Quand c'est noir, c'est que c'est cuit!

Expériences culinaires et gustatives en Nouvelle-Zélande: une place toute particulière est réservée aux ratés et à tout ce qui n'est pas bon. C'est plus drôle.

01 juillet 2007

Vendredi, tarakihi

Un des avantages de voyager c'est qu'on fait connaissance avec des nourritures bizarres et exotiques, et surtout, on ne retrouve plus ce à quoi est est habitué. Quoi de plus évident que d'aller voir son poissonnier et de lui demander quelques soles, du turbot pour les grands jours, des filets de merlu pour l'ordinaire, une poignée de crevettes grises, tout en pataugeant dans la glace fondue, le nez sur l'aquarium où se détendent quelques homards bretons inconscients de leur sinistre destin.

Il n'y a que trois ou quatre lieux où l'on peut acheter du poisson à Wellington, on n'en consomme pas chez soi, semble-t-il. Seuls les marchands de fish and chips (poisson pané avec frites) en usent, je doute que beaucoup de gens préparent du poisson chez eux. J'accepte volontiers une autre explication à la rareté des poissonneries dans une ville en bord de mer!

En Nouvelle-Zélande, c'est muni d'un dictionnaire qu'il faut aller acheter sa ration de phosphore hebdomadaire. La lotte s'est traîtreusement déguisée en "monkfish", le grondin devient "gurnard", le saint-pierre vire casaque et s'appelle "John Dory", seule la sole reste "sole". Mais il n'y en a jamais.

Et puis ensuite, on travaille sans filet: qu'est-ce que ça peut bien être que du "trevally" ou du "kahawai"? Du trevally et du kahawai, tout simplement.
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Une chance, c'est qu'au moins les poissons sont vidés. Par contre, les poissonniers n'ont pas le droit de les peler et les préparer, donc la seule fois où j'ai pris des soles, c'est Monsieur Pim qui a eu droit à l'épluchage de ces demoiselles.

Et c'est après interrogatoire serré du marchand de poisson que j'ai fini par opter pour des filets de tarakihi pour remplacer le sabre dont je nourrissais Pi, Ma et Li avant, là-bas, au bout du monde, en France.

La photo absolument minable qui illustre mon propos a été prise dans un de ces supermarchés qui offrent un étal plus ou moins bien garni, et la dame qui tient le rayon a été surprise quand je lui ai demandé si je pouvais photographier son poisson. On aurait cru Ordralphabétix, un peu sur la défensive quand même, mais elle n'avait rien à craindre, ses produits ne viennent pas d'Auckland en train (il met douze heures, c'est un gentil tortillard) mais en droite ligne du Pacifique via un bateau de pêche ancré à Wellington.

Je n'ai pas fini d'explorer ce que la dame propose en rayon, vu qu'elle vend un oiseau inconnu présenté comme les canards laqués, ouvert à plat, sur la glace, entre les praires et les moules vertes. Le "muttonbird": peut-être vit-il en troupeau? Broute des algues? A les plumes frisées?
Le mystère reste entier, et pas sûr que je veuille l'élucider!

Posté par Pimali à 23:11 - poissons & fruits de mer - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 juin 2007

D'un joli vert moule

Une des spécialités de ce beau pays, ce sont les moules. Les belles moules vertes, mais d'un vert cru, acide, agressif, typique des colorants alimentaires les plus toxiques. On croirait que le poissonnier s'est amusé à tremper ses coquilles une par une dans un bain radioactif. Mais non. C'est la nature.

On ne va pas dire que ça ne surprend pas, quand même. La première fois qu'un charmant serveur m'a apporté une assiette de moules, j'ai commencé par humer prudemment le plat, me demandant quel fumet étonnant pouvait bien s'en dégager. Après examen, ça sentait la moule. Tout bêtement.

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Sur la photo on les voit préparées très simplement, nageant dans un beurre persillé, et les trucs blancs dessus j'ai oublié ce que c'est.
N'oublions pas le complément indispensable à tout plat de moules, et à une majorité d'aliments de ce côté-ci du monde, les frites, et leur ration de ketchup sucré.

