Quand c'est noir, c'est que c'est cuit!

Expériences culinaires et gustatives en Nouvelle-Zélande: une place toute particulière est réservée aux ratés et à tout ce qui n'est pas bon. C'est plus drôle.

26 juillet 2007

Du pain et des jeux

La toux dont Li nous gratifie depuis quelques jours n'aurait pas bénéficié d'un retour anticipé dans sa petite garderie, car celle-ci est typiquement néo-zélandaise: on y affectionne la vie au grand air.
Combien de fois suis-je allée la chercher pour la voir courir vers moi sur ses jolis petits pieds potelés et nus? Et le sable du bac, qui est tellement plus malléable si on laisse le tuyau d'arrosage couler dedans en continu... Sans compter les activités de patouillage dans une bassine montée sur pieds, à la hauteur des petits, qui peuvent y tremper les bras jusqu'aux épaules, parce que tout le monde sait que l'hiver ici ce n'est pas un vrai hiver.

La salle où s'ébattent les enfants est fermée par des portes coulissantes, grandes ouvertes, et la seule concession aux températures frisquettes est un chauffage électrique à résistance, installé au plafond (holà! on ne plaisante pas avec la sécurité).

En bref, je me suis dis que Li aurait moins de chance de faire une pneumonie si je la gardais encore un peu à la maison.

Je me suis décidée à faire du pain, ça faisait d'ailleurs un moment que je m'étais abstenue, car notre programme alimentaire souffre beaucoup de ce type de confection: comme disait mon grand-père, on ne mange pas le pain sec. Et en voiture pour faire des rillettes, ouvrir une boîte de foie gras de contrebande, ou juste étendre une petite couche de beurre salé quand le pain sort du four.

Dès que Li voit apparaître le sac de farine, elle traîne sa chaise jusqu'au plan de travail et m'aide. Oh oui, elle m'aide. Elle aime beaucoup la farine.
- Non, ça suffit, il y en a assez!
- Encore un 'tit peu.
- Bon, mais pas troooop... là, ça va.
- Et ze verse l'eau...
- Pas tout à la fois, attends, noooon...
- Attends, c'est moi ze tourne, ajoute-t-elle en mélangeant énergiquement et anarchiquement la bouillie aqueuse dont elle est l'auteur.

Philosophe, je laisse faire, et vais chercher le sel. Parce que c'est un sujet de discorde entre Monsieur Pim et moi. Ce n'est jamais assez salé, paraît-il. J'en verse un peu dans ma main (ah? faudrait peser? ah bon? Non, tout au pif), interrompue à la seconde par mon gâte-sauce, impérieuse:
- c'est moi! (je ne sais pas retranscrire le cheveu sur la langue, donc on aura traduit chaque son /s/ par un intermédiaire entre le /s/ français et le /th/ anglais)

Hop, quatre creux-de-main-de-Li plus tard, c'est salé. L'opération a eu lieu avant de verser l'eau, bien sûr, mais on appelle ça la licence poétique.

On a quand même fini par obtenir une pâte à pain, Li a rajouté de la farine dessus parce que c'est dans la recette et que c'est délicieux de plonger le bras dans le paquet et de saupoudrer partout. Et de tapoter en appuyant bien.
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Malgré ce traitement, la pâte a levé gentiment et, pour une fois, j'ai fait dans la fantaisie: j'ai tenté la cuisson dans des moules. L'allongé sert à nos productions de pâté de foie de volailles (tiens, ça fait longtemps), l'autre ne sert à rien alors comme je n'aime pas les feignants, je lui ai trouvé un emploi (un moule à soufflé? et alors? je ne vais quand même pas faire un soufflé, ahahaha!).

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Bon, un peu plus tard, une fois que le dessus a commencé à noircir (un de mes axiomes culinaires, rappelons-le), ce qui signifie que le pain a une belle croûte croustillante, j'ai sorti les deux moules du four. Sans me brûler (trop) car entre-temps, j'ai remis la main sur mes deux maniques.
Ça donne ça: une sorte de pain de mie, sans les beaux gros trous que j'obtiens d'habitude, quand je me contente de déposer les pâtons sur la tôle.

J'ai au moins gagné un compliment dans l'histoire: "Mais il est salé, ce pain!"

Posté par Pimali à 06:38 - pain - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


19 juin 2007

Fromages exotiques

IMG_3582Un de nos postes de dépenses les plus importants a toujours été le fromage. Monsieur Pim est né dedans, Pi s'en est rendu malade dès qu'il a eu deux dents, Ma s'est goinfré de Roquefort avant de savoir parler (et Dieu sait qu'il parle) en méprisant souverainement les conseils des spécialistes de la petite enfance, quant à Li, elle trouve le fromage "très-licieux" (oui, le bilinguisme est encore un peu chaotique).

Alors quelle ne fut pas la déception familiale à notre première rencontre avec le rayon laitage de notre supermarché. Ne parlons pas de crémerie, où un joyeux commerçant en blouse blanche oeuvre entre des vitrines réfrigérées, le comptoir décoré de miches de pain artisanales et de confitures, son épouse aux mains constellées de bagues tenant la caisse en tapotant sa permanente. Non, encore une spécificité bien de chez nous, il faut dire qu'avec près de trois cents fromages différents, il y a de quoi tenir commerce.

