Quand c'est noir, c'est que c'est cuit!

Expériences culinaires et gustatives en Nouvelle-Zélande: une place toute particulière est réservée aux ratés et à tout ce qui n'est pas bon. C'est plus drôle.

29 septembre 2007

Prononcez "Rat-a-too-ee"

Et pourquoi je ne donnerais pas mon avis, d'abord?

Les vacances étant propices aux séances de cinéma (et le joli printemps néo-zélandais nous faisant bénéficier d'une petite pluie rafraîchissante mais lassante) nous avons fini par emmener Pi, Ma et Li voir le dernier Disney, Ratatouille.

Depuis Cendrillon et ses petits souris en culottes, réminiscence à peine voilée de Mickey, les rongeurs n'ont plus cessé de parler. Au moins, chez Blanche-Neige, la fée du logis qui ne change jamais de robe, même pour dormir, les bêtes se contentaient de couiner et de lécher les assiettes pour les laver.
J''avais bien aimé Bernard et Bianca, au moins une histoire originale et pas honteusement pompée dans un livre de contes et odieusement déformée. Les p'tites souris étaient habillées et vivaient leur vie à l'écart des humains, sauf pour aller sauver cette andouille de Penny, qui aurait dû piquer le diamant pour elle toute seule et laisser Médusa dans son bayou.

Les Aristochats ne m'ont jamais donné envie d'avoir un chat à la maison, mais même si mon gros bon sens paysan trouvait farfelue l'amitié entre les greffiers de luxe et la souris Roquefort, l'histoire se laissait regarder et la musique était pour une fois originale. Même si la vieille dame m'avait toujours semblée complètement zinzin de laisser tous ses sous aux chats. J'étais (et suis encore) du côté d'Edgard qui essaie de les zigouiller tout du long.
Il faut avouer que ces derniers temps, les films d'animation sont encombrés de chansons bêlantes sur l'amitié, la tendresse, la tristesse, l'amour, la jeunesse, interprétées par des chanteurs à la mode à la voix curieusement nasillarde (j'imagine que quand la voix passe par le nez, ça fait plus de bruit? Non?).

J'étais dubitative sur l'histoire des rats en cuisine, et cela s'est avéré inhabituellement difficile de trouver des arguments convaincants à présenter à Li (4 ans).
- Allez, ma chérie, finis ta salade, comme ça on ira au cinéma voir un film.
- Un film? Dora et Babouche?
- (soupir) Non, un joli film sur des petits... petites souris!
- Des souris?
- Non, euh, en fait, ce sont des petits rats..
- Ouii! Des bébés rats!
- Non, pas des bébés, des ... rats, tout court.
- Mais avec des bébés rats?
- On verra.

L'argument du film était tout de même audacieux, une histoire évoquant la présence d'un nuisible porteur de germes au sein de la cuisine d'un restaurant. On se demande ce qui est passé par la tête des créateurs américains, à mon avis il s'agit d'un essai sournois de dénigrement de la cuisine française pour que l'Arche Double Dorée devienne la référence en matière alimentaire (j'emprunte le surnom de "golden arches" à Gary Larson, caricaturiste américain qui gagne à être lu en anglais).

Evidemment, depuis les films de l'après-guerre du type "Un Américain à Paris" et toutes les comédies musicales où Fred Astaire et surtout Gene Kelly (je l'aime) tourbillonnaient avec grâce, les Français portent des chemises rayées. La petite dame de la première minute du film qui essaie de tuer son amoureux à l'aide d'un pistolet, porte un corsage à rayures, le méchant cuistot met un béret et un imperméable dans le genre Clouzot mâtiné de Colombo, et toutes les voitures sont des DS, des Deux-chevaux, voire des Dauphines, avec un clin d'œil à une petite voiture italienne format pot de yaourt.

Comme chacun sait, en France on a à peine l'eau courante, les immeubles parisiens ont une patine obligatoire de crépi lépreux et de tuyauteries branlantes, et les chambres mansardées occupées par des garçons sont des porcheries (admettons que ce dernier détail soit encore d'actualité pour certains). De plus, toute vieille dame qui se respecte possède un fusil à sanglier à côté de son panier à tricot.