Monsieur Pim a déjà englouti la moitié de sa bière locale avant la photo: une Tui, ou une Tuatara, du nom d'un oiseau indigène ou d'un lézard type dragon de Komodo qui existe encore au fond des forêts primitives. L'association lézard-bière me surprend, mais après tout tant qu'ils ne les nomment pas Weta (insecte plein d'antennes qui peut être gros comme le poing, brr) ou Otarie à fourrure (ça sent pas bon ces bêtes-là) et vu que je ne bois pas de bière, ça m'est bien égal.

Les moules vertes sont présentes chez mon poissonnier habituel, commodément installées dans un bac en verre et arrosées par de fins jets d'eau qui doivent les maintenir en vie jusqu'à la cuisson finale. Mais j'ai toujours des doutes, à en voir bâiller quelques-unes, et je me contente de faire de l'aquarium à moules un but de promenade pour Li, qui affectionne particulièrement tous les animaux, de l'éléphant d'Afrique au plus misérable mollusque.
Sa préférence va aux poissons, d'ailleurs le poissonnier chinois a déjà demandé sa main. Je lui ai dit que j'allais réfléchir.

Ce qui me navre le plus, c'est qu'on jette ces belles coquilles après consommation. Personne n'a pensé à en faire des colliers. Remarquons que peu de gens ont envie d'un collier de moules vertes non plus.

Posté par Pimali à 23:00 - poissons & fruits de mer - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 juin 2007

L'incontournable paua

S'il y a quelque chose qu'on ne peut rater en Nouvelle -Zélande, c'est bien tout ce qui est typiquement local. On n'échappe pas aux kiwis (les oiseaux) sous toutes les formes imaginables (en peluche, en posters, en tee-shirts, en couvre-théière, et même en presque vrai, les plumes faites de poil d'opossum: ils sont forts), ne parlons pas de l'équipe des All Blacks (non, n'en parlons pas) et la fougère est présente sur tout ce qui est possible, en tant qu'emblème national.
Dernier élément inratable, qu'on ne vous pardonnera pas d'avoir loupé (mais ce n'est pas possible, alors...), c'est le paua.
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Il s'agit d'un coquillage connu sous le nom d'ormeau, qui vit dans une jolie coquille irisée qu'on peut transformer en cendrier, en boucles d'oreilles (enfin, pas la coquille entière, juste la nacre, ou sinon c'est vraiment ridicule), en carrelage de salle de bains (juré, il y en a chez moi), en bijoux de toutes sortes, sans compter tous les objets usuels incrustés en paua (couteaux, planches à fromage, dessous de verre...).
Ah, oui, accessoirement, on mange la bestiole.

Notre fameux menu offrait après les huîtres, du paua accompagné de sa mousse. La présentation était réellement ravissante, c'est pas souvent qu'on a un joli coquillage comme ça dans son assiette.

Je vais faire court cette fois: d'abord Monsieur Pim a critiqué la taille de la bestiole "Elle n'est pas réglementaire, c'est bien trop petit". Je nous voyais bien renvoyant les pauas en cuisine en exigeant d'en avoir des règlementaires, tiens.

On a donc mangé les pauas non-règlementaires, sans connaître de sensation d'extase particulière.

La mousse verte qui l'accompagnait nous a posé une colle, car nous sommes de très mauvais élèves et nous négligeons toujours d'apprendre notre menu par coeur. Nous avons essayé de déterminer ce que c'était, j'ai affirmé péremptoirement qu'il y avait du fromage dedans, de toute façon c'était à l'ail. Monsieur Pim qui est plus prudent et moins prompt à dire des idioties, a fini par demander à la serveuse: il s'agissait d'une mousse de paua. Je l'ai regardée d'un autre oeil, franchement ce n'était pas bon.

Et on ne nous a même pas donné les coquilles vides à la fin.

Posté par Pimali à 01:48 - poissons & fruits de mer - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 juin 2007

Les huîtres à la mode du Grand Sud

En bons Français expatriés que nous sommes, Monsieur Pim et moi-même tentons par tous les moyens de recréer la douceur de vivre tricolore. Je l'ai déjà prouvé en démontrant qu'on peut faire des rillettes et du pain, ce qui est une avancée saisissante par rapport à notre situation à l'arrivée.

