09 janvier 2008
Mon bidule de Noël à moi.
La Nouvelle-Zélande étant un pays éloigné et presque pas connu, sauf dans les supermarchés hexagonaux où l'on débite de la viande venant de là-bas, les services postaux français ont eu bien du mal à mettre sur les bons rails un colis expédié par les soins de Bonnisa, tantine chagrinée par notre éloignement et notre dénuement.
J'imagine bien les employés du bureau de poste tournant et retournant le paquet, se demandant d'un air ennuyé:
"Nouvellezélande, c'est pas une banlieue de la région parisienne, ça?
- Tu crois, Ginette, attends, je regarde...Nice, Nîmes, Niort, Nogent, 'u', c'est après 'o'?, mmmmmh, Noisy-le-grand... y'a plus rien après!
- Faut peut-être étendre la recherche sur le territoire?
- Oui, tu as raison, attends, je rentre "N-O-U-V-E-L..." deux 'l'? -L-E-Z-E-L-A-N-D-E. J'envoie..... Ben ça dit "il n'y a pas de nom correspondant à votre recherche!
- C'est pas croyab', ça! Les clients y-z-envoient des colis dans des bleds qui sont même pas dans l'annuaire!
- On va appeler le chef. C'est bien 1-2-3, son code d'appel? J'm'en souviens jamais!... Allô, chef, on a un problème avec Ginette... Oui, c'est Gérard, du service d'expédition... Non, mais, ça fait que quatre fois ce matin, chef! ... Ben.... On sait pas où envoyer un colis.... Y'a marqué un nom de ville qu'on n'arrive pas à trouver dans la base de données.... Oui, c'est le nom en gros écrit en bas de l'adresse... Au-dessus? ... Euh, il est écrit "Wel-lingue-ton", ça doit être le lieu-dit, vous pensez qu'il faut faire une recherche approfondie? Parce que la ville Nouvelle-Zélande, on trouve pas... Chef? Chef? Allô? "
Quelques temps plus tard, Bonnisa s'est inquiétée, à juste titre, de la non-arrivée du colis, expédié au tarif le plus cher (rien n'est trop beau pour nous) en Colissimo suivi. Armée de son reçu et de tout son courage, elle est allée s'enquérir de l'endroit exact où séjournait le colis.
- Un colis pour où, vous dites?
- Pour la Nouvelle-Zélande.
- Vous avez le reçu?... Merci. Alors il me faut aussi le récépissé, le ticket de carte bleue attestant de votre paiement, la facture qui vous a été délivrée et un extrait de naissance de moins de trois mois certifié conforme.
Son d'étouffement, puis:
- Non mais je ne veux pas m'expédier moi-même en colis suivi pour la Nouvelle-Zélande, je veux savoir où est celui que j'ai envoyé!
- Ah? Vous en avez déjà envoyé un? Et vous voulez savoir quoi, exactement?
- Puisque c'est un colis suivi, je voudrais bien savoir où il est en ce moment, car c'est pour Noël et on est le 24 décembre.
- Ah, mais c’est que je n’ai pas fait la formation pour les colis suivis, et ma collègue est en pause.
- Jusqu’à quand, la pause?
- …. Gineeeeette! T’es en pause jusqu’à quelle heure? Ah! … Elle arrive.
- Bonjour madame, vous avez le reçu ?... Booooon… Ah ! la Nouvelle-Zélande ! Oui, ça me dit quelque chose. Bon, voyons ça… Il est bien parti… Ah, voilà !
- Alors, où est-il, en ce moment ?
- Il est sorti du territoire, madame !
- Ouiiiiiiii ???
- Il est sorti, il n’est plus en France.
- J’avais bien compris, mais puisqu’il est suivi, je pensais qu’on pouvait le… suivre, non ?
- Ah, mais on ne peut suivre un colis qu’en France, madame.
Écrasée par la logique postale imbattable, Bonnisa a récupéré son reçu et a rejoint l’église Sainte-Rita pour y brûler un cierge.
Le petit colis a cependant vaillamment tracé son chemin à travers l’Europe, visité de nombreux centres de tri, lutté dans les neiges de l’Est, à moins qu’il n’ait pris un cargo battant pavillon panaméen pour traverser l’Atlantique, brûlé au soleil de l’Equateur quelque part sur le globe, et finalement embarqué dans une pirogue jusqu’au bureau de poste de Wellington.
Quelle bonne surprise de récupérer un beau colis en papier craft, un peu ridé, les coins arrondis, voire légèrement concaves, bardé de bande collante mais intact.
Et dedans, transporté à travers le monde civilisé, un mystérieux instrument à but certainement culinaire (c’est fou ce que j’ai pu recevoir comme livres et outils de cuisine à Noël) mais dont l’usage reste une énigme. Monsieur P. n’a pas résisté et couru vérifier sur internet ce que c’était, je reste stoïque et attend les suggestions des Bocuse, Vatel et autres Mères Poulard qui visitent cette page.
Alors, c’est quoi ce bidule ?
01 janvier 2008
2007 est cuit! On met 2008 au four!
La porte de la cuisine est grande ouverte sur le jardin fleuri… Les mouches bourdonnent et s’activent dehors, (dedans aussi, ce qui m’agace prodigieusement), les rideaux du salon sont encore tirés car la fenêtre donne plein Nord et le soleil tape en ce 1er janvier 2008. Le lave-vaisselle ronronne discrètement, les petits lutins qui l’occupent sont en plein nettoyage et n’auront de cesse de m’avoir récuré les assiettes du réveillon jusqu’à les rendre étincelantes (surtout si, cette fois, j’ai mis assez de poudre, parce que j’ai acheté un produit écolo, qui ne semble pas aussi plein d’enzymes voraces que les bons produits chimiques standards, malgré l’étiquette).
Les enfants ont réintégré leurs chambres et jouent hors de mon champ de vision et presque hors de portée d’oreille (ne rêvons pas non plus, le niveau sonore d’un enfant est exponentiel à partir du moment où il y a plus d’une unité en présence). Monsieur P., en époux dévoué et attentionné, a décidé d’inaugurer l’année en allant rafraîchir ses mouches toutes neuves dans la Ruhamanga ou autre rivière, ce qui fait qu’il a quitté la couche conjugale dès potron-minet et que je ne le reverrai pas avant une heure avancée de la journée. Celle du dîner, je présume.
