08 avril 2008
La centième: on débarrasse!
Un ultime message, le centième de ce blog, et dernier, d'ailleurs, car j'ai trouvé une plate-forme bien plus souple et facile d'usage avec over-blog!
Je peux enfin jouer avec les polices de caractères, le corps des lettres, mettre en page (encore que j'ai quelques ratés en publication, dus à un travail bâclé, car c'est moins rigolo de prendre son canapé en photo et de lui donner une légende sobre, que de plaisanter joyeusement sur mes abysses d'ignorance culinaire), et j'ai une jolie page de statistiques, vierge pour le moment vu qu'il n'y a que moi qui regarde.
Je propose donc aux foules impatientes, et ayant besoin de se meubler, la liste de mes biens terrestres, dont la vente me déchire le cœur mais, bon, quand il faut il faut.
Mes biens à vendre! Collector!
Je précise que je ne fais pas de livraison hors Nouvelle-Zélande, et que si ça pouvait se limiter à Wellington ça m'arrangerait bien.
;-)
28 janvier 2008
Cauchemar à Wanaka
Je passerai la description des paysages splendides que nous avons pu admirer tout au long de ce périple, nombre d'écrits vantent les beautés de la Nouvelle-Zélande, et les louanges de l'île du Sud ne sont plus à faire. Il faut dire qu'au long de douze millions de kilomètres que nous avons certainement dû parcourir en voiture pour atteindre les sites "ab-so-lu-ment immanquables", nous avons eu le temps de les voir, les montagnes.
De Queenstown, bourgade nichée au bout d'un lac, farcie de motels et de boutiques à touristes, nous avons gaillardement pris la route en direction du lac Wanaka, réputé entre autres pour la pêche. Il était bien entendu que ce serait LA journée de Monsieur P., consacrée à son dada, pendant que moi-même et les rejetons nous occuperions de notre côté.

Le soir de notre arrivée, nous avons remarqué une agitation particulière en ville (enfin, en village, s'agissant d'une rue toute droite remplie uniquement de magasins de sports, derrière laquelle on trouve les rues garnies en majorité de motels), et après renseignements pris auprès de notre aimable motelier, nous avons appris que le lendemain aurait lieu un événement sportif, le Triathlon de Wanaka. L'information ne nous a pas émus outre mesure, et nous sommes allés benoîtement manger notre salade de tomates avant de goûter un repos bien mérité.
Ah oui, mais un triathlon, ça prend du temps. Ça prend toute une journée à faire. Et le plus tôt on le commence, le plus tôt c'est terminé. Monsieur de La Palice n'aurait pas pu dire mieux. Et les néo-zélandais, qui sont gens logiques et organisés, en général sportifs accomplis sachant que l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, l'ont bien compris.
Aussi, dès 6h ce matin-là, un gaillard animateur a empoigné son micro et informé les populations à cinq kilomètres aux alentours du grrrrrrrand départ du triathlon de Wanaka. Quand on dort à deux cents mètres du podium, on est vite au courant. On peut applaudir le sérieux des organisateurs, car le départ prévu à 7h a bien eu lieu à l'heure dite. On a très bien entendu aussi l'hélicoptère de la télé qui couvrait l'événement.
Monsieur P. ayant poursuivi son programme halieutique incluant l'utilisation de notre véhiculer terrestre à moteur, c'est à pied que ma marmaille et moi avons fui les festivités (car faire partir plus de neuf cents participants prend du temps) pour nous rendre dans un parc de jeu distant de trois kilomètres de la ville. Comme à son habitude, Li, qui avait commencé la promenade avec bonne volonté, à renoncé à marcher au bout d'un kilomètre environ, s'asseyant (à l'ombre) et poussant des hurlements déchirants à mon intention, accompagnés de vraies larmes de crocodile, tout en adoptant l'attitude et la physionomie de Cosette avant d'aller puiser de l'eau dans le noir.
La loi néo-zélandaise m'interdisant de battre comme plâtre mon enfant, j'ai continué à marcher comme si de rien n'était, pendant que les cris de Li attiraient des golfeurs certainement persuadés d'être témoins d'un abandon d'enfant. Elle quand même fini par retrouver l'usage de ses jambes et nous avons pu passer une matinée au calme.
J'avais presque oublié ce triathlon; pourtant, dans le taxi du retour (pas envie de ramasser Li tous les cinq mètres), on en croisait encore, des vélocipédistes ornés d'un coquin dossard sur les fesses, (un fessard, quoi), ahanant sous le soleil. Quelle pitié.
L'après-midi s'est déroulée dans une atmosphère de foire du Trône, sans les manèges mais au son de la voix enthousiaste et décuplée des joyeux animateurs, pleins d'une énergie inépuisable pour annoncer les arrivées successives des valeureux sportifs qui venaient d'avaler plus de cent kilomètres à vélo, suivis de cinquante et quelques kilomètres à la nage, pour terminer en beauté par quarante deux derniers kilomètres en courant. Ceux qui n'avaient pas succombé à une crise cardiaque étaient accueillis en fanfare, j'ai suivi de près et avec un désespoir inénarrable le déroulement de l'épreuve.
Nous avons aussi appris le nom et la nationalité du vainqueur de l'épreuve. J'ai oublié son patronyme, mais l'animateur, qui devait être en pleine randonnée dans la montagne aux alentours du 9 novembre 1989, nous a informés qu'il venait d'Allemagne de l'Ouest. C'est vrai que les points cardinaux comptent, en Nouvelle-Zélande, on est du Sud ou du Nord, alors ça doit être pareil en Allemagne, sauf que c'est l'Est et l'Ouest.