Toute cette caricature m'a bien fait rire, sans arrière-pensée, après tout les rélisateurs outre-Atlantique sont coincés dans ces clichés et leur public aurait du mal à reconnaître la France sans les bérets, les polos rayés type gondolier, et les rues pavées!

Mais ça coince vraiment quand on en arrive au rat dans la cuisine. On le sait, il y en a, j'ai des sources secrètes qui m'ont parlé de chasses organisées dans les cuisines de grands hôtels du Triangle d'Or. Admettons le petit rat sur la tête du crétin fini qui joue le faire-valoir. Mais les invasions des copains du raton en chef sont à la limite du supportable.

J'ai eu la même réaction de haut-le-cœur que la petite dame de l'histoire, lorsqu'elle voit la cuisine envahie de gaspards.

Alors, le prochain Disney-Pixar? "Grub", ou l'histoire du petit asticot qui naît dans un fromage avant de devenir une jolie mouche qui fait bzzz? "Cinq pattes l'héroïque", la mignonne tarentule qui a perdu une patte en manquant se faire écraser sous la botte du méchant fermier Ferdinand (non, ça c'est le scénario de Rox et Rouky)? "Les aventures de Tourista", une amibe perdue au milieu des vilains antibiotiques qui tentent de la tuer?

Vive Shreck!

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28 septembre 2007

1997- 2007: Champagne!

Aujourd'hui est à marquer d'une pierre blanche, ou bleue ou verte selon les goûts, mais d'une pierre spéciale en tout cas. C'est bien, les pierres qui indiquent les événements. On ne risque pas de les oublier, on finit par trébucher dessus et on réalise que, bon sang, bien sûr, c'est aujourd'hui!

Je devrais faire une collection de pierres, d'ailleurs, pour les semer sur un calendrier afin de retrouver mon chemin dans le dédale actuel des dates: comment se souvenir en plus de l'anniversaire de ses propres enfants, de celui d'une foule toujours croissante de neveux, que sœur et belles-sœurs ont pondu avec une consternante régularité au cours des dix dernières années?
J'ai déjà eu assez de mal à retenir la date de naissance de Monsieur P., qui a eu l'heureuse idée de voir le jour le lendemain du 11 novembre. Il n'y a que comme ça que je m'en souviens.

Il y a dix ans et quelques, j'étais une jeune mariée de vingt-sept ans (mariée depuis un an tout de même, pas de ça chez nous, attention), enceinte jusqu'au bout des lunettes. J'aurais dû noter le nombre de braves dames qui me regardaient d'un air admiratif et intéressé, et me demandaient:
- C'est pour bientôt?
- Nan, encore six mois.
J'ai ainsi promené un physique de femelle hippopotame gravide pendant un temps qui m'a semblé un chouilla trop long.

De façon assez intéressante, lorsque j'avais l'idée loufoque d'emprunter les transports en commun pour aller rendre visite aux disciples d'Esculape qui surveillaient que tout se passait bien, comme par magie je redevenais une svelte jeune femme. En effet, sitôt passé le portillon du métro ou une fois montée dans le bus, mon ventre disparaissait, par un miracle non encore reconnu par le Vatican, mais qui je crois se renouvelle souvent.
Plus personne ne s'apercevait que je promenais l'équivalent d'un sac à dos de douze kilos sous mon nombril, et j'ai ainsi pu profiter de nombreuses fois d'un bienheureux anonymat et d'une transparence sans égale, campée sur mes deux pieds et agrippée aux poignées trop hautes des bus (je n'avais pas grandi en hauteur, juste en profondeur).

Nous nous souvenons avec émotion de cette époque de nos débuts, puisque comme tout jeune couple qui se respecte, nous avions entrepris en même temps de nous reproduire et d'aménager un appartement. Le 28 septembre d'il y a dix ans, alors que je subissais un certain nombre d'épreuves visant à faire venir au jour un bébé qui se trouvait très bien là où il se trouvait, Monsieur P. tirait avec frénésie des fils électriques, posait de la toile de verre comme si sa vie en dépendait et peignait les plafonds à grands coups de rouleau anti-gouttes.

