Quand c'est noir, c'est que c'est cuit!

Expériences culinaires et gustatives en Nouvelle-Zélande: une place toute particulière est réservée aux ratés et à tout ce qui n'est pas bon. C'est plus drôle.

01 janvier 2008

2007 est cuit! On met 2008 au four!

La porte de la cuisine est grande ouverte sur le jardin fleuri… Les mouches bourdonnent et s’activent dehors, (dedans aussi, ce qui m’agace prodigieusement), les rideaux du salon sont encore tirés car la fenêtre donne plein Nord et le soleil tape en ce 1er janvier 2008. Le lave-vaisselle ronronne discrètement, les petits lutins qui l’occupent sont en plein nettoyage et n’auront de cesse de m’avoir récuré les assiettes du réveillon jusqu’à les rendre étincelantes (surtout si, cette fois, j’ai mis assez de poudre, parce que j’ai acheté un produit écolo, qui ne semble pas aussi plein d’enzymes voraces que les bons produits chimiques standards, malgré l’étiquette).
Les enfants ont réintégré leurs chambres et jouent hors de mon champ de vision et presque hors de portée d’oreille (ne rêvons pas non plus, le niveau sonore d’un enfant est exponentiel à partir du moment où il y a plus d’une unité en présence). Monsieur P., en époux dévoué et attentionné, a décidé d’inaugurer l’année en allant rafraîchir ses mouches toutes neuves dans la Ruhamanga ou autre rivière, ce qui fait qu’il a quitté la couche conjugale dès potron-minet et que je ne le reverrai pas avant une heure avancée de la journée. Celle du dîner, je présume.

Heureusement, il m’a généreusement laissé de l’occupation, sinon ma journée serait d’un vide incroyable, sans vaisselle, sans casseroles à récurer, sans une plaque de cuisson ravagée par son expérience culinaire de la veille, sans lessive ni aspirateur à passer, ni fête à préparer parce que, l’air de rien, le 4 janvier est dans trois jours. Ma fête. De mon anniversaire.

Hier soir, avec douze heures d’avance sur le monde européen, la Nouvelle-Zélande a basculé dans la nouvelle année. On ne l’a presque pas senti, Wellington était d’un calme inquiétant, à part quelques fêtards qui avaient oublié d’aller au lit à 10 heures et qui ont fait exploser trois pétards dans ma rue. Je suis étonnée que les voisins n’aient pas appelé les forces de l’ordre pour signaler ces comportements délictueux, le 111 est bien utile pour ça. C’est le numéro police-pompiers-ambulance-dénonciations (non, en fait, le *555 sert à signaler les mauvais conducteurs qui grillent les priorités ou démarrent avant le feu vert). Mais c’est vrai que je n’ai presque plus de voisins, ils ont tous fui.

C’est dans une atmosphère détendue que nous avons préparé notre petit dîner du 31, en comité réduit mais comportant les membres les plus importants que je connaisse, soit Monsieur P., Pi, Ma, Li et moi-même. J’avais expédié Monsieur P. en courses le matin, c’est donc lui qui a décidé de l’entrée en faisant son marché.

Je l’ai laissé aux fourneaux, en général je n’ose pas regarder. De délicieuses odeurs s’échappaient par bouffées de la cuisine, accompagnées de grésillements, chuintements, glougloutements, bruissements, crépitations, suivis de tintements, bourdonnements, fracas et tohu-bohu causés par l’entrechoquement de la vaisselle et des casseroles, parfois la chute d’un instrument métallique rebondissant sur d’autres récipients, tout cela souligné par intermittence avec des « Où est le beurre ? … Tu as du curcuma ?... Il n’y a plus de sacs poubelle, je fais quoi ?... Oh, vache, ça gicle !... ». C’est en général suivi de l’annonce péremptoire « Ça va être dé-li-cieux ! ».

Du salon où je goûtais un repos anticipant les heures de récurage à venir, je me suis demandé si l’équation petit-plat -préparé -par -Monsieur/ nettoyage -par -mes -soins n’était pas un marché de dupes.
On s’est régalés d’un … euh… d’une fricassée de crevettes et gambas à la chair de crabe, parfumée aux épices (je n’ai pas regardé lesquelles, il suffirait peut-être que j’aille vérifier quels flacons sont couverts de graisse), avec un petit riz blanc tout simple, présentée dans des cassolettes individuelles, c’est la fête, nom d’une pipe !