Les derniers triathlonneux, cuits par le soleil, hypoglycémiques et déshydratés, mais heureux d'avoir pédalé, nagé et couru toute la sainte journée, sont arrivés sous les hourras de la foule vers onze heures du soir. Un feu d'artifice bon enfant a clôturé les festivités, quelques pétards colorés et au lit pour une bonne nuit de repos.
Le silence nous a surpris. J'ai enfin pu desserrer les mâchoires, décrisper mes mains soudées aux accoudoirs de mon siège, et tous mes muscles tétanisés se sont finalement relâchés, pour jouir du bonheur suprême du silence nocturne au fin fond de la Nouvelle-Zélande.
Une chance sur trois cent soixante-six cette année. C'est juré, j'achète un billet de loterie demain.
25 janvier 2008
Vive les vacances, plus de pénitences….
Les vacances, sonorité douce à n'importe quelle paire d'oreilles, symbole de farniente, de lectures au creux d'une confortable chaise longue, un verre de quelque chose de bon, voire alcoolisé à portée de main, le soleil filtré par la ramure d'un arbre qui bruisse doucement, au souffle d'une brise tiède et parfumée aux senteurs de l'été…
Mais commençons par l'entrée: pour profiter de vraies vacances telles qu'on les conçoit, il faut les mériter. C'est un principe judéo-chrétien de base, on n'a rien sans un minimum d'efforts.
D'abord, écorchage du portefeuille, vidage en règle des comptes afin de combler le déficit chronique des compagnies aériennes qui considèrent qu'il serait temps de remplacer leurs vieux coucous à hélice en faisant payer le cochon de vacancier, surtout en période de vacances. Logique. Donc le billet d'avion qui ne coûte pas si cher en période creuse, prend de l'ampleur et gonfle, gonfle, jusqu'à atteindre des plafonds que le plus gros 747 de la flotte n'atteint pas, même en vol stratosphérique.
Une fois les économies ratissées pour obtenir le droit insigne d'aller voir ailleurs si l'herbe n'est pas plus verte, il faut préparer les bagages. Une longue habitude d'expatriés ayant compris qu'il était vain de se scier les bras à porter de pesantes valises, nous permet de farcir nos sacs de voyage du strict nécessaire. Sans oublier tout de même les petites choses indispensables à la vie de bohême inhérente à la notion de vacances en Nouvelle-Zélande: les crèmes solaires indice 250, les produits chimiques qui font fondre le plastique et les vêtements, mais très efficaces contre les vampires locaux (de minuscules moucherons noirs armés d'un dard puissant rempli de venin corrosif, qui vous attaquent là où c'est tendre, et provoquent d'énormes boursouflures cuisantes pendant une semaine, j'ai nommé les célèbres sandflies), et les impedimenta de la cuisinière en vacances qui connaît à fond le contenu des placards vides des motels.
Ayant ainsi bouclé les quarante kilos de matériel de survie, prévoyant vêtements chauds, vêtements légers, vêtements de pluie, chapeaux pour le soleil, bottes et sandales (et une poêle), nous avons pu embarquer dans un des fleurons de la navigation aérienne locale.
Il y a 650 kilomètres entre Wellington (île du Nord) et Queenstown (île du Sud). Les avions ont du mal à relier les deux villes d'un coup, donc, pour rajouter au plaisir des adorateurs de la voltige aérienne, petite halte à Christchurch en cours de route.
Deux décollages et deux atterrissages dans une journée, ce qui réduit d'autorité mon espérance de vie de dix ans. Surtout quand le pilote a effectué un magnifique virage sur l'aile entre les montagnes avant de se poser à Queenstown, qui comme chacun le sait, est localisée dans les Alpes du Sud.
Le fait que Li crie joyeusement "Youhouou!" à chaque embardée du biplan (ou presque) dans lequel nous étions enfermés n'a pas franchement contribué à ma tranquillité d'esprit, nous voyant déjà écrasés sur le flanc rocheux qu'on voyait très bien par le hublot, nos restes calcinés éparpillés sur cette terre lointaine.
En fin de compte, nous avons été à pied d'œuvre, équipés de la 4L break locale (une Subaru un peu avachie mais en contact direct avec le sol, ce qui me convient mieux), installés dans un motel.
Le motel est une grande réalisation de l'industrie hôtelière, car il procure des chambres accompagnées d'un endroit pour cuisiner, et les lits sont faits tous les jours. Un excellent compromis entre la chambre d'hôtel qui coûte une fortune (ça m'apprendra à faire des enfants, mais c'est trop tard maintenant) et la maison de vacances où c'est le locataire qui fait son lit et le ménage. Enfin, LA locataire.
J'ai ainsi entamé une semaine délicieuse. J'ai fait la vaisselle à la main trois fois par jour, préparé des montagnes de salade de tomates, épluché un demi quintal de pommes, tartiné des dizaines de tranches de pain de mie afin de confectionner de savoureux sandwiches jambon-beurre-laitue-fromage, consommés le midi sur les lieux de visite.
Je ne supporte plus les sandwiches, j'abomine la vue de ces empilages de nourriture emballés dans de la cellophane, en général un peu écrasés par le voisinage du dessert (des pommes), j'exècre le contact mollasson du pain tiède d'avoir passé quelques heures au fond d'un sac, je hais les bords de route ou de rivière ou de falaise ou de paysage grandiose où nous les avons consommés tout en chassant les sandflies, les mains fleurant encore la crème solaire et le produit anti piqûres.
Puisqu'il a fallu changer d'hébergement trois fois en une semaine, pas question de remplir le micro frigidaire mis à disposition, de légumes variés et de viandes à mitonner. Donc le soir, au menu, aucune surprise. Des nouilles. Et quand nous nous sommes retrouvés non pas dans un motel mais dans un hôtel, erreur malheureuse de notre agence de voyages, nous sommes allés manger à la pizzeria.