C'est ainsi qu'une fois Pi livré à l'issue d'un combat dont je tairai les détails à ceux qui n'ont pas encore eu d'enfants, nous avons tous les deux pu jouir d'un repos bien mérité. Et reprendre des forces, Monsieur P. a ainsi savouré le repas qui m'était destiné alors que je regardais d'un œil étonné les trois kilos et demi de marmaille violacée que je venais de pondre. Il n'a pas fini de me le payer.

Aujourd'hui j'ai rajouté Ma et Li à ma collection, Pi est passé du stade d'embryon bêlant aux émouvants petons roses, à celui de pré-adolescent à la voix de clairon et perpétuellement affamé. Les ourlets des pantalons escaladent ses mollets, il met mes chaussures pour rigoler, m'atteint le milieu du menton et joue aux p'tites voitures et aux échecs.
Il a pris d'assaut le siège avant de la Daihatsu et me donne les indications topographiques utiles pour passer d'un point A à un point B (j'ai tendance à tourner par les points Q, H, I, Z, 1, K, 23, avant d'arriver), muni du plan de la ville.

C'est la fête ce soir, j'ai assez donné de ma personne avec ce fameux gâteau en forme de château-fort: Monsieur P. a eu la bonté d'aller commander un Royal et peut-être pousserai-je jusqu'à orner moi-même le gâteau de bougies d'anniversaire.

D'ailleurs, pourquoi seuls les enfants seraient-ils fêtés le jour anniversaire de leur naissance, hein?
Qui est-ce qui s'est donné tout le mal? Qui est-ce qui a eu l'impression de s'être transformée en demi-oursin une fois le processus terminé? Qui est restée avachie sur un lit d'hôpital pendant que tout le monde s'empiffrait (suivez mon regard) et vidait la cave?

Ce soir, revanche.DSCF1522


"Cocher lugubre et bossu
ramenez-moi au manoir (…)
et me cherchez sans retard
l'ami qui soigne et guérit
la folie qui m'accompagne
et jamais ne m'a trahi
Champagne!!

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27 septembre 2007

Kerikeri, Kawakawa et autres lieux.

La famille Pim ne s'est pas contentée de se blottir contre les radiateurs en mangeant des nouilles puisées à même la casserole, le chef orné de charlottes de douche.

Il s'est agi de va-can-ces. C'est ainsi que nous avons parcouru des centaines de kilomètres, à l'affût des curiosités inépuisables qui s'offrent au touriste ébahi et à l'intrépide voyageur qui a bravé les distances et digéré les plateaux des compagnies aériennes. En sujets fidèles de Sa Très Gracieuse Majesté la Reine, les Néo-Zélandais ont respecté, depuis l'introduction de la roue dans ce pays, la conduite à gauche des voies carrossables. Le volant des véhicules terrestres à moteur est ainsi coquettement installé à droite, et pour corser cet amusant exercice de pilotage, les commandes de phares et d'essuie-glaces sont également inversées. Il m'est arrivé d'adresser de rageurs coups de lave-glace à des utilisateurs de la route qui me déplaisaient, tandis que j'aveuglais de mes pleins phares d'innocents conducteurs dans l'unique but de nettoyer le pare-brise.
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Mais ces menus ennuis appartiennent déjà au passé, grâce à une faculté d'adaptation hors pair. Le nouveau divertissement de ce voyage fut de piloter un engin à boîte automatique: c'est drôlement pratique et adapté à un cerveau monotâche comme le mien. Vite, pas vite. C'est quand même Monsieur P. qui a manipulé le levier qui rétrograde dans les pentes un peu fortes, j'avais assez de mal à appuyer sur la bonne pédale et à voir venir les virages.

Il m'est arrivé de prendre la place très convoitée qu'est celle du mort, afin de profiter au mieux du spectacle.
J'ai ainsi pu admirer un petit panneau explicatif qui décore les abords de la route principale de Kerikeri, charmante bourgade du Northland. Celui-ci, planté de place en place aux endroits stratégiques, informe les piétons de la sorte: "Pedestrians, give way to traffic".

En langue de Molière, cela signifie à peu de chose près: "Gaffe à vos abattis, bande de pedzouilles même pas en voiture, vous avez intérêt à ne pas traverser si la voie n'est pas libre, parce que c'est pas les bagnoles qui vont s'arrêter et si vous vous faites écrabouiller, ce ne sera pas faute d'avoir été prévenus." En gros.

