astérix, je fais tout à l'huile d'olive, Olé. Parce que l'exquis goût de la bouillante eau, je m'en passe (les érudits auront compris).

Pendant ce temps, j'ai découpé en cubes la viande:
- Ah, enfin, tu t'es décidée! Heureusement que je n'avais QUE commencé à noircir! Tu as reniflé, un peu, pour voir?
- Oui, qu'est-ce que tu crois?
- Que tu veux empoisonner PI, Ma et Li, plus monsieur Pim pour faire bonne mesure, mais comme tu vas aussi en manger, je suppose que tu sais ce que tu fais.
- Mfffm.

La viande a été jetée dans l'huile dont j'avais retiré les oignons. J'avais aussi utilisé des oignons nouveaux qui s'ennuyaient en bas du frigo (un peu mollassons, au bout d'une semaine). Tant qu'à utiliser les restes...
Ensuite, une ou deux cuillérées de farine, je remets les oignons, et puis le vin rouge. Le vin rouge. LE VIN ROUGE est demandé en cuisine, merci.
- Où est ce vin, bon sang?
- Youou! Je suis là! Le Wyndham Estate australien!
- T'es gentil, tu coûtes $15 la bouteille, et puis tu es entamé, je vais plutôt prendre le néozède dans la réserve.
- Oui, je suis là, je ne coûte que $9 mais je suis très bien, moi!
- Là, te fâche pas, allez, laisse-moi te décapsuler... GGgggnnnnnn.... ça y est. Zut de flûte! T'es blanc!
- Ben oui, c'est quoi le problème?
- Je veux du rouge!

Je recapsule le blanc (moche, la capsule métallique, mais facile à ouvrir quand on n'a pas son homme de peine sous la main), verse le restant de rouge dans la viande, réouvre le frigo et jette un œil sur ce qui reste dans la porte.
- Non, non, on n'est pas là!
- Quoi, t'es du pinard, toi, non?
- Oui, m'dame, mais j'suis blanc, moi!
- M'en fiche, j'ai besoin de vin, et t'es entamé!
- Noooooooon! Je veux du poisson! Me faites pas ça!
- Pas de pitié, j'ai besoin de vin pour mon Bourguignon, tu vas y passer!

Sourde aux gémissements du Riesling de Nelson, je l'ai versé en longs glougloutements déchirants dans la cocotte, pour qu'il se mêle au Cabernet-Merlot qui y mijotait déjà.

Et ça a donné ça:IMG_3700

Il s'est bien vengé, le Riesling.

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06 juillet 2007

Chaud dedans / dehors ...

Les petits vents coulis et froids qui nous chatouillent l'épiderme cet hiver n'incitent pas à se lancer dans le délicieuses salades fraîcheur, dont le nom seul me frigorifie.
Aussi, ce sont de vigoureuses nourritures roboratives qui nous tentent, telles les lasagnes. Voilà un bon moment que je n'en ai pas préparé, surtout lorsque je jette un œil navré sur mes capitons et surtout sur ceux de Monsieur Pim. Probablement moins sensible à ce type de détail accessoire, c'est lui qui m'a suggéré d'en faire.
Retour de courses de ma digne et imposante moitié:
- Regarde, je t'ai acheté des feuilles pour faire des lasagnes.
- Mais c'était pas sur la liste de courses, dis donc!
- Ben, euh, ça fait longtemps, et puis, tu les fais si bien!
Typique. Ils font tous ça, c'est une technique éculée mais qui fonctionne toujours à cent pour cent: la flatterie basse et sans vergogne.

J'ai cédé, bien sûr. Il a été réexpédié acheter la viande et les ingrédients de base (avec au moins trois coups de fil pour demander "Combien de haché?" et puis "Tu achètes quelles tomates?" et encore "Je prends de l'édam ou quoi, comme râpé?", la téléphonie mobile a de beaux jours devant elle).

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Et au boulot. En compagnie de Li, qui dès qu'elle me voit occupée à bousculer mes casseroles, pousse une chaise vers le plan de travail pour être à pied d'œuvre et participer activement aux préparatifs. Elle m'a bien aidé pour la béchamel.