Hôtel ou motel, un élément majeur de l'aménagement intérieur, c'est la bouilloire. On nous fournit gracieusement des sachets des granulés de café, de mignonnes petites capsules de lait sagement rangées dans le réfrigérateur, des tubes en papier remplis de sucre en poudre, de quoi se composer de revigorantes boissons chaudes après l'effort.
Mais la bouilloire des motels est magique. Telle un des ces livres secrets, verrouillés par des charmes et d'irréductibles loquets, elle n'offre qu'une surface lisse et polie, prolongée par son fil trop court interdisant de la poser ailleurs qu'à moins de huit centimètres de la prise. Une petite boule rigolote indique combien d'eau elle contient.
Le Génie, quant à lui, garde jalousement l'intérieur de l'appareil, qui n'a jamais été vu que par son monteur, quelque part là-bas, en Chine, et cache à tous les regards l'état de la résistance qui permet de faire chauffer le liquide. Remarquons que toute Résistance qui se respecte se doit d'agir à couvert.
J'ai donc bu et fait ingurgiter à ma famille des boissons proches d'élixirs mystérieux, puisque même en frottant très fort la bouilloire tout en invoquant Ali Baba, aucun déclic n'a eu lieu et l'intérieur de la maléfique machine est resté hermétiquement clos...

06 décembre 2007
Les chemins de la gloire
Depuis que j'écris ces chroniques, modestes témoignages du succès de l'enseignement du français dans les années soixante-dix et quatre-vingt, à grands coups d'apprentissage par cœur de conjugaisons tordues et de rédactions fleuves, donc depuis que j'écris, j'ai été flattée au-delà de tout par ma famille aussi bien que par de parfaits inconnus, tous poussant la gentillesse jusqu'à me souhaiter d'être publiée.
Ah! Etre un auteur reconnu! Voir ses ouvrages s'envoler comme des petits pains à la devanture des librairies, entendre parler de soi par ces délicieux dinosaures érudits que sont les petits libraires, ceux qui luttent vaillamment contre les grosses maisons qui bradent tout et n'importe quoi… Dédicacer des pages immaculées, être sollicitée afin d'exprimer un point de vue éclairé sur n'importe quel sujet (ne pas hésiter à me contacter, je peux broder sur n'importe quoi, surtout si je n'y connais rien: j'ai un lourd passif d'examens et concours réussis après des années universitaires à bronzer sur les pelouses du Luxembourg), bref la gloire dans toute sa splendeur.
Si en plus je peux devenir riche (vœu consternant d'après Monsieur, mais je laisse dire), autrement qu'en achetant des billets de loterie immanquablement perdants, quel avantage!
Un pas vers la célébrité avait déjà été franchi: quelle bonne surprise d'être un jour contactée par une radio nationale française, oui messieurs mesdames, une grosse radio qui cause à au moins des millions de Français, au garde-à-vous devant le poste. Annonce immédiate à toute la famille, évidemment, "Ils veulent me causer, à moi! Y-z-ont dit qu'ils m'appelleraient!". Y-z-ont appelé, et autant préciser (ou est-ce nécessaire?) que j'étais sur des charbons ardents, donc pas vraiment à l'aise (c'est chaud, les charbons).
Le monsieur qui a pris la peine de m'appeler était charmant, on aurait dit que j'étais une petite vieille appuyée sur une canne, qui se fait aider par un jeune homme bien élevé pour traverser la rue. "Vous passerez la semaine prochaine, je pense!", a-t-il précisé quand j'ai timidement demandé quand cette mémorable conversation serait diffusée sur les ondes et déversée dans les oreilles de mes compatriotes.
J'ai reçu à nouveau un courrier d'une autre personne me demandant une interview, pour la même émission: c'est extraordinaire, cette station de radio est tellement riche qu'elle a un personnel pléthorique, probablement installé sur plusieurs étages, pour une émission de cinq minutes!
Résultat: voilà deux mois déjà que j'ai répondu au monsieur, et rien. Même pas diffusée, mon interview…
Heureusement, pour me consoler, le directeur d'une agence de voyages qui organise les séjours de Français en Nouvelle-Zélande, m'a demandé d'écrire un article sur Noël au pays de Kiwis! Joie! Gloire! Célébrité! C'est Noël! Alléluia! Hosanna au plus haut des cieux!
Merci à Sébastien de l' agence Frogs-in-nz, mon ego est remonté en flèche et mon article trône sur le site.
Je m'empresse de le proposer à la lecture de ceux qui me font le plaisir de visiter le blog, avec quelques modifications par rapport à celui publié: rien à voir avec la cuisine, mais étant le seul maître à bord (ou la seule maîtresse? Mais ça a un sens légèrement sado-maso, je garde le masculin), je fais bien ce que je veux sur mon blog. Na.
Mon premier article! Noël chez les kiwis
Voici donc l'article publié sur le site de l'agence de voyage en ligne Frogs-in-nz, agence qui a pris l'habitude de me prendre par la main pour m'organiser mes petites balades en Nouvelle-Zélande (surtout quand je change tout au dernier moment).
Noël au balcon…
Quelle magnifique opportunité que d'être au bout du monde pour y vivre la période magique de Noël. Ah! Noël! Le froid mordant des petits matins gris, quand l'obscurité le dispute à l'aube naissante… La pluie fine qui souvent se transforme en grésil et parfois, ô joie des petits et des grands, en neige, couvrant d'un moelleux duvet les toitures d'où la cheminée fume chaleureusement…Les vitrines étincelantes des commerces, enguirlandés de vert et de rouge, les Pères Noël aux couleurs festives qui sourient aux enfants devant les magasins, les décorations éblouissantes …
Je m'égare.