Remarquons que c'est gentil de prévenir, puisque l'assurance auto n'est qu'optionnelle, si un piéton voltige sur un capot, il n'est pas sûr de se faire rembourser son fauteuil roulant ou sa concession à perpétuité.
De toute façon, nous étions du bon côté, nous, trônant dans notre Subaru break 4x4 automatique, laissant avec une courtoisie toute française les piétons traverser, ceux-ci jetant des regards perplexes et incertains vers la voiture, se demandant si elle n'allait pas bondir d'un coup sur eux pour les achever.

Nous avons visité un des points-phares des alentours: une chocolaterie.
Ce qui nous a décidés à limiter les étapes gourmandes hors cadre législatif Union Européenne sur les quantités de vrai chocolat nécessaires pour obtenir l'appellation. L'industrie sucrière a encore de beaux jours devant elle.

Dans un autre genre, nous avons découvert la séduisante localité de Kawakawa. Qui aurait l'idée saugenue de visiter un bled pareil, je vous le demande. Le nom fait sourire un instant, on pense à un bégaiement d'ivrogne au petit jour, demandant un café au buffet de la gare du Nord, mais pourquoi y aller? Tout simplement pour aller aux Wa-Wa. Evidemment.

La Grand' rue s'ennorgueillit d'abriter une œuvre d'art contemporaine qui justifie donc le détour en son sein: les toilettes publiques créées par feu Friedensreich Hundertwasser, artiste autrichien comme chacun sait, qui avait délaissé Vienne pour couler des jours heureux et construire des commodités farfelues au sein du Northland.
La municipalité de Kawakawa a pensé au confort des piétons, ce qui est tout à son honneur, et ménagé un passage protégé juste devant les illustres lieux. On peut ainsi traverser en toute sécurité pour pénétrer dans cette œuvre, après avoir pris le cliché souvenir qui s'impose.
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Et immortaliser de la sorte, comme sur les milliers de photos prises par les voyageurs soucieux de garder une preuve de leur passage, le poteau noir et blanc sommé d'orange du passage piéton, qui trône devant les céramiques colorées et l'hirsute toiture des ouatères Hundertwasser.

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26 septembre 2007

Des nouilles, des nouilles, des nouilles! (et des patates)

Comme le clamait si bien Anne Sylvestre, voilà un plat qui plaît toujours, surtout aux petits. Les grands finissent par trouver cela lassant, mais quand on est aussi bien équipé, comme nous l'avons été pendant les deux dernières semaines, l'eau bouillante et le paquet transparent qui crisse sous les doigts, rendent des services inappréciables.
Evidemment, je pourrais évoquer le calme de ce pays lorsque l'on choisit de prendre ses vacances en-dehors des congés scolaires, la beauté des paysages et le vide des routes seulement peuplées de cadavres d'opossums écrasés, probablement avec délices, par de précédents véhicules. Nous n'en avons eu aucun, préciserais-je.

Mais les grandioses panoramas de Nouvelle-Zélande ont maintes fois été révélés par de plus poétiques plumes que la mienne ne s'efforce de l'être, aussi je me contenterai ici d'évoquer les aspects prosaïques de notre expédition. C'est plus récréatif.

Notre premier refuge dans la Bay of Islands (île du Nord), non content d'être spartiatement équipé de radiateurs qui couraient après les prises pour les brancher (le fameux sens écossais de l'économie?), offrait un minimum d'équipement dans sa partie cuisine. A première vue, l'abondance de placards aurait pu augurer d'une multitude de récipients de toutes tailles, d'une kyrielle d'outils à but culinaire, d'un débordement de vaisselle digne d'une table diplomatique.

J'ai rapidement déchanté, me retrouvant à la tête de cinq assiettes, du même nombre de couteaux et fourchettes, de quatre verres à eau et de deux verres à pied. Notre réputation de pochards nous avait peut-être précédée, suggérant que Monsieur P. et moi partagerions sans doute avec modération le même verre à eau, tandis que nous nous enfilerions de sérieux gorgeons d'un petit vin du Marlborough de derrière les fagots.