Heureusement, il m’a généreusement laissé de l’occupation, sinon ma journée serait d’un vide incroyable, sans vaisselle, sans casseroles à récurer, sans une plaque de cuisson ravagée par son expérience culinaire de la veille, sans lessive ni aspirateur à passer, ni fête à préparer parce que, l’air de rien, le 4 janvier est dans trois jours. Ma fête. De mon anniversaire.
Hier soir, avec douze heures d’avance sur le monde européen, la Nouvelle-Zélande a basculé dans la nouvelle année. On ne l’a presque pas senti, Wellington était d’un calme inquiétant, à part quelques fêtards qui avaient oublié d’aller au lit à 10 heures et qui ont fait exploser trois pétards dans ma rue. Je suis étonnée que les voisins n’aient pas appelé les forces de l’ordre pour signaler ces comportements délictueux, le 111 est bien utile pour ça. C’est le numéro police-pompiers-ambulance-dénonciations (non, en fait, le *555 sert à signaler les mauvais conducteurs qui grillent les priorités ou démarrent avant le feu vert). Mais c’est vrai que je n’ai presque plus de voisins, ils ont tous fui.
C’est dans une atmosphère détendue que nous avons préparé notre petit dîner du 31, en comité réduit mais comportant les membres les plus importants que je connaisse, soit Monsieur P., Pi, Ma, Li et moi-même. J’avais expédié Monsieur P. en courses le matin, c’est donc lui qui a décidé de l’entrée en faisant son marché.
Je l’ai laissé aux fourneaux, en général je n’ose pas regarder. De délicieuses odeurs s’échappaient par bouffées de la cuisine, accompagnées de grésillements, chuintements, glougloutements, bruissements, crépitations, suivis de tintements, bourdonnements, fracas et tohu-bohu causés par l’entrechoquement de la vaisselle et des casseroles, parfois la chute d’un instrument métallique rebondissant sur d’autres récipients, tout cela souligné par intermittence avec des « Où est le beurre ? … Tu as du curcuma ?... Il n’y a plus de sacs poubelle, je fais quoi ?... Oh, vache, ça gicle !... ». C’est en général suivi de l’annonce péremptoire « Ça va être dé-li-cieux ! ».
Du salon où je goûtais un repos anticipant les heures de récurage à venir, je me suis demandé si l’équation petit-plat -préparé -par -Monsieur/ nettoyage -par -mes -soins n’était pas un marché de dupes.
On s’est régalés d’un … euh… d’une fricassée de crevettes et gambas à la chair de crabe, parfumée aux épices (je n’ai pas regardé lesquelles, il suffirait peut-être que j’aille vérifier quels flacons sont couverts de graisse), avec un petit riz blanc tout simple, présentée dans des cassolettes individuelles, c’est la fête, nom d’une pipe !
Par paresse intellectuelle et aussi parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne, j’ai confectionné mon fameux filet de bœuf en croûte. Sans les haricots verts, marre de manger sainement, que du gras, c’est bon.
J’ai magistralement fait revenir le filet dans un quintal de beurre, puis l’ai posé sur sa pâte feuilletée décongelée (quelle merveille, cette invention) tartinée de foie gras, lui-même parsemé de cèpes. Une deuxième pâte a sommé l’œuvre une fois la viande bien enduite de foie gras, j’ai bien collé tout ça à l’eau, ménagé une petite cheminée et sacrifié un œuf pour dorer le tout.
Hop, au four.
Deux minutes plus tard, Monsieur P. hurle : « T’as oublié les cèpes ! ».
Misère. Le bol de cèpes trône sur le plan de travail, j’ai complètement oublié de les mettre sur le filet ! On ne va pas se laisser abattre par un détail futile comme celui-ci, j’ai empoigné mes maniques, sorti le filet en croûte du four, et armée d’un couteau bien aiguisé, j’ai chirurgicalement fendu le dessus de la bête, écarté les bords et introduit les cèpes qui se sont blottis douillettement sur leur lit de foie gras, déjà à moitié fondu à la chaleur du four. Il me restait un bout de pâte, transformé dans la minute en bande chirurgicale, appliquée sur la plaie et redorée à l’œuf. Ni vu ni connu, tout est reparti sereinement cuire, tout était parfaitement maîtrisé.
Dans un registre moins magistral, j’ai confectionné des fondants au chocolat, recette dénichée dans la journée, qui devaient cuire au micro-ondes pour un résultat époustouflant. On a été époustouflés, surtout quand les fondants se sont transformés en dégoulinants, en coulants, en ruisselants, en torrents.
Je comprends l’enthousiasme des chimistes ébaubis devant un précipité, ou celui des volcanologues observant avec exaltation un cratère bouillonnant. À l’issue du temps de cuisson recommandé, il y avait autant à manger autour des ramequins qu’à l’intérieur, ce qui a été source d’un très ludique nettoyage, regrettablement accompagné par des coulures chocolatées un peu partout entre le micro-ondes et l’évier.
Mon fils chéri Pi, dont la croissance a démarré récemment à une vitesse incontrôlable, a dévoré son dégoulinant sans sourciller, et m’a même félicitée. Il grandit, le cher ange, et a déjà compris que la flatterie ouvre bien des portes, surtout celle qui mène aux gâteaux au chocolat de maman. Mon petit loulou, bien sûr que je t’en referai, des gâteaux, rien que pour toi, avec plein de chocolat dedans, dessus, et même autour.
J'ai toute l'année 2008 pour m'entraîner.
29 décembre 2007
Entracte!
Les temps sont durs: le soleil revient à des intervalles de plus en plus courts, les vacances d'été sont là et ont apporté avec elles les enfants à demeure, les fêtes remplissent bien les journées à coups de somptueux repas concoctés avec amour et j'ai presque maîtrisé un four primitif et récalcitrant. Sans oublier les tentatives d'amélioration de l'ordinateur, qui se sont soldées par un big bang terminal, me ramenant à des occupations moins informatiques, le temps que le technicien maison répare les dégâts.
J'en profite pour remercier les illustres inconnus qui ont inscrit "Quand c'est noir..." dans leurs blogs à visiter, blogs de cuisine, mais aussi de bricolage ou à thèmes parfaitement inconnus puisque, grâce à l'outil de statistiques de Canalblog, je peux tracer les provenances, et parfois tombe sur des sites verrouillés... Que raconte-t-on de mon blog sur ces sources mystérieuses? La curiosité me dévore mais l'énigme perdure...