Wellington, fin du mois de Novembre. Officiellement, l'été commence le 1er Décembre. Le jour se lève largement avant moi, continue à se coucher vers neuf heures le soir car sinon ce ne serait pas raisonnable, les Quarantièmes Rugissants sont partis souffler plus loin et le soleil brille! Les plages de la ville recommencent à être fréquentées le week-end, ce qui permet à l'observatrice nonchalamment vautrée sur le sable de compiler exhaustivement les divers modèles de tatouages en vogue actuellement. Les messieurs moustachus abondent, tous unis dans la lutte contre le cancer de la prostate en laissant libre cours à leur pilosité sub-nasale, puisque Novembre a été consacré à la plantation des moustaches qui fleurissent partout, dans un grand mouvement national en vue de récolter des fonds pour une noble cause.
On achète des maillots de bain, les écoles éditent des notes pressantes aux parents afin qu'ils pensent à équiper leurs rejetons de chapeaux et les tartinent de crème pour lutter cette fois contre le cancer de la peau. Ça sent les vacances!
Alors, et Noël, hein?
Il a fallu que des membres bien intentionnés de la famille restée en France et en contact direct avec l'atmosphère évoquée plus haut, me préviennent qu'ils envoyaient des colis en Nouvelle-Zélande pour que je réalise que, bon sang, mais c'est bien sûr! Noël c'est le 25 décembre! Personne ne m'avait prévenue!
Les rues de Wellington sont animées, les jeunes filles ont quitté leurs collants noirs coupés aux chevilles sous la robe à fleurs pour ne plus porter que cette dernière, les pieds nus (non, pas dans des sandales, nus pieds, quoi), arborent des lunettes de soleil extra-large (ici, c'est la tendance demi-casque de moto, avec des branches) et vont boire leur gobelet de café sur les pelouses.
Partie en chasse pour rapporter une foule d'observations à commenter aux malheureux qui n'ont pas la chance d'être en Nouvelle-Zélande pour les fêtes, j'ai vite déchanté!
Seul le grand magasin de centre-ville, Kirkaldie & Stains, a poussé jusqu'à décorer de blanc et de rouge ses vitrines, il y a même un marché de Noël dans sa galerie commerçante: j'ai suivi la flèche, alléchée par celle indiquant aussi "Café de Noël". En réalité, les deux se confondent. Une fois qu'on a subi une overdose de sapins en plastique, de boules dorées classées par taille, d'angelots alignés en rang d'oignons à côté de Pères Noël musicaux, on a aussi pris l'habitude de respirer par la bouche, car le fameux café de Noël n'est que la cafétéria habituelle avec un panneau en plus. Et la ventilation visiblement montée à l'envers. Remarquons que cela ne gênait que moi, le Père Noël de location au rez-de chaussée faisait tranquillement la sieste dans son traîneau, attendant d'hypothétiques marmots qui de toute façon filent à la plage après l'école.
Puis exploration de Lambton Quay, la grand-rue, quoi. Eh bien, rien, zéro, nada, nitchevo! La boutique de Telecom propose des forfaits spéciaux à l'occasion de Noël et a fait l'effort de coller des images rappelant les fêtes en vitrine, les magasins de cosmétiques proposent (discrètement) des coffrets-cadeaux de savonnettes, (le ruban est gratuit…), mais en contrepartie on voit partout des offres alléchantes pour dépenser ses sous pour Noël. Empruntez $5000 tout de suite (à 25%),! Offrez-vous une pompe à chaleur sans rien payer maintenant (payez le double en juin prochain)!
Déçue de mes recherches de la magie de Noël dans les magasins, j'ai interrogé des néo-zélandais, des vrais, des qui vivent les fêtes dans la plus pure tradition.
Noël, c'est essentiellement la réunion de famille autour du sacro-saint barbecue! Au menu, saucisses, pommes de terre, kumara, côtes de porc, steak, démocratiquement grillés ensemble pendant que les enfants jouent au ballon et que les adultes dégustent la "Sundance Summer ale", bière brassée à Wellington. Parfois, un "hangi", la méthode maori de cuisson à l'étouffée, pour laquelle il faut se lever à 4h30 afin de faire chauffer les pierres qui vont cuire à l'étouffée viandes et légumes dans la journée. On est loin du foie gras, de la bourriche de Marennes, de la dinde fourrée ou de la bonne bûche à la crème au beurre parsemée de nains et de sapins en plastique.
Décevant, Noël chez les kiwis? Non, différent, estival, un Noël au soleil, au consumérisme plus discret que celui affiché en Europe mais bien présent, prétexte à des fêtes d'école (pour récolter des sous, l'époque se prête à la générosité) et surtout à des réunions de famille, dont les membres dispersés à travers le pays, voire le monde, se rassemblent une fois l'an autour du barbecue.
Pour la version froide, attendez Juillet: intéressante création locale, le mid-Christmas, où on peut enfin se goinfrer de dinde farcie.
Pimali
23 novembre 2007
L'assiettée qui tue
Devinez qui a chamboulé pour toujours la conception alimentaire d'un groupe de jeunes néo-zélandais qui ne pensaient pas à mal?
Etant conviée à vanter les mérites de la France et de la langue française dans un établissement scolaire, j'y suis allée de mon petit discours aux fins non déguisées d'inciter de vaillants élèves à se lancer dans l'apprentissage du français. Je leur souhaite bien du plaisir, une langue faite de plus d'exceptions que de règles, aux sons imprononçables qui doivent obligatoirement passer par le nez pour être corrects, fourmillant de diphtongues nées uniquement dans l'hexagone, ça demande de la volonté. J'en ai rajouté une bonne couche, surtout après que l'enseignante leur ait dit:
"Super, faire des échanges avec un élève français, ça doit être fun!".