Par paresse intellectuelle et aussi parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne, j’ai confectionné mon fameux filet de bœuf en croûte. Sans les haricots verts, marre de manger sainement, que du gras, c’est bon.
J’ai magistralement fait revenir le filet dans un quintal de beurre, puis l’ai posé sur sa pâte feuilletée décongelée (quelle merveille, cette invention) tartinée de foie gras, lui-même parsemé de cèpes. Une deuxième pâte a sommé l’œuvre une fois la viande bien enduite de foie gras, j’ai bien collé tout ça à l’eau, ménagé une petite cheminée et sacrifié un œuf pour dorer le tout.
Hop, au four.
Deux minutes plus tard, Monsieur P. hurle : « T’as oublié les cèpes ! ».

Misère. Le bol de cèpes trône sur le plan de travail, j’ai complètement oublié de les mettre sur le filet ! On ne va pas se laisser abattre par un détail futile comme celui-ci, j’ai empoigné mes maniques, sorti le filet en croûte du four, et armée d’un couteau bien aiguisé, j’ai chirurgicalement fendu le dessus de la bête, écarté les bords et introduit les cèpes qui se sont blottis douillettement sur leur lit de foie gras, déjà à moitié fondu à la chaleur du four. Il me restait un bout de pâte, transformé dans la minute en bande chirurgicale, appliquée sur la plaie et redorée à l’œuf. Ni vu ni connu, tout est reparti sereinement cuire, tout était parfaitement maîtrisé.
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Dans un registre moins magistral, j’ai confectionné des fondants au chocolat, recette dénichée dans la journée, qui devaient cuire au micro-ondes pour un résultat époustouflant. On a été époustouflés, surtout quand les fondants se sont transformés en dégoulinants, en coulants, en ruisselants, en torrents.
Je comprends l’enthousiasme des chimistes ébaubis devant un précipité, ou celui des volcanologues observant avec exaltation un cratère bouillonnant. À l’issue du temps de cuisson recommandé, il y avait autant à manger autour des ramequins qu’à l’intérieur, ce qui a été source d’un très ludique nettoyage, regrettablement accompagné par des coulures chocolatées un peu partout entre le micro-ondes et l’évier.

Mon fils chéri Pi, dont la croissance a démarré récemment à une vitesse incontrôlable, a dévoré son dégoulinant sans sourciller, et m’a même félicitée. Il grandit, le cher ange, et a déjà compris que la flatterie ouvre bien des portes, surtout celle qui mène aux gâteaux au chocolat de maman. Mon petit loulou, bien sûr que je t’en referai, des gâteaux, rien que pour toi, avec plein de chocolat dedans, dessus, et même autour.

J'ai toute l'année 2008 pour m'entraîner.DSCF1939

Posté par Pimali à 00:04 - repas - Commentaires [11] - Permalien [#]

Commentaires

    Rhhoooooooo Pimali, t'es con, j'ai failli m'étrangler de rire avec mon café!
    Ben t'en rate ( elle va bien celle-là?) pas une toi, hein? En tous les cas, je me réjouis de voir que tu as passé avec ta famille , une soirée très réussie, comme à ton habitude...
    Tous mes voeux à toi aussi et continues de nous amuser...on en redemande!!!
    Bises helvétiques...Isabelle

    Posté par miss canthus, 01 janvier 2008 à 10:11
  • Génial ! Comme tu racontes bien, me suis bidonnée lol ! Super pour les abdos que j'ai moi aussi bien engraissés hier soir ! Comment peut-on mettre une claque à toutes les bonnes résolutions de vie saine en quelques minutes ?
    Super récit, j'ai adoré ! Vais me pencher un peu plus sur toi lol !
    Bises Bounty !

    Posté par Bounty, 01 janvier 2008 à 11:21
  • T'inquiète pas!

    L'essentiel, c'est qu'ils en redemandent! Tout le reste n'est que littérature (et vaisselle et nettoyage, certes, mais s'ils ont aimé, c'est ce qui compte).
    Une mention spéciale pour l'identification des épices grâce aux "flacons couverts de graisse". On sent le vécu... Mais c'est pas mal déjà que Monsieur P. se mette aux fourneaux, non?
    Et puis, bonne année à tous, qui l'avez déjà bien entamée puisque vous êtes déjà à demain!

    Fraisepêche et sa famille

    Posté par Fraisepêche, 01 janvier 2008 à 19:04
  • Ben quoi ? Le fondant au chocolat, c'est pas fait pour fondre ? Je fais les mêmes à la maison, et tout le monde est content de pouvoir, une fois n'est pas coutume, lêcher son assiette, faisant fi de tout notion de savoir-vivre... Bien entendu ledit fondant au chocolat est désormais réservé aux porcheries en famille !
    Le filet de boeuf en croute passé au scalpel : Excellent : la narration autant que les papilles qui s'excitent à la lecture !
    Quant au ménacchhhhheeeee... ben voui, quoi, nos maris sont toujours tout fiers de nous concocter un plat de leur crû... et nous abandonnent leurs dégâts... mais sont fiers !
    Meilleurs voeux à vous, avec retard, et toujours un régal de vous lire !