La Nouvelle-Zélande somnole au rythme de la période des fêtes, Wellington s'est vidé de sa population, partie profiter des fortes chaleurs du grand nord (au moins 26° vers Auckland et le Coromandel), les soldes d'été ont commencé et, logiquement, tous les endroits où l'on peut emmener les enfants se défouler en temps normal sont fermés.
Ma paresse naturelle reprenant le dessus, j'engrange photos et idées mais la reprise des messages attendra les fêtes de fin d'année, et surtout cette date mémorable entre toutes, celle de mon anniversaire. Jour attendu pendant des années, maintenant un peu moins excitant puisque les ans tendent fâcheusement à s'accumuler. J'ai tout de même réussi à surmonter une jalousie bien naturelle due à la récurrence du même gâteau d'anniversaire, année après année. En effet, l'Epiphanie étant dangereusement proche de ce jour-clé, j'ai soufflé un nombre incroyable (pfff...) de bougies piquées sur une bête et plate galette des rois. Alors que ma sœur, la chouchoute, a toujours bénéficié de superbes gâteaux à étages, dégoulinants de crème, décorés de fleurs et surtout, différents chaque année. C'est vraiment trop injuste, moi aussi je voulais naître au mois d'août, pas la veille de la rentrée à l'école, en plus!
Ma revanche vient enfin, mon anniversaire aura lieu en plein été, j'organise une boum avec des copains du même âge canonique, et l'avantage d'en être arrivée là, c'est qu'on a droit au champagne et qu'on ne va pas se priver. Sans oublier que je suis devenue une grande fille, pleine de talents cachés qui se sont révélés sous le 40è parallèle sud, et que je vais faire moi-même mon gâteau d'anniversaire.
Une grosse galette des rois.
13 décembre 2007
Abracadagar-agar !
Une des merveilles à la mode en ce moment, c'est ce gélifiant fait à base d'algues appelé drôlement agar-agar.
Pourquoi deux fois agar? Serait-ce dû à son pouvoir agglutinant hors normes? Ou à la fantaisie de l'apprenti chimiste qui a eu un jour l'idée de faire cuire ses algues jusqu'à plus soif, jusqu'à obtenir un amalgame gluant du plus bel effet? Probablement un malheureux après une séance de torture au cours de laquelle on lui aurait arraché la langue, qui aurait trouvé une occupation distrayante à faire cuire ses algues, et qui a appelé un copain pour admirer le résultat, lui enjoignant illico: "Agar, agaaar, 'est tout co'é! (comprendre "Regarde, regaaarde, c'est tout collé!"). Ebahi, le copain aurait opiné du bonnet et répondu: "Pour cha oui, ch'est co-co-collé, cha-cha-cha, même", tout en esquissant un pas de danse accompagnant sa remarque, car lui n'avait pas subi de torture mais était d'origine auvergnate et affligé d'un bégaiement prononcé dans les moments d'intense excitation.
Les deux amis ayant ainsi créé l'agar-agar et le cha-cha-cha le même jour, firent fortune rapidement, d'autant qu'ils inventèrent aussi l'ylang-ylang, vendu fort cher aux parfumeurs. Ce qui ne leur porta pas chance, car à force de se nourrir de confiseries gélifiées sans consommer les obligatoires cinq fruits et légumes par jour, ils périrent du béribéri peu de temps après.
Tournons cette page instructive, et revenons à nos moutons, ou plutôt à cette poudre magique inoffensive, je m'empresse de le préciser. S'il prenait à quiconque l'envie de se faire un rail d'agar-agar, je crois qu'il n'aurait plus de problème de sinusite jusqu'à son trépas (qui ne saurait tarder, car si on sniffe de l'agar-agar, on passe vite à la cannelle, puis au curry fort, et ça finit très mal).
Les instructions glanées de ci de là semblaient indiquer des proportions absolument invraisemblables à la béotienne culinaire que je demeure malgré de louables efforts et de réels progrès effectués depuis quelques temps. Maintenant, je lis les recettes en entier avant de commencer, par exemple.
Mais peser trois grammes et demi de poudre pour faire prendre douze litres de liquide, ça dépasse de très loin mes capacités intellectuelles. Oui, on sait, les reines des fourneaux et de la Toile réunis clament combien cette poudre de perlimpinpin est efficace et vantent ses qualités agglutinantes.
Me méfie, moi. Moi qui ai très rarement regardé le petit écran dans mes jeunes années (pour cause de téléviseur lunatique, des fois il captait les ondes, des fois non, et aussi d'interdiction jovienne), j'ai gardé en tête l'image de ce monsieur qui donnait de grands coups de coude dans des sacs de noisettes afin d'en rajouter dans les biscuits vantés par la réclame (certainement saturés de conservateurs, colorants, anti-oxydants et exhausteurs de goût, mais ne chipotons pas).
Donc j'ai une certaine tendance à en rajouter, de plus je n'aime pas être chiche.
J'ai ainsi entrepris de réaliser un dessert à base d'agar-agar. J'ai ainsi pu recycler des biscuits réalisés avec enthousiasme par Pi, Ma et Li, puis une fois goûtés, délaissés "parce qu'ils piquent!". Le gingembre rajouté à la cuillère à soupe, ça peut donner effectivement, un léger goût un peu fort, mais ils sont bien délicats tout de même. J'avais donc une livre de biscuits à brader, qui a fini au fond du robot hacheur, afin de fabriquer la base d'un gâteau. Jusque-là, pas de souci. Les miettes mêlées à du bon beurre, tout ça au four, et hop, une belle fondation pour mon gâteau, sagement installée au fond de mon fameux moule à jarretelle.
Ensuite, il a fallu fabriquer la mousse, avec du fromage blanc et du citron, que j'ai remplacé par du coulis de framboises car rose, c'est plus joli. Et je m'étais dit qu'étant la seule à aimer le citron, je devrais encore engloutir un gâteau pour huit toute seule, alors autant choisir un parfum qui réunisse les suffrages. Ensuite, il fallait jouer avec des feuilles de gélatine, que je me suis empressée de remplacer par ma poudre de sorcière. J'ai donc mis je ne sais plus quel liquide à bouillir (de l'eau, je suppose), et une bonne cuillère à café d'agar. Bof, ça ne fait pas lourd de préparation, ça. Allez, une deuxième cuillère. Et puis encore une miette, en versant directement depuis le goulot du flacon.