Forte d'années de Bescherelle, de Bled et Lagarde et Michart réunis, en ayant bavé sur les plus-que-parfait aux formes varaibles et les subjonctifs improbables, il n'y a pas de raison de cacher la dure vérité à ces jeunes âmes.
"Ouais, ben, non, en fait, ce n'est pas fun du tout, hein, attention, si vous faites du français, va falloir drôlement bosser, et puis apprendre par cœur, et puis de toute façon personne ne vous comprendra si vous continuez à prononcer toutes les lettres des mots, parce que le français, jeunes gens, c'est fait exprès pour que les estrangers aient un mal de chien à l'apprendre, cette fois va falloir donner un sacré coup à vos neurones".
J'ai aussi rajouté que faire du latin ne serait pas une mauvaise chose. La cerise sur le gâteau, quoi.
Rassurée d'avoir ainsi encouragé la fleur de la nation néo-zélandaise à apprendre la langue de Molière (oui, une classe de surdoués, il paraît, enfin, gentils, moi je n'ai rien vu de spécial), j'ai pris place afin de présider à une table, pour le repas de midi. Un repas français, c'était le French Day, comme on dit chez nous.
Leur enseignante leur avait demandé d'apporter de quoi manger, ça a dû leur faire tout drôle d'être assis à table et pas à califourchon sur une barrière dehors, à piocher dans leur lunch-box. J'ai apprécié d'avoir une assiette en carton, tout en notant que la pile de serviettes en papier demeurait curieusement intacte au centre de la table. Peut-être un élément de décoration, mais à Rome, fais comme les Romains. J'en ai quand même demandé une, puisqu'il n'y avait pas d'esclave sur la toge duquel j'aurais pu m'essuyer les doigts.
La table valait le coup d'œil: Van Gogh aurait apprécié, une superbe harmonie de jaunes, car les spécialités françaises sont, comme chacun sait, la baguette, les croissants, les pains au chocolat, les escargots au chocolat, les chaussons aux pommes, une petite touche de blanc donnée par les meringues et une tarte tropézienne saupoudrée de sucre glace, sans oublier la note salée apportée par une quiche et quelques assiettes de chips. Beaucoup de chips. Jaunes.
Les élèves m'ont fait remarquer qu'il y avait aussi du rouge, car l'un d'eux, touché par on ne sait quelle idée farfelue, avait apporté une barquette de six fraises (et non pas du gros qui tache, aucune honnête bouteille de picrate à l'horizon, seulement du lait pour faire couler tout ça).
J'ai pris de la quiche, en compagnie exclusive des deux autres français présents, à laquelle les jeunes gens n'ont pas osé toucher: quoique sortant d'une boîte, elle contenait un ingrédient vert hautement suspect. Peut-être un légume.
J'ai été chargée du découpage d'un audacieux échafaudage de crème chocolatée sur génoise marron, sommé de tortillons en chocolat et de tuiles artistiquement disposés. Le genre de décoration qui empêche le couteau de couper droit, s'enfonçant traîtreusement sous la lame, provoquant des dégâts irréparables sur les tranches initialement prévues.
Il s'agit du principe du mille-feuilles: même quand la couche supérieure n'est pas engluée dans un épais glaçage rayé collant et immangeable, même quand on l'attaque franchement en se disant qu'un coup rapide sera plus net (selon l'idée de ce bon Monsieur Guillotin), même si on a sorti le couteau japonais à lame en carbone qui permettrait de découper des noix de muscade en carpaccio, le résultat navrant reste le même. La crème douillettement blottie entre deux couches de pâte feuilletée s'émancipe soudain, déborde d'un coup de tous les côtés, sous la pression de la pâte du haut, qui se plie en deux mais ne rompt pas, écrasant tout sur son passage. Il s'avère impossible de manger à la fois les feuilles et la crème.
J'ai gaillardement découpé le gâteau sur lequel les élèves se sont jetés, certains se contentant frugalement d'une tranche pour tout potage. Manger avec les doigts après avoir découpé un monstre pareil, dégorgeant sa crème de tous côtés, n'est pas sans risque: ma quiche avait un fumet chocolaté, qui a perduré avec le croissant au jambon et fromage qui a suivi. Vu que le croissant était fait à partir de pâte sucrée, ça ne m'a pas dérangée outre mesure.
Au moment où tous ces jeunes gens me tendaient leur assiette afin que j'y dépose une tranche de gâteau, le pire s'est produit.
Un garçon m'a tendu son assiette. Mon cœur a manqué un battement. Pleine de chips. Grasses et salées. Avec la place pour y mettre le dessert.
"Tu veux… du gâteau?
- Euh, oui, m'dame. S'il vous plaît, rajoute-t-il prudemment.
- Non, là je ne peux pas, je suis désolée.
- Ah bon, pourquoi?
L'intérêt de ses congénères était éveillé à fond, bien plus que lors de mon speech, fort bien mené pourtant, et j'ai vu des regards curieux et interrogateurs converger vers moi.
- Je ne peux pas mettre dans la même assiette du gâteau et des chips. C'est pas possible.
- …. ?
Incompréhension, choc des cultures, découverte du côté obscur.
Une des jeunes filles présentes, pleine de bonne volonté, avance timidement:
- On ne peut pas mélanger de salé avec du sucré? C'est ça?