Nous avons commencé par tordre le nez devant les blocs rectangulaires d'edam, de gouda, de cheddar, quand ils n'étaient pas proposés sous leur forme râpée. Ah, et n'oublions pas les tranchinettes à la taille exacte des sandwiches, où elles remplacent le beurre.

J'ai quand même trouvé un établissement haut de gamme, où un importateur avait réussi, en passant les multiples barrières hygiéniques en vigueur dans ce pays, à faire venir de la Tomme et du Cantal. Après lui avoir versé l'équivalent d'un mois de salaire pour acquérir quelques centaines de grammes de chaque, j'ai renoncé à offrir du fromage à table, sauf pour les invités de marque.

Et puis soudain, en fouinant bien dans le bac à fromage du supermarché, j'en ai découvert avec du goût. Du vrai goût, du qui sent déjà quand on déplie le papier, avec la pâte qui dégouline en s'échappant d'une croûte un peu mûre, mais qui réveille les papilles et rappelle des saveurs oubliées...

J'ai nommé le Ramara, emballé dans l'aluminium sur la photo, qui nous a réconciliés avec le fromage local.
On ne va pas dire qu'ils le donnent, quand même, surtout qu'il ne doit pas y avoir beaucoup de débouchés, car je soupçonne nos amis kiwis de ne pas raffoler des goûts prononcés. La famille Pim a dû doubler le chiffre d'affaires de la société Kapiti qui le produit!

Ce qui me rassure, c'est que nos amis du grand sud sont persuadés que les bons fromages sont français, suisses ou italiens! Donc ils fabriquent du Gruyere (sans l'accent), de l'Emmental (sans H), du Gouda (c'est pas hollandais, ça?), du fromage bleu "French style" (on ne l'a pas encore goûté, ça sera la surprise, chouette!), et j'ai acheté exprès pour la photo du Camembert fabriqué en Australie, du bon calendos de Tasmanie, arrivé en Nouvelle-Zélande à la nage je suppose, vu qu'il avait perdu tout son goût en route.

Je vais peut-être le faire frire en croquettes, une lichette de Vegemite, et hop, dans la lunch-box .


Posté par Pimali à 00:24 - pain - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 juin 2007

Survie en milieu hostile: le pain

Depuis notre arrivée en Nouvelle-Zélande, nous nous étions résignés à acheter une médiocre baguette confectionnée par une boulangerie gérée par un Français: il y avait quand même de l'idée, mais on mangeait quand même une pauvre chose tristement avachie, car hors le pain mou point de salut.

Parfois, une fournée brûlait, alors tout contents on achetait deux baguettes, enfin une croûte qui craque et qui croque! Mais c'était rare, le boulanger veillait à la température des fours et envoyait les mitrons sortir le pain au moment où il atteignait la consistance élastique et souple voulue.

On n'osait rien dire, le soir, quand on se voyait étirer le pain pour en détacher un morceau, on faisait le gros dos. Après tout, on avait voulu y aller, au bout du monde, on y était et il fallait faire avec. Surtout quand la magie de la nuit était passée par là et que la molle miche moche tournait au pavé incassable.

Et puis, un jour, en jouant avec le bel ordinateur tout neuf que Monsieur Pim s'est offert, je suis tombée sur une recette de pain sans pétrissage.

L'intitulé ne m'a pas intéressée plus que ça, le pétrissage je ne savais pas ce que c'était, (pas d'allusions fines là-dessous, je le jure!) mais vu que j'avais un moment à perdre et même deux, j'ai lu. Et la dame qui proposait la recette semblait très emballée, surtout que la déconcertante simplicité de la chose la rendait abordable pour une nullencuisine telle que moi.

Et puis le pain, c'est le pré carré des boulangers, qui penserait à abattre son boeuf soi-même pour faire des biftecks? J'ai quand même décidé de me lancer.
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Le premier essai a été ce qu'on appellerait un fiasco, vu que la levure je ne sais pas ce que c'est. Alors la levure à pain, hahaha, je me gausse. Innocemment, j'ai utilisé de la "baking powder" pour faire mon pain. J'ai été un peu étonnée par la réaction de ladite "baking powder" mise au contact de l'eau, ça semblait bizarre cette mousse.
Décontenancée mais pas découragée, j'ai poursuivi jusqu'à la cuisson. J'ai obtenu deux plaques sèches d'un mélange farine/eau bien croquantes et surtout très salées. La "baking powder" c'est du bicarbonate de soude: ça allège peut-être les gâteaux mais c'est pas pour le pain.

Maintenant je sais.

J'ai remis mes chaussures et suis repartie dans ma fidèle Daihatsu pour regarder de plus près ce que me proposait mon supermarché préféré. J'ai enfin trouvé de la levure de boulanger lyophilisée qui a largement contribué à la réussite de ma première fournée.

Elle est donc immortalisée ci-contre, en compagnie de la levure et de la farine qui ont contribué à son succès. Sans elles deux, je n'aurais rien pu faire. Merci (clap-clap-clap applaudissements) merci (re-clap-clap-clap). Et merci à l'école de la République qui m'a permis d'apprendre à lire (clap-clap-clap).

Et depuis je me fais enguirlander si je n'ai pas eu le temps de faire du pain et que j'achète la baguette du commerce. Pffff.

Posté par Pimali à 23:27 - pain - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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