Une fois le mélange bouilli et laissé sur le feu un moment (ah! je suis quand même quelques conseils, je ne fais pas uniquement dans l'improvisation joyeuse, c'est sérieux), je l'ai laissé un peu froidir avant de mélanger au fromage blanc. Passons les étapes, le tout est parti recouvrir le biscuit, et au frais. Quelques heures plus tard, j'ai fait bouillir de la confiture de fraises avec encore de l'agar, que j'ai versée sur la mousse pour fabriquer un joli dessus brillant. Et encore quelques heures de réfrigération.
Le soir, j'ai solennellement sorti le moule à charnière du réfrigérateur, et tâté d'un doigt circonspect la solidité de mon chef-d'œuvre. La confiture restait souple, mais visiblement gélifiée. Bien solide, d'ailleurs.
J'ai sorti un plat un peu large afin d'y déposer le fruit de mon labeur, ai posé au centre le moule, et là, devant les yeux écarquillés de ma progéniture, goguenards de ma moitié, j'ai ouvert la charnière.
Glou, glou, glou. Le fromage blanc, tel de la lave dévalant souplement les flancs du volcan, aussitôt libéré du corset du moule, a lentement formé un lac rose autour de la base en biscuit. Le vaillant couvercle en confiture a parfaitement tenu, lui, et joliment improvisé une calotte
sur le sommet de l'œuvre.
Après tout, c'était du fromage blanc, on l'a ramassé à la cuillère une fois la rigolade terminée, et les biscuits hachés menu et recuits ont été mangés par mes innocents sans qu'ils sachent d'où ils provenaient.
Le mystère reste entier, à moins d'une incompatibilité d'humeur entre l'agar et le fromage blanc, car la casserole ayant servi à faire bouillir la poudre d'algues a traîné trois jours dans l'évier avant que je ne réussisse à gratter la couche solidifiée qui s'était formée au fond.
06 décembre 2007
Les chemins de la gloire
Depuis que j'écris ces chroniques, modestes témoignages du succès de l'enseignement du français dans les années soixante-dix et quatre-vingt, à grands coups d'apprentissage par cœur de conjugaisons tordues et de rédactions fleuves, donc depuis que j'écris, j'ai été flattée au-delà de tout par ma famille aussi bien que par de parfaits inconnus, tous poussant la gentillesse jusqu'à me souhaiter d'être publiée.
Ah! Etre un auteur reconnu! Voir ses ouvrages s'envoler comme des petits pains à la devanture des librairies, entendre parler de soi par ces délicieux dinosaures érudits que sont les petits libraires, ceux qui luttent vaillamment contre les grosses maisons qui bradent tout et n'importe quoi… Dédicacer des pages immaculées, être sollicitée afin d'exprimer un point de vue éclairé sur n'importe quel sujet (ne pas hésiter à me contacter, je peux broder sur n'importe quoi, surtout si je n'y connais rien: j'ai un lourd passif d'examens et concours réussis après des années universitaires à bronzer sur les pelouses du Luxembourg), bref la gloire dans toute sa splendeur.
Si en plus je peux devenir riche (vœu consternant d'après Monsieur, mais je laisse dire), autrement qu'en achetant des billets de loterie immanquablement perdants, quel avantage!
Un pas vers la célébrité avait déjà été franchi: quelle bonne surprise d'être un jour contactée par une radio nationale française, oui messieurs mesdames, une grosse radio qui cause à au moins des millions de Français, au garde-à-vous devant le poste. Annonce immédiate à toute la famille, évidemment, "Ils veulent me causer, à moi! Y-z-ont dit qu'ils m'appelleraient!". Y-z-ont appelé, et autant préciser (ou est-ce nécessaire?) que j'étais sur des charbons ardents, donc pas vraiment à l'aise (c'est chaud, les charbons).
Le monsieur qui a pris la peine de m'appeler était charmant, on aurait dit que j'étais une petite vieille appuyée sur une canne, qui se fait aider par un jeune homme bien élevé pour traverser la rue. "Vous passerez la semaine prochaine, je pense!", a-t-il précisé quand j'ai timidement demandé quand cette mémorable conversation serait diffusée sur les ondes et déversée dans les oreilles de mes compatriotes.
J'ai reçu à nouveau un courrier d'une autre personne me demandant une interview, pour la même émission: c'est extraordinaire, cette station de radio est tellement riche qu'elle a un personnel pléthorique, probablement installé sur plusieurs étages, pour une émission de cinq minutes!
Résultat: voilà deux mois déjà que j'ai répondu au monsieur, et rien. Même pas diffusée, mon interview…
Heureusement, pour me consoler, le directeur d'une agence de voyages qui organise les séjours de Français en Nouvelle-Zélande, m'a demandé d'écrire un article sur Noël au pays de Kiwis! Joie! Gloire! Célébrité! C'est Noël! Alléluia! Hosanna au plus haut des cieux!
Merci à Sébastien de l' agence Frogs-in-nz, mon ego est remonté en flèche et mon article trône sur le site.
Je m'empresse de le proposer à la lecture de ceux qui me font le plaisir de visiter le blog, avec quelques modifications par rapport à celui publié: rien à voir avec la cuisine, mais étant le seul maître à bord (ou la seule maîtresse? Mais ça a un sens légèrement sado-maso, je garde le masculin), je fais bien ce que je veux sur mon blog. Na.
Mon premier article! Noël chez les kiwis
Voici donc l'article publié sur le site de l'agence de voyage en ligne Frogs-in-nz, agence qui a pris l'habitude de me prendre par la main pour m'organiser mes petites balades en Nouvelle-Zélande (surtout quand je change tout au dernier moment).
Noël au balcon…
Quelle magnifique opportunité que d'être au bout du monde pour y vivre la période magique de Noël. Ah! Noël! Le froid mordant des petits matins gris, quand l'obscurité le dispute à l'aube naissante… La pluie fine qui souvent se transforme en grésil et parfois, ô joie des petits et des grands, en neige, couvrant d'un moelleux duvet les toitures d'où la cheminée fume chaleureusement…Les vitrines étincelantes des commerces, enguirlandés de vert et de rouge, les Pères Noël aux couleurs festives qui sourient aux enfants devant les magasins, les décorations éblouissantes …
Je m'égare.
Wellington, fin du mois de Novembre. Officiellement, l'été commence le 1er Décembre. Le jour se lève largement avant moi, continue à se coucher vers neuf heures le soir car sinon ce ne serait pas raisonnable, les Quarantièmes Rugissants sont partis souffler plus loin et le soleil brille! Les plages de la ville recommencent à être fréquentées le week-end, ce qui permet à l'observatrice nonchalamment vautrée sur le sable de compiler exhaustivement les divers modèles de tatouages en vogue actuellement. Les messieurs moustachus abondent, tous unis dans la lutte contre le cancer de la prostate en laissant libre cours à leur pilosité sub-nasale, puisque Novembre a été consacré à la plantation des moustaches qui fleurissent partout, dans un grand mouvement national en vue de récolter des fonds pour une noble cause.