Je crois que le choc a été réel. J'ai évité d'évoquer le canard à l'orange ou le rôti de porc aux pruneaux, sans oublier le boudin aux pommes ou aux châtaignes, on serait entré dans des considérations trop pointues. Donc oui, j'ai doctement expliqué que les patates frites salées se mariaient mal avec de la ganache chocolatée, ce qui les a vraiment surpris.
Le garçon est revenu docilement me présenter une assiette vierge de chips, encore un peu grasse certes, mais dans laquelle j'ai pu déposer le gâteau au chocolat avec la satisfaction du devoir accompli.
07 octobre 2007
20/18
Enfin!
On va peut-être pouvoir allumer le poste magique sans être mitraillé de publicité vantant les mérites de l'assurance auto des All Blacks, (qui sont prévoyants), des céréales du petit déjeuner des All Blacks, (qui les rendent grands et forts), des shampooings des All Blacks (qui se lavent aussi les cheveux), des banques des All Blacks (qui en ont besoin), des dons des All Blacks aux p'tits enfants malheureux (de Nouvelle-Zélande), des chaussures, des shorts, des voitures, des lessives, ... des All Blacks.
On va peut-être lire les journaux sans trouver d'articles vantant l'excellence des All Blacks opposés aux inégalités des Français. Non, ici on ne dit pas Les Bleus, on dit ze frennche, on est tous dans la marmite, par Toutatis. Les articles suggérant que les joueurs gaulois ne suivent pas les règles et ont tout pour perdre vont probablement disparaître, à part peut-être quelques récriminations sur une sombre histoire d'arbitrage à laquelle je n'entends rien.
Les fanions accrochés aux portières des voitures ont probablement vécu leur dernière journée, au moins jusqu'à la finale du jeu de balle sur lequel les kiwis fondaient de si grands espoirs.
Peut me chaut si les uns ou les autres gagnent, avec deux ballons en même temps ils se battraient moins, il me semble. Mais ça amuse les petits, Monsieur P. a passé un excellent dimanche affublé d'une ridicule perruque envoyée par Bonnisa, qui s'était fort justement dit qu'il aurait du mal à trouver un équipement tricolore au pays des Tous Noirs.
Mais au fait, un match, quel match? Vous avez parlé d'un match? Où? Ah? Non, à Wellington, personne n'avait l'air au courant, vers 10h du matin. Centre-ville désert. Il faut dire qu'une belle tempête a fait rage toute la journée, comme si les 40è Rugissants mugissaient à l'unisson de la déception des kiwis. Sous une pluie battante, on aurait en vain cherché des Français, bien cachés dans des pubs de transfuges, en évitant de klaxonner. Par décence. Bip.
Bon, demain c'est la rentrée, vive l'école, les lunch boxes, et, par Bélénos, fini le rugueby!
De toute façon, le printemps est là, c'est la saison du cricket.
27 septembre 2007
Kerikeri, Kawakawa et autres lieux.
La famille Pim ne s'est pas contentée de se blottir contre les radiateurs en mangeant des nouilles puisées à même la casserole, le chef orné de charlottes de douche.
Il s'est agi de va-can-ces. C'est ainsi que nous avons parcouru des centaines de kilomètres, à l'affût des curiosités inépuisables qui s'offrent au touriste ébahi et à l'intrépide voyageur qui a bravé les distances et digéré les plateaux des compagnies aériennes. En sujets fidèles de Sa Très Gracieuse Majesté la Reine, les Néo-Zélandais ont respecté, depuis l'introduction de la roue dans ce pays, la conduite à gauche des voies carrossables. Le volant des véhicules terrestres à moteur est ainsi coquettement installé à droite, et pour corser cet amusant exercice de pilotage, les commandes de phares et d'essuie-glaces sont également inversées. Il m'est arrivé d'adresser de rageurs coups de lave-glace à des utilisateurs de la route qui me déplaisaient, tandis que j'aveuglais de mes pleins phares d'innocents conducteurs dans l'unique but de nettoyer le pare-brise.

Mais ces menus ennuis appartiennent déjà au passé, grâce à une faculté d'adaptation hors pair. Le nouveau divertissement de ce voyage fut de piloter un engin à boîte automatique: c'est drôlement pratique et adapté à un cerveau monotâche comme le mien. Vite, pas vite. C'est quand même Monsieur P. qui a manipulé le levier qui rétrograde dans les pentes un peu fortes, j'avais assez de mal à appuyer sur la bonne pédale et à voir venir les virages.
Il m'est arrivé de prendre la place très convoitée qu'est celle du mort, afin de profiter au mieux du spectacle.
J'ai ainsi pu admirer un petit panneau explicatif qui décore les abords de la route principale de Kerikeri, charmante bourgade du Northland. Celui-ci, planté de place en place aux endroits stratégiques, informe les piétons de la sorte: "Pedestrians, give way to traffic".
En langue de Molière, cela signifie à peu de chose près: "Gaffe à vos abattis, bande de pedzouilles même pas en voiture, vous avez intérêt à ne pas traverser si la voie n'est pas libre, parce que c'est pas les bagnoles qui vont s'arrêter et si vous vous faites écrabouiller, ce ne sera pas faute d'avoir été prévenus." En gros.
Remarquons que c'est gentil de prévenir, puisque l'assurance auto n'est qu'optionnelle, si un piéton voltige sur un capot, il n'est pas sûr de se faire rembourser son fauteuil roulant ou sa concession à perpétuité.
De toute façon, nous étions du bon côté, nous, trônant dans notre Subaru break 4x4 automatique, laissant avec une courtoisie toute française les piétons traverser, ceux-ci jetant des regards perplexes et incertains vers la voiture, se demandant si elle n'allait pas bondir d'un coup sur eux pour les achever.