Ce qui est commode pour les cuisinières dilettantes, qui ne savent jamais par coeur une recette (si, la béchamel, je la connais, ma maman m'avait donné sa recette il y a longtemps, le post-it était collé au-dessus de ma plaque électrique dans ma chambre d'étudiante, et à force de le voir j'ai fini par l'apprendre), ce sont les instructions du fabricant. Le monsieur qui a conçu les paquets de lasagnes (ou la dame, après tout!) a tout écrit au dos, j'ai donc jonglé entre mes cuillères et mes casseroles le nez sur la boîte en carton.
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Tout s'est bien passé, rien n'a brûlé, j'ai juste vu un peu large et un peu de sauce s'est malicieusement échappé par-dessus le bord du plat pour redécorer le fond du four. Et produire la fumée noire dont je suis spécialiste. Donc oui, un peu de brûlé, mais rien qu'un bon coup de produit toxique à décaper les fours ne puisse venir à bout.

Elles étaient très bonnes, ces lasagnes, et l'avantage c'est qu'il faisait au moins 18° dans la cuisine après la cuisson! C'est aussi ça, l'intérêt des plats chauds à Wellington au coeur de l'hiver.


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15 juin 2007

Femme libérée

Vendredi dernier, j'annonce à Monsieur Pim qu'une copine a organisé un dîner. Tout content, il demande des détails, donc je précise "entre filles". Réplique de Monsieur Pim que je connais pourtant depuis plus de quinze ans: "Et les enfants?".

Dans ces cas-là, l'âge venant, la sagesse également, je laisse passer un ange armé d'un grand couteau, puis j'enchaîne.
-C'est toi qui les garde, en plus on a rendez-vous au restau en bas de la rue à 20h, ça ne devrait pas être trop compliqué?

Grognement d'assentiment, que je prends comme tel et puis zut. Monsieur Pim a prévu d'aller s'agiter au stade le lendemain soir (du côté des gens assis, n'exagérons rien) et il le sait, donnant-donnant.

Oui mais... Si je le laisse faire, que va-t-il donner à manger à mes précieux chéris? La réponse évidente: des nouilles. Ils seront ravis. Oui mais... ils en ont eu la veille, c'est criminel de les nourrir de féculents à tour de bras. Oui mais... je vois mal Monsieur Pim laver une laitue pour préparer une salade verte ("non, c'est mouillé, j'aime pas le contact de l'eau sur mes mains", etc...).
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Bref, j'ai passé deux heures à préparer le dîner, une salade de chou rouge et de pommes, au citron et à la crème, avec pignons de pin, et puis un rata de poulet revenu à l'huile d'olive en compagnie de blanc de poireaux émincés, de courgettes et de poivrons pelés (Monsieur Pim n'aime pas la peau, ça gratte la gorge), quelques tomates fraîches et aussi séchées, et puis un biscuit de Savoie au praliné (il m'en reste de mon fameux Paris-Brest).

Les trucs à gauche, ce sont les roulés au fromage que j'ai fait pour l'apéro offert à la copine venue me chercher chez moi pour être sûre que je viendrai!

J'ai passé une très bonne soirée.

Posté par Pimali à 07:41 - repas - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 juin 2007

Adaptation

Il était une fois une tendre épouse, appelons-la P., qui aimait bien manger mais qui détestait faire la cuisine. Rester des heures debout à peler des légumes, se mettre les mains dans la tripe de poulet ou de poisson, cochonner toute une cuisine impeccable à l'origine et récolter des demi-compliments d'un public élevé aux ortolans préparés par les grands-mères, non merci.

Donc, pendant les longues années d'une cohabitation harmonieuse placée sous le signe de la cuisine basique bifteck/nouilles avec sa variante bifteck/haricots verts, le tendre époux et les rejetons (qui sont venus garnir la table à mesure que le temps passait), se sont tous contentés de repas sains et peu variés.
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Mais l'âge venant, et le tendre époux ayant décidé d'offrir de longues vacances à sa douce moitié en partant travailler de l'autre côté de la planète, l'idée a lentement fait son chemin que faire à manger pouvait s'avérer une activité satisfaisante. Il faut préciser qu'émigrer en Nouvelle Zélande ou sur Pluton c'est quasiment la même chose, on est ravitaillé quand le bateau passe ou peu s'en faut.

Donc cela a très tôt été une question de survie: arriver à se sustenter avec les moyens mis à la disposition de la tendre épouse.

Il a fallu partir en chasse, découvrir les produits locaux et arriver à reproduire des schémas connus, donc P est fière de présenter un de ses premiers menus, immortalisé à jamais. Ratatouille, tarte aux abricots et aux prunes (ici aussi, les prunes sont infectes à manger, ce n'est que cuites qu'elles sont bonnes, dont acte), et une fournée de pain.

Le retour de la Petite Maison dans la Prairie, non? Je ne me suis pas encore mise à faire mon fromage et on ne me fera brasser de la bière qu'un couteau sous la gorge, mais c'est un début...

Posté par Pimali à 01:59 - repas - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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