On achète des maillots de bain, les écoles éditent des notes pressantes aux parents afin qu'ils pensent à équiper leurs rejetons de chapeaux et les tartinent de crème pour lutter cette fois contre le cancer de la peau. Ça sent les vacances!
Alors, et Noël, hein?
Il a fallu que des membres bien intentionnés de la famille restée en France et en contact direct avec l'atmosphère évoquée plus haut, me préviennent qu'ils envoyaient des colis en Nouvelle-Zélande pour que je réalise que, bon sang, mais c'est bien sûr! Noël c'est le 25 décembre! Personne ne m'avait prévenue!
Les rues de Wellington sont animées, les jeunes filles ont quitté leurs collants noirs coupés aux chevilles sous la robe à fleurs pour ne plus porter que cette dernière, les pieds nus (non, pas dans des sandales, nus pieds, quoi), arborent des lunettes de soleil extra-large (ici, c'est la tendance demi-casque de moto, avec des branches) et vont boire leur gobelet de café sur les pelouses.
Partie en chasse pour rapporter une foule d'observations à commenter aux malheureux qui n'ont pas la chance d'être en Nouvelle-Zélande pour les fêtes, j'ai vite déchanté!
Seul le grand magasin de centre-ville, Kirkaldie & Stains, a poussé jusqu'à décorer de blanc et de rouge ses vitrines, il y a même un marché de Noël dans sa galerie commerçante: j'ai suivi la flèche, alléchée par celle indiquant aussi "Café de Noël". En réalité, les deux se confondent. Une fois qu'on a subi une overdose de sapins en plastique, de boules dorées classées par taille, d'angelots alignés en rang d'oignons à côté de Pères Noël musicaux, on a aussi pris l'habitude de respirer par la bouche, car le fameux café de Noël n'est que la cafétéria habituelle avec un panneau en plus. Et la ventilation visiblement montée à l'envers. Remarquons que cela ne gênait que moi, le Père Noël de location au rez-de chaussée faisait tranquillement la sieste dans son traîneau, attendant d'hypothétiques marmots qui de toute façon filent à la plage après l'école.
Puis exploration de Lambton Quay, la grand-rue, quoi. Eh bien, rien, zéro, nada, nitchevo! La boutique de Telecom propose des forfaits spéciaux à l'occasion de Noël et a fait l'effort de coller des images rappelant les fêtes en vitrine, les magasins de cosmétiques proposent (discrètement) des coffrets-cadeaux de savonnettes, (le ruban est gratuit…), mais en contrepartie on voit partout des offres alléchantes pour dépenser ses sous pour Noël. Empruntez $5000 tout de suite (à 25%),! Offrez-vous une pompe à chaleur sans rien payer maintenant (payez le double en juin prochain)!
Déçue de mes recherches de la magie de Noël dans les magasins, j'ai interrogé des néo-zélandais, des vrais, des qui vivent les fêtes dans la plus pure tradition.
Noël, c'est essentiellement la réunion de famille autour du sacro-saint barbecue! Au menu, saucisses, pommes de terre, kumara, côtes de porc, steak, démocratiquement grillés ensemble pendant que les enfants jouent au ballon et que les adultes dégustent la "Sundance Summer ale", bière brassée à Wellington. Parfois, un "hangi", la méthode maori de cuisson à l'étouffée, pour laquelle il faut se lever à 4h30 afin de faire chauffer les pierres qui vont cuire à l'étouffée viandes et légumes dans la journée. On est loin du foie gras, de la bourriche de Marennes, de la dinde fourrée ou de la bonne bûche à la crème au beurre parsemée de nains et de sapins en plastique.
Décevant, Noël chez les kiwis? Non, différent, estival, un Noël au soleil, au consumérisme plus discret que celui affiché en Europe mais bien présent, prétexte à des fêtes d'école (pour récolter des sous, l'époque se prête à la générosité) et surtout à des réunions de famille, dont les membres dispersés à travers le pays, voire le monde, se rassemblent une fois l'an autour du barbecue.
Pour la version froide, attendez Juillet: intéressante création locale, le mid-Christmas, où on peut enfin se goinfrer de dinde farcie.
Pimali
29 novembre 2007
L'envers du décor ou tout ce que Nadine de Rotschild vous cache
Au menu: timbales de courgettes au saumon, suivies d'un bœuf bourguignon, d'un plateau de fromages, pour terminer par un roulé à la fraise ou, tiens, une crème renversée au caramel.
Voilà ce que j'arrive à concocter, en invitant des personnes différentes à chaque fois, menu qui peut me durer quelques mois sans me creuser trop la cervelle.
Mais là où le bât blesse, c'est lors de l'élaboration de tous ces petits plats savoureux.
En effet, lorsque les invités arrivent, le salon est accueillant, les couvertures destinées à protéger les canapés beige inconsidérément achetés par Monsieur P. quand j'avais le dos tourné, ont disparu, un fumet appétissant flotte, des bougies sont allumées, reflétant leur flamme dans le ventre bombé des flûtes à champagne disposées sur la table du salon, à côté de petites bricoles apéritives fabriquées maison.
Le couvert est déjà mis, quelques roses du jardin dans un vase, la musique d'ambiance flatte l'oreille sans l'agresser, et les enfants sont éjectés à l'étage, une fois gavés de pizza, laissés à regarder un film avec mission d'être invisibles (et inaudibles) et ils auront du dessert demain.
La maîtresse de maison, coiffée et maquillée discrètement, arborant des frous-frous fleurant bon une maison de parfum française, accueille les hôtes avec le sourire, l'air reposé et ravi. Moi.
Sauf que.
Le scénario habituel se déroule ainsi: le matin du grand jour, consultation des recettes et élaboration de la liste de courses. Dans l'ordre des rayons du magasin, on est organisé ou on ne l'est pas. Ma pâte à pain est prête dans son saladier, je décolle.
La majorité des denrées achetées, tour dans le deuxième établissement où j'ai l'espoir de trouver quelques ingrédients essentiels en rupture de stock dans le premier supermarché. Tout ça en courant pour éviter que ce qui mijote dans le coffre ne pourrisse pas irrémédiablement avant le retour vers la maison et le réfrigérateur.