Nous avons visité un des points-phares des alentours: une chocolaterie.
Ce qui nous a décidés à limiter les étapes gourmandes hors cadre législatif Union Européenne sur les quantités de vrai chocolat nécessaires pour obtenir l'appellation. L'industrie sucrière a encore de beaux jours devant elle.
Dans un autre genre, nous avons découvert la séduisante localité de Kawakawa. Qui aurait l'idée saugenue de visiter un bled pareil, je vous le demande. Le nom fait sourire un instant, on pense à un bégaiement d'ivrogne au petit jour, demandant un café au buffet de la gare du Nord, mais pourquoi y aller? Tout simplement pour aller aux Wa-Wa. Evidemment.
La Grand' rue s'ennorgueillit d'abriter une œuvre d'art contemporaine qui justifie donc le détour en son sein: les toilettes publiques créées par feu Friedensreich Hundertwasser, artiste autrichien comme chacun sait, qui avait délaissé Vienne pour couler des jours heureux et construire des commodités farfelues au sein du Northland.
La municipalité de Kawakawa a pensé au confort des piétons, ce qui est tout à son honneur, et ménagé un passage protégé juste devant les illustres lieux. On peut ainsi traverser en toute sécurité pour pénétrer dans cette œuvre, après avoir pris le cliché souvenir qui s'impose.

Et immortaliser de la sorte, comme sur les milliers de photos prises par les voyageurs soucieux de garder une preuve de leur passage, le poteau noir et blanc sommé d'orange du passage piéton, qui trône devant les céramiques colorées et l'hirsute toiture des ouatères Hundertwasser.
26 septembre 2007
Des nouilles, des nouilles, des nouilles! (et des patates)
Comme le clamait si bien Anne Sylvestre, voilà un plat qui plaît toujours, surtout aux petits. Les grands finissent par trouver cela lassant, mais quand on est aussi bien équipé, comme nous l'avons été pendant les deux dernières semaines, l'eau bouillante et le paquet transparent qui crisse sous les doigts, rendent des services inappréciables.
Evidemment, je pourrais évoquer le calme de ce pays lorsque l'on choisit de prendre ses vacances en-dehors des congés scolaires, la beauté des paysages et le vide des routes seulement peuplées de cadavres d'opossums écrasés, probablement avec délices, par de précédents véhicules. Nous n'en avons eu aucun, préciserais-je.
Mais les grandioses panoramas de Nouvelle-Zélande ont maintes fois été révélés par de plus poétiques plumes que la mienne ne s'efforce de l'être, aussi je me contenterai ici d'évoquer les aspects prosaïques de notre expédition. C'est plus récréatif.
Notre premier refuge dans la Bay of Islands (île du Nord), non content d'être spartiatement équipé de radiateurs qui couraient après les prises pour les brancher (le fameux sens écossais de l'économie?), offrait un minimum d'équipement dans sa partie cuisine. A première vue, l'abondance de placards aurait pu augurer d'une multitude de récipients de toutes tailles, d'une kyrielle d'outils à but culinaire, d'un débordement de vaisselle digne d'une table diplomatique.
J'ai rapidement déchanté, me retrouvant à la tête de cinq assiettes, du même nombre de couteaux et fourchettes, de quatre verres à eau et de deux verres à pied. Notre réputation de pochards nous avait peut-être précédée, suggérant que Monsieur P. et moi partagerions sans doute avec modération le même verre à eau, tandis que nous nous enfilerions de sérieux gorgeons d'un petit vin du Marlborough de derrière les fagots.
Il a d'ailleurs fallu réclamer un tire-bouchon, cet accessoire manquant cruellement au Victorinox familial, d'autant que nous avons adopté la coutume locale en matière de fermeture de bouteilles: en effet, celles-ci sont le plus souvent capsulées, c'est bien commode quand on est une faible femme et qu'on veut néanmoins boire un coup. Manque de chance, nous avions inconsidérément acquis un vin bouché.
Il est vrai que les vacances sont une affaire sérieuse: on n'est pas sorti de chez soi pour concocter des filets en croûte, des lapins à la Royale ou du potage Du Barry. Deux casseroles de taille différente suffisent amplement à la ménagère en vadrouille, d'un diamètre respectif de douze et huit centimètres à vue de nez. J'ai expérimenté la cuisson des pâtes à la pilaf, essai intéressant quoique peu convaincant.
Mais si on ne peut pas mettre à la fois l'eau et les nouilles, on fait comment? Surtout si la plus grande des deux casseroles est convertie en saladier, ce qui me fait soupçonner de plus en plus nettement que la laitue ne semble servir par ici qu'à faire brouter les lapins et à mettre du vert au milieu des hamburgers. Parce qu'il n'y avait pas non plus de saladier.
Et quand Monsieur P. m'a rapporté le produit de sa pêche (il est spécialisé dans le poisson le plus cher du monde, celui qu'on pêche pendant les sorties en mer sur un bateau spécialement affrété pour cela, mais il est tellement fier de nourrir sa famille), le très serviable tôlier m'a gracieusement prêté une vraie poêle.
Monsieur P. a procédé à un petit réajustement technique (un coup de genou dans le fond de l'engin procuré, un tantinet bombé) et nous avons dégusté du tarakihi arrosé d'un filet de citron, issu d'un fruit gentiment offert par le tenancier, qui me l'a donné en prenant un air gourmand et confidentiel: "Le poisson avec du citron, vous verrez, c'est délicieux!".
Son regard était si clair et innocent que je n'ai rien pu émettre d'autre qu'un très sincère remerciement. On a gardé ceux que j'avais achetés pour une autre pêche.