    Posté par Meli Melo, 02 janvier 2008 à 20:53
  • Ton expérience de fondants au chocolat, ça m'a bien rappelé ma propre expérience de gâteau au chocolat au micro-ondes. Le premier essai, j'ai eu droit moi aussi à une fontaine de chocolat sur le plateau tournant du four!
    Maintenant, c'est bon, j'ai trouvé une très bonne recette. Un gâteau qui cuit en 5min et qui ne se transforme pas en volcan ! Miam, miam!

    Posté par vivement, 03 janvier 2008 à 21:07
  • et bien Joyeux Anniversaire !
    chez nous il est 10h07 du 4 janvier...

    Posté par claire p, 04 janvier 2008 à 10:08
  • Génial ! je m'amuse toujours autant à te lire ...
    mais tu sais ...

    Léon, j'ai le même à la maison !
    Bien sûr que l'équation dont tu parles est un marché de dupes ...

    Ici, c'est assez conforme à ce que tu décris.
    Une petite variante cependant, quand il oublie sa bonne éducation et qu'il se laisse aller à quelques écarts de langage.

    Les recettes de base sont dangereusement ré-interprêtées au gré de son imagination, les adjonctions audacieuses et souvent incongrues (bananes dans blanquette ???)
    Enfin, une fantaisie complètement débridée qui fait penser, transposée en peinture, à l'art contemporain ...
    Je plante le décor : une toile blanche avec, au milieu, un bloc de glaise et enfoncés dedans, une ampoule de calcium, une brosse à dent, un bout de grillage à lapins, une jambe de baigneur en celluoïd, un ressort de pendule ... (liste non-exhaustive)

    Au final, chacun est en devoir de s'extasier et si par malheur il détecte un air vaguement dubitatif à la première bouchée, le coupable est immédiatement gratifié d'un "Non! c'en n'est pas!"

    Comme quoi, ils ont chacun leur charme ...

    Bien amicalement
    Cléo

    Posté par Cléo, 04 janvier 2008 à 11:34
  • Mince alors, c'était hier ! Bon anniversaire et bonne année !

    Moi je rigole pas du tout, je suis le même à la maison. Enfin, y a un peu de progrès maintenant, un peu, un minimum, je fais la vaisselle moi-même et puis je range beaucoup de choses, et même parfois je passe l'éponge sur le plan de travail, parce qu'Ikea mérite bien ça.
    Mais c'était mieux avant, quand je trouvais que faire un gâteau et laisser môman ranger derrière en échange d'une part du dit gâteau, c'était équitable...

    Tout se perd, les amis ! Toute ma sympathie bordélique à Monsieur.P !

    Posté par Prawn, 05 janvier 2008 à 17:12
  • JOYEUX ANNIVERSAIRE !

    Bon je sais ! J'ai un jour de retard sur la date mais comme on le dit si bien : c'est l'intention qui compte ! J'espère que tu as réussi à faire une méga galette pour disposer toutes tes bougies (nan nan, ce n'était pas une remarque désagréable pour souligner le poids des ans ! mdr).
    J'espère que tu as été bien gâtée pour cet anniversaire au soleil !
    Bizz
    Béné

    Posté par Béné (Marmiton), 05 janvier 2008 à 20:36
  • bon anniversaire

    Pardon Pimali !

    C'est avec beaucoup de retard que je te souhaite un très très bon anniversaire !!
    Et pourtant ton blog est dans mes favoris et c'est toujours un vrai plaisir de te lire ! Je voudrais avoir le quart de ton humour pour enchanter mes proches !

    Milles bises
    Joline

    Posté par joline, 06 janvier 2008 à 09:44
  • Roooooo! la honte!

    Je dessaoule seulement de ma soirée du 4, faut m'excuser, messieurs-mesdames, alors -hips- merci pour vos vœux, hoc, pour l'avoir fêté, on l'a fêté, mon-hic- anniversaire, même qu'on a dansé comme si on était des jeunes de 30 ans.

    Couchée à 3h du mat', la Pimali, faut s'en remettre, heureusement -burps- qu'il me restait du concombre pour les rondelles. Ben oui, sur les yeux, c'est souverain. Par contre, je ne sais pas quel légume faut mettre sur les courbatures, j'ai plus de jambes, j'ai l'dos en miettes, les reins en marmelade, les pieds en compote, le cou en purée, bref une bouillie.

    Heureusement, le prochain, c'est dans un an.

    Posté par Pimali-en-NZ, 06 janvier 2008 à 12:07

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