Ça y est, tout est là, il est déjà … oulàlà! Midi! Et je n'ai encore rien fait!
Déballage express des quarante sacs pleins, et c'est l'heure d'aller récupérer Li à son kindergarten. Pas le temps d'aller chez le coiffeur, de toute façon c'est un rêve que je caresse à chaque fois, inaccessible et incroyable, comme de gagner au loto.
Une fois mademoiselle récupérée, puis nourrie d'un bol de nouilles et d'un yaourt, je me mets au travail. Monsieur P. me fait la grâce de ne pas rentrer déjeuner, il sent le vent du boulet, et ces jours-là, je ne le vois pas.
Une fois les timbales de saumon préparées, je me retrouve à la tête d'une cuisine fleurant le poisson, en compagnie du parfum du bourguignon qui mijote. Il est déjà trois heures, je cours chercher Pi et Ma à l'école, laissant derrière moi un chantier innommable.
Le saumon est gras et juteux, avec un peu de chance j'ai laissé tomber le plastique côté beurre par terre, les ciseaux de cuisine dérapent dans les mains et gisent au fond de l'évier. Les moules à timbales les côtoient, par-dessus s'empilent la poêle qui a servi à cuire les courgettes, la râpe qui les a râpées, la planche à découper les courgettes, la deuxième planche pour débiter la viande à bourguignon, les trois couteaux de taille croissante que j'ai utilisés car les deux premiers ne coupent plus rien, les deux saladiers dans lesquels j'ai préparé la pâte à pain, les six cuillères en bois qui ont servi à ces diverses préparations. Il y a de la farine sur le plan de travail, la plaque de cuisson est couverte de projections d'huile, de beurre, des petits bouts de courgette se sont sournoisement échappés et me narguent, collés à mort sur les trucs à gaz, ou, par terre, n'attendent que mon pied pour me faire effectuer un triple axel sur le carrelage.
Je parlemente avec le four pour qu'il atteigne les 240° nécessaires à la cuisson du pain: "Tu vas chauffer, bourrique? Une demi-heure, tu mets une demi-heure pour arriver à 200°, tu crois que j'ai des actions chez Meridian-Energy?". Je finis toujours par: "Saleté de four". Ça dégage bien.
Je convainc mes enfants avec la tendresse d'une mère attentive d'aller jouer dans leurs chambres : "Vous allez me débarrasser le plancher, oui? Nan, vous n'avez pas besoin de goûter, filez, ou bien emportez du chocolat et du miel dans vos chambres, disparaissez, je ne veux plus vous voir!"
J'appelle Monsieur P. au bureau pour m'assurer qu'il va bien "Alors? Tu rentres, oui? Faut que t'achètes du vin, du lait, de l'huile, deux kilos de farine, y'a plus de sucre, grouille! Quoi? C'est moi qui ai la voiture? Et alors?"
Ayant ainsi disposé des bonnes volontés des uns et des autres, je me replonge dans mes recettes. Remplies de fallacieuses indications du style "faire blanchir les jaunes avec du sucre", ce qui donne toujours chez moi un mélange jaune. Blanchir est-il un terme totalement dénué de connotation visuelle? Ou est-ce la coquille qu'il faut employer?
Une fois Monsieur P. docilement rentré, je le charge de quelques menues tâches allant de la direction du cheptel (doucher les enfants et les bourrer de la pizza précitée) à l'élaboration du plateau de fromages. Le compte à rebours a commencé.
Le couvert n'est pas mis parce que la nappe n'est pas repassée. Oui, pour de graves questions de gestion de mon temps libre, le linge à repasser est stocké dans un sac qui prend des allures de balle de coton, en général quand il est mûr il tombe du dessus du lave-linge où je le case, loin de ma vue.
Repassage accéléré, puis couvert mis en courant.
"Aaaaaahhh! Mes bouchées pour l'apéro! "
-Quoi? Tu n'as pas fait d'apéro? (Monsieur a le sens de l'à-propos dans ces situations d'urgence).
- Flûte, flûte, flûte (pour le confort de lecture, j'ai remplacé le terme plus scatologique employé dans ce cas), pousse-toi de là, où est ma plaque?
Evidemment, ma plaque de four trône au sommet de la pile de vaisselle sale qui commence à déborder de l'évier, impossible à laver car sinon l'eau, qui ne peut atteindre le fond directement, rejaillit de tous côtés jusqu'à la table de la cuisine. Tant pis, je lave et j'éclabousse.
- T'as vu l'heure?
J'avale un début d'étouffement de rage, et répond en grinçant des dents: "Prépare plutôt le salon!".
Suivent un certain nombre de sollicitations "Comment tu enlèves les couvertures? (en les tirant, c'te question!) Oui, mais comment tu fais ensuite? (tu les plies, t'as fait l'armée, non?) Où je les mets? (en boule dans l'escalier, on s'en fiche, y'a plus le temps!) On met quels verres? (On a dit qu'on buvait du champ', tu veux préparer des cocktails ou quoi?) Y'a une tache (non mais et puis quoi encore?)".
En général, j'ai fait le dessert d'avance; en cas de crème caramel ou de tarte Tatin, j'ai en plus, dans ma collection de vaisselle sale, la casserole à caramel, qui a invariablement cramé et devra tremper trois jours avant que je ne me décide à faire bouillir de la Javel pour récupérer mon ustensile.
- Il est l'heure, je vais me changer!, annonce Monsieur benoîtement, alors qu'échevelée, la sueur au front, couverte de taches malgré le tablier qui de toute façon, faute d'être attaché, n'a servi à rien, je m'escrime à décoller mes bouchées apéro de la plaque parce que, distraite par le feu roulant de questions, j'ai un peu oublié que le four, une fois chaud, a tendance à chauffer de plus en plus. En grattant un peu, je récupère la majorité de mon œuvre.
Ventre à terre, je cours me changer, un pchitt de parfum pour couvrir l'odeur mêlée de saumon -courgettes-oignons-lardons-caramel-fromage-produit vaisselle-coulis-de-fraises, selon le menu établi. Démélage express avec le pchitt pour rendre lisse et brillant (c'est marqué dessus), du truc sur les yeux avec un petit coup de brosse à cils dans l'œil parce qu'il n'y a pas de raison d'éviter ça aussi, quelques vêtements qui ne soient pas des haillons et hop! Toc toc toc, les voilà!