Le pompon de la désolation en matière d'équipement, à la limite du sketch, on l'a découvert ailleurs. Un délicieux chalet nous a accueillis sur les hauteurs entourant un lac de l'île du Sud. Une fois le poêle à bois mis en route et la température réhaussée à un honnête 17°, j'ai ouvert les placards. On se serait cru aux puces de Montreuil. Cela dit, malgré l'aspect bigarré et la variété des assiettes, il y avait au moins de quoi mettre un couvert. Et le logis comportait un lave-vaisselle. Celui-ci avait d'ailleurs une vie propre, jouissant d'une autonomie surprenante dès qu'on le mettait en marche, vidant à son idée la lessive et effectuant plusieurs fois le tour de la molette de programmes une fois lancé.
Nous avons vécu une soirée inoubliable, à déguster un petit foie gras égaré dans ma valise, sur des assiettes chat, chien et vache, et à boire un bon petit vin doux du coin accompagné du son inimitable qu'émettent les verres à pied en plastique quand on trinque. Poc.
De plus, j'ai gagné mon pari contre Monsieur P. en faisant cuire malgré ses sarcasmes, des pommes de terre plongées dans une casserole d'eau posée sur le poêle. D'accord, elles n'ont été prêtes que pour le repas du lendemain, mais on les a regardées mijoter toute la soirée. Ça nous a bien distraits.
Et qui peut me dire pourquoi, dans chaque hôtel, motel ou lodge que nous avons occupés, prévus pour un minimum de cinq personnes mais offrant au moins huit couchages, il n'y a jamais que des grille-pains pour deux tartines à la fois?
25 septembre 2007
Heureux qui, comme Ulysse…
… A fait un beau voyage, mais n'a pas retrouvé la cheminée fumante de son village. En effet, après quinze jours de pérégrinations à travers la Nouvelle-Zélande, c'est une cabane en planches glaciale qui nous a accueillis car le système de chauffage avait rendu l'âme.
Ceci ne nous a guère changé car les chambres d'hôtel ne sont pas faites pour avoir chaud, mais pour dormir, nous l'avons bien compris. Les hôteliers sont cependant habitués à la venue de voyageurs d'origine lointaine tels les Français. Ils savent que les ressortissants de la vieille Europe sont douillets et ont besoin d'évoluer au sein de températures scandaleusement élevées. Nous avons donc été approvisionnés en radiateurs supplémentaires. En réalité, en radiateurs tout court, car les hotels présentent cette similitude amusante de ne pas être chauffés.
C'est ainsi que nous avons pu devenir des experts du chauffage d'appoint, du soufflant type sèche-cheveux rangé au fond de l'armoire, au très sérieux radiateur à huile thermostatique, en passant par l'appareil à résistance et, clou de ces vacances, au poêle à bois.
Pourtant, les lits sont tous équipés de couvre-matelas chauffants, qui vous font dormir sur un entrelacs de fils électriques et décorent joliment le côté du lit d'un enchevêtrement de câbles prolongé par une prise à brancher dans le mur. Quand il y a une prise, évidemment. Un de nos hôteliers proposait le service mais avait astucieusement négligé d'agrémenter la pièce de la partie femelle de tout système électrique en mesure de fonctionner.
Inutile de préciser que jamais je ne mettrai en service une couverture chauffante, l'idée de griller pendant mon sommeil ne me tente pas.
Comme l'a précisé Monsieur P., ce n'est jamais que l'antique système de la bassinoire version Volta. On a bien évolué depuis le XVIIIè siècle, on ne bassine plus les draps avec une casserole de cuivre longuement enmanchée, on branche le lit, c'est tout.
Cocasse détail supplémentaire offert par les motels et hébergements anglo-saxons: la douche. J'imagine qu'elles sont prévues pour des specimens humains de plus d'un mètre quatre-vingt, chauves de préference, au cuir coriace et n'aimant pas se laver les pieds. Etant aux antipodes de ce modèle, j'ai ainsi passé deux semaines douloureuses. Il faut vraiment avoir envie de se laver.
En effet, la pomme de douche est, par nos régions méridionales extrêmes, atteinte de nanisme sans espoir de rémission. La maladie la touche à la naissance et ne lui permet de sortir du mur que sur une longueur totale de dix ou quinze centimètres. Complication mesquine de cette affection, la molette réglant la température est fixée à l'immédiate sortie du mur, donc à la hauteur de la pomme, elle-même accrochée à près de deux mètres du sol.
Les personnes de taille réduite, aux cheveux abondants et frisés, qu'elles tiennent à ne pas mouiller tous les matins, et de plus chargées de récurer quotidiennement une demoiselle en bas âge, vivent des instants dignes d'être oubliés.
Ah! Le moment où l'on tend un bras précautionneux par la porte de la douche (ou pire parfois: par le rideau en plastique qui colle à la peau dès qu'il est mouillé) pour tourner la molette vers l'indication "hot"; ce moment où l'on reçoit un jet d'eau glacée si l'on n'a pas été assez rapide à tourner ladite molette; et quand on rentre dans la cabine en tendant le cou désespérément vers un endroit où l'eau ne gicle pas, en tentant de préserver sa tête, ses cheveux et ses lunettes.
N'oublions pas la douche gratuite du soir quand il s'agit de laver une jeune fille d'un mètre et des poussières (pas vu une toise depuis un moment), à genoux devant le bac, en la tenant à bout de bras tout en essayant de la débarbouiller et de tenir sa tignasse à l'abri de l'inondation.
Ces petits inconvénients ne nous ont pas empêchés de procéder à de quotidiennes ablutions, d'autant que très vite, un motel nous a offert de précieuses charlottes de douche.
La suite des vacances dans une prochaine édition: les équipements de cuisine.