Donc puisque les mois en "r" arrivent, comme juin, juillet et août, nous avons envie de manger des huîtres. Pour ceux qui ont raté toutes leurs leçons de géographie à la communale, un petit rappel ne sera pas de trop: la Nouvelle-Zélande est localisée à environ 20 000 kilomètres de Paris-Notre-Dame, dans l'hémisphère sud. Donc tout est inversé, nous marchons sur la tête, l'eau coule à l'envers dans les lavabos, on conduit à gauche, et c'est l'hiver depuis le 1er juin .

Nous nous sommes offert une rareté de nos jours: un week-end complet sans les enfants. Nous sommes partis en expédition dans l'île du sud (oui, la Nouvelle-Zélande est composée de 2 grands îles, celle du nord s'appelle Ile du Nord, et l'autre, Ile du Sud: terre colonisée par des gens qui avaient surtout à se battre contre des Maori, à l'époque ils avaient d'autres chats à fouetter que de donner de jolis noms à leurs îles. Au moins ça a le mérite de la clarté).

Nos voyages nous menant toujours à un moment ou à un autre dans un restaurant, nous avons choisi d'aller déjeuner dans un lieu appelé "The Boat Shed" à Nelson.
Comme on ne va pas se laisser abattre, nous avons choisi l'équivalent local du menu gastronomique: deux entrées et un plat.

En entrée, des huîtres fraîches, accompagnées d'une petite soupe d'huîtres. Comme il est quasiment impossible de se procurer des huîtres dans ce pays, autrement qu'écalées et en boîte, nous avons sauté sur l'occasion! J'ignore quel processus mental se met en branle chez nos amis kiwis, mais ils professent un réel dégoût pour l'écaille de l'huître, alors qu'ils nous servent leurs fameuses moules vertes dans la coquille.

Nous avons donc reçu une belle assiette garnie de douze coupelles, au fond desquelles du concombre débité en très fines lamelles et assaisonné au citron, faisait office de lit douillet pour chaque huître confortablement accoudée au milieu. Petite surprise agréable, les petits grains noirs décoratifs c'était du caviar. C'est à se demander comment il est arrivé jusqu'à Nelson, vu les restrictions douanières drastiques en matière d'importation alimentaire. Un esturgeon avait dû s'échouer sur la plage, c'est pas possible autrement.
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En bref, c'était délicieux, la petite crème à l'huître était très fine. D'ailleurs, vu qu'on a dû demander des cuillères pour la consommer, on s'est demandé après coup si en réalité il ne s'agissait pas d'une sauce à verser généreusement sur nos mollusques? Le mystère reste entier, personne ne nous a rien dit.

Nous avons ainsi pu déguster nos premières huîtres depuis un an que nous foulons cette terre lointaine, car l'unique tentative de Monsieur Pim pour en acheter chez le poissonnier a ressemblé à ça:
- Bonjour, est-ce que vous avez des huîtres?
- Oui, là, dans les boîtes en plastique.
- Ah? Et, elles viennent d'où?
- De Nelson, elles sont toutes fraîches d'hier.
- C'est possibe de les avoir avec la coquille?
- Ben là, dans les autres boîtes en plastique, ajoute le poissonnier en montrant les malheureux mollusques présentés sur une demi écaille.
- C'est possible de les avoir non ouvertes?
- Euh? Hein?
- Je voudrais les ouvrir moi-même (Monsieur Pim est très fort et ne s'entaille pas les mains)
- Ah? Euh, je vais demander.

Départ précipité vers l'arrière, endroit où semblent toujours se tenir les chefs.

- Ah ben non, en fait il faudrait que vous achetiez cent douzaines (ou un quintal, ou un semi-remorque, j'ai oublié la quantité exacte) pour les avoir non ouvertes.
Monsieur Pim a dit qu'il allait réfléchir.

Heureusement qu'on est allés à Nelson les manger.

Posté par Pimali à 01:41 - poissons & fruits de mer - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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