Et retour à la description du départ.
Et ce qu'il y a de bien, c'est qu'ainsi, je peux trier mes invités: pas de deuxième tour pour ceux qui chipotent, laissent du foie gras sur le côté de l'assiette ou picorent parce qu'ils sont au régime. Quand on vient chez moi, on mange. Sans discuter.
23 novembre 2007
L'assiettée qui tue
Devinez qui a chamboulé pour toujours la conception alimentaire d'un groupe de jeunes néo-zélandais qui ne pensaient pas à mal?
Etant conviée à vanter les mérites de la France et de la langue française dans un établissement scolaire, j'y suis allée de mon petit discours aux fins non déguisées d'inciter de vaillants élèves à se lancer dans l'apprentissage du français. Je leur souhaite bien du plaisir, une langue faite de plus d'exceptions que de règles, aux sons imprononçables qui doivent obligatoirement passer par le nez pour être corrects, fourmillant de diphtongues nées uniquement dans l'hexagone, ça demande de la volonté. J'en ai rajouté une bonne couche, surtout après que l'enseignante leur ait dit:
"Super, faire des échanges avec un élève français, ça doit être fun!".
Forte d'années de Bescherelle, de Bled et Lagarde et Michart réunis, en ayant bavé sur les plus-que-parfait aux formes varaibles et les subjonctifs improbables, il n'y a pas de raison de cacher la dure vérité à ces jeunes âmes.
"Ouais, ben, non, en fait, ce n'est pas fun du tout, hein, attention, si vous faites du français, va falloir drôlement bosser, et puis apprendre par cœur, et puis de toute façon personne ne vous comprendra si vous continuez à prononcer toutes les lettres des mots, parce que le français, jeunes gens, c'est fait exprès pour que les estrangers aient un mal de chien à l'apprendre, cette fois va falloir donner un sacré coup à vos neurones".
J'ai aussi rajouté que faire du latin ne serait pas une mauvaise chose. La cerise sur le gâteau, quoi.
Rassurée d'avoir ainsi encouragé la fleur de la nation néo-zélandaise à apprendre la langue de Molière (oui, une classe de surdoués, il paraît, enfin, gentils, moi je n'ai rien vu de spécial), j'ai pris place afin de présider à une table, pour le repas de midi. Un repas français, c'était le French Day, comme on dit chez nous.
Leur enseignante leur avait demandé d'apporter de quoi manger, ça a dû leur faire tout drôle d'être assis à table et pas à califourchon sur une barrière dehors, à piocher dans leur lunch-box. J'ai apprécié d'avoir une assiette en carton, tout en notant que la pile de serviettes en papier demeurait curieusement intacte au centre de la table. Peut-être un élément de décoration, mais à Rome, fais comme les Romains. J'en ai quand même demandé une, puisqu'il n'y avait pas d'esclave sur la toge duquel j'aurais pu m'essuyer les doigts.
La table valait le coup d'œil: Van Gogh aurait apprécié, une superbe harmonie de jaunes, car les spécialités françaises sont, comme chacun sait, la baguette, les croissants, les pains au chocolat, les escargots au chocolat, les chaussons aux pommes, une petite touche de blanc donnée par les meringues et une tarte tropézienne saupoudrée de sucre glace, sans oublier la note salée apportée par une quiche et quelques assiettes de chips. Beaucoup de chips. Jaunes.
Les élèves m'ont fait remarquer qu'il y avait aussi du rouge, car l'un d'eux, touché par on ne sait quelle idée farfelue, avait apporté une barquette de six fraises (et non pas du gros qui tache, aucune honnête bouteille de picrate à l'horizon, seulement du lait pour faire couler tout ça).
J'ai pris de la quiche, en compagnie exclusive des deux autres français présents, à laquelle les jeunes gens n'ont pas osé toucher: quoique sortant d'une boîte, elle contenait un ingrédient vert hautement suspect. Peut-être un légume.
J'ai été chargée du découpage d'un audacieux échafaudage de crème chocolatée sur génoise marron, sommé de tortillons en chocolat et de tuiles artistiquement disposés. Le genre de décoration qui empêche le couteau de couper droit, s'enfonçant traîtreusement sous la lame, provoquant des dégâts irréparables sur les tranches initialement prévues.
Il s'agit du principe du mille-feuilles: même quand la couche supérieure n'est pas engluée dans un épais glaçage rayé collant et immangeable, même quand on l'attaque franchement en se disant qu'un coup rapide sera plus net (selon l'idée de ce bon Monsieur Guillotin), même si on a sorti le couteau japonais à lame en carbone qui permettrait de découper des noix de muscade en carpaccio, le résultat navrant reste le même. La crème douillettement blottie entre deux couches de pâte feuilletée s'émancipe soudain, déborde d'un coup de tous les côtés, sous la pression de la pâte du haut, qui se plie en deux mais ne rompt pas, écrasant tout sur son passage. Il s'avère impossible de manger à la fois les feuilles et la crème.
J'ai gaillardement découpé le gâteau sur lequel les élèves se sont jetés, certains se contentant frugalement d'une tranche pour tout potage. Manger avec les doigts après avoir découpé un monstre pareil, dégorgeant sa crème de tous côtés, n'est pas sans risque: ma quiche avait un fumet chocolaté, qui a perduré avec le croissant au jambon et fromage qui a suivi. Vu que le croissant était fait à partir de pâte sucrée, ça ne m'a pas dérangée outre mesure.
Au moment où tous ces jeunes gens me tendaient leur assiette afin que j'y dépose une tranche de gâteau, le pire s'est produit.
Un garçon m'a tendu son assiette. Mon cœur a manqué un battement. Pleine de chips. Grasses et salées. Avec la place pour y mettre le dessert.
"Tu veux… du gâteau?
- Euh, oui, m'dame. S'il vous plaît, rajoute-t-il prudemment.
- Non, là je ne peux pas, je suis désolée.
- Ah bon, pourquoi?
L'intérêt de ses congénères était éveillé à fond, bien plus que lors de mon speech, fort bien mené pourtant, et j'ai vu des regards curieux et interrogateurs converger vers moi.
- Je ne peux pas mettre dans la même assiette du gâteau et des chips. C'est pas possible.
- …. ?
Incompréhension, choc des cultures, découverte du côté obscur.
Une des jeunes filles présentes, pleine de bonne volonté, avance timidement:
- On ne peut pas mélanger de salé avec du sucré? C'est ça?
Je crois que le choc a été réel. J'ai évité d'évoquer le canard à l'orange ou le rôti de porc aux pruneaux, sans oublier le boudin aux pommes ou aux châtaignes, on serait entré dans des considérations trop pointues. Donc oui, j'ai doctement expliqué que les patates frites salées se mariaient mal avec de la ganache chocolatée, ce qui les a vraiment surpris.
Le garçon est revenu docilement me présenter une assiette vierge de chips, encore un peu grasse certes, mais dans laquelle j'ai pu déposer le gâteau au chocolat avec la satisfaction du devoir accompli.
18 novembre 2007
Les mauvaises herbes
Je vous donne le truc typique néo-zélandais pour éradiquer les mauvaises herbes?
Et bien, mettons que vous habitez en ville, dans la capitale par exemple. Vous louez une gentille maison de centre-ville, avec jardin en ciment armé, mais là n'est pas la question. Ou plutôt si: comme il n'y a pas beaucoup de vert, vous laissez proliférer ce qui pousse tout seul, comme cette inoffensive rampante appelée je-ne-sais-quoi-des-ruines, qui fait de jolies fleurettes mauves au sein d'un feuillage bien vert.
Comme vous passez somme toute peu de temps devant votre maison, à la regarder depuis la rue, vous passez quotidiennement devant votre garage sans prêter attention plus que nécessaire à la petite graminée de dix centimètres de haut, qui se hisse péniblement depuis le grillage métallique enchâssé dans le goudron, qui protège l'évacuation des eaux de pluie. Elle a d'ailleurs une timide voisine, probablement une herbe folle, qui ondule doucement au gré du vent et résiste au passage quasi quotidien de votre Daihatsu sur sa tige.
Vous regarder d'un oeil vide ces herbes, effectivement folles d'avoir osé pousser là, et n'ayant aucun espoir de pouvoir se reproduire un jour, leur venue tenant partiellement du miracle.
Vous laissez donc vos mauvaises herbes à leur retraite, telles des ermites méditant sur la joie profonde de vivre d'une goutte d'eau (l'été fut sec) et d'une miette de terre, et vous passez votre chemin.
Votre regard paresseux effleure parfois les vertes petites tiges, mais pas souvent, vous les oubliez plutôt. Un jour, pourtant, vous notez qu'elles ont fini par dépérir, offrant le triste aspect d'un paillasson jauni et desséché, et vous pensez "tiens, elles auront quand même tenu un bout de temps, celles-là. Faudra que je les arrache, en vert c'était mignon, la version foin me plaît moins."
Jusqu'à cet après-midi-là où vous faites la connaissance fortuite du riche propriétaire qui vous loue à prix d'or sa maison avec garage. Homme fort sympatique au demeurant (vu ce que vous lui versez chaque mois, il peut) qui, au moment de monter dans sa BMW 4x4 peinture métallisée jantes alliage, vous montre les herbelettes décédées et vous raconte leur histoire.
Et de vous préciser que le voisin, quelques numéros plus haut, a pris les coupables herbes en flagrant délit d'existence, les a photographiées, puis est venu les vaporiser de désherbant, et a repris une photo témoin. Et envoyé le tout au propriétaire.
Il n'y a qu'à laisser faire la nature... humaine.
11 novembre 2007
Spécialités régionales en Nouvelle-Zélande
Monsieur P., fréquemment appelé par ses hautes activités laborieuses, à voyager à travers le pays, a eu l'avantage sur la malheureuse laissée à attiser les braises dans le fourneau, de visiter Auckland, Christchurch, Dunedin ou Invercargill. Toutes villes importantes de Nouvelle-Zélande, comme nul n'en ignore plus désormais. Enfin, surtout moi, qui ai eu naguère quelque difficulté à localiser ce pays sur une carte, opération rendue plus facile par l'observation d'un globe terrestre de préférence à une carte de l'Europe politique.
Instruite par la durée du voyage de la distance à effectuer pour atteindre ces lointains rivages, je sais à présent que vingt mille kilomètres représentent environ trente-six heures de ma vie. Je tire au passage une révérence appuyée aux lointains aïeux des actuels habitants du pays, il fallait quand même avoir l'âme chevillée au corps pour endurer des mois de navigation avant d'atteindre cette terre où les maisons n'étaient même pas encore édifiées en planches et tôle ondulée. Il y a eu de notables progrès dans ce sens. Les planches sont peintes.
Or donc, Monsieur partant se promener dans ces lieux enchanteurs que sont Auckland ou Christchurch, me vantait par exemple les délices des bains au mercure (j'ai mis un temps comparativement long, compte tenu de ma vivacité d'esprit habituelle, à comprendre qu'il ne s'agissait pas de tremper dans du vif-argent, mais d'aller loger à l'hôtel du même nom), ou le charme des maisons en pierre des villes de l'île du sud.
Brimée et délaissée, j'ai ainsi réclamé un gage de sa tendresse au retour d'un de ces voyages:
"Dis, tu pourrais quand même me rapporter un petit cadeau, quand tu vas là-bas!
- Ben, euh, ah?
- Oui, tu as peut-être le charme de l'homme qui part, mais j'aimerais bien que tu ne rentres pas les mains vides.
- (soupir de l'homme harcelé) Bon, d'accord (ah! quand même), mais qu'est-ce que tu veux que je te rapporte?
- Je ne sais pas, moi! (j'aime les cadeaux, mais il faut aussi que ce soit des surprises), y'a pas des spécialités locales?
Silence teinté d'effarement.
- Non?
- Tu sais, des calissons d'Auckland, il n'y en a pas vraiment…
Nous avons, bien sûr, ri de bon cœur. En grinçant des dents.
Depuis, il m'achète des bricoles issues d'un magasin largement fourni en bijoux et objets d'art du Pacifique, commodément situé à l'aéroport de Wellington. Par commodité de langage, nous appelons ces menus présents presque spontanés, mes calissons.
Noël se profilant au détour de ce joli printemps, mes échoppes favorites commencent à se remplir de diverses douceurs importées d'autres galaxies. Un aventureux importateur de Christchurch a eu l'idée de faire un tour dans le sud de la France (pays imaginaire situé dans un monde lointain, aimablement auréolé d'une brume qui le rend idéal et fascinant), et tel Sindbad le Marin, a dû échanger son chargement de nacre de paua contre quelques précieuses boîtes de nougat de Montélimar et de calissons d'Aix. Demain, pour son anniversaire, Monsieur P. aura sa boîte.