Il a d'ailleurs fallu réclamer un tire-bouchon, cet accessoire manquant cruellement au Victorinox familial, d'autant que nous avons adopté la coutume locale en matière de fermeture de bouteilles: en effet, celles-ci sont le plus souvent capsulées, c'est bien commode quand on est une faible femme et qu'on veut néanmoins boire un coup. Manque de chance, nous avions inconsidérément acquis un vin bouché.

Il est vrai que les vacances sont une affaire sérieuse: on n'est pas sorti de chez soi pour concocter des filets en croûte, des lapins à la Royale ou du potage Du Barry. Deux casseroles de taille différente suffisent amplement à la ménagère en vadrouille, d'un diamètre respectif de douze et huit centimètres à vue de nez. J'ai expérimenté la cuisson des pâtes à la pilaf, essai intéressant quoique peu convaincant.
Mais si on ne peut pas mettre à la fois l'eau et les nouilles, on fait comment? Surtout si la plus grande des deux casseroles est convertie en saladier, ce qui me fait soupçonner de plus en plus nettement que la laitue ne semble servir par ici qu'à faire brouter les lapins et à mettre du vert au milieu des hamburgers. Parce qu'il n'y avait pas non plus de saladier.

Et quand Monsieur P. m'a rapporté le produit de sa pêche (il est spécialisé dans le poisson le plus cher du monde, celui qu'on pêche pendant les sorties en mer sur un bateau spécialement affrété pour cela, mais il est tellement fier de nourrir sa famille), le très serviable tôlier m'a gracieusement prêté une vraie poêle.

Monsieur P. a procédé à un petit réajustement technique (un coup de genou dans le fond de l'engin procuré, un tantinet bombé) et nous avons dégusté du tarakihi arrosé d'un filet de citron, issu d'un fruit gentiment offert par le tenancier, qui me l'a donné en prenant un air gourmand et confidentiel: "Le poisson avec du citron, vous verrez, c'est délicieux!".
Son regard était si clair et innocent que je n'ai rien pu émettre d'autre qu'un très sincère remerciement. On a gardé ceux que j'avais achetés pour une autre pêche.

Le pompon de la désolation en matière d'équipement, à la limite du sketch, on l'a découvert ailleurs. Un délicieux chalet nous a accueillis sur les hauteurs entourant un lac de l'île du Sud. Une fois le poêle à bois mis en route et la température réhaussée à un honnête 17°, j'ai ouvert les placards. On se serait cru aux puces de Montreuil. Cela dit, malgré l'aspect bigarré et la variété des assiettes, il y avait au moins de quoi mettre un couvert. Et le logis comportait un lave-vaisselle. Celui-ci avait d'ailleurs une vie propre, jouissant d'une autonomie surprenante dès qu'on le mettait en marche, vidant à son idée la lessive et effectuant plusieurs fois le tour de la molette de programmes une fois lancé.

Nous avons vécu une soirée inoubliable, à déguster un petit foie gras égaré dans ma valise, sur des assiettes chat, chien et vache, et à boire un bon petit vin doux du coin accompagné du son inimitable qu'émettent les verres à pied en plastique quand on trinque. Poc.

De plus, j'ai gagné mon pari contre Monsieur P. en faisant cuire malgré ses sarcasmes, des pommes de terre plongées dans une casserole d'eau posée sur le poêle. D'accord, elles n'ont été prêtes que pour le repas du lendemain, mais on les a regardées mijoter toute la soirée. Ça nous a bien distraits.

Et qui peut me dire pourquoi, dans chaque hôtel, motel ou lodge que nous avons occupés, prévus pour un minimum de cinq personnes mais offrant au moins huit couchages, il n'y a jamais que des grille-pains pour deux tartines à la fois?

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25 septembre 2007

Heureux qui, comme Ulysse…

… A fait un beau voyage, mais n'a pas retrouvé la cheminée fumante de son village. En effet, après quinze jours de pérégrinations à travers la Nouvelle-Zélande, c'est une cabane en planches glaciale qui nous a accueillis car le système de chauffage avait rendu l'âme.
Ceci ne nous a guère changé car les chambres d'hôtel ne sont pas faites pour avoir chaud, mais pour dormir, nous l'avons bien compris. Les hôteliers sont cependant habitués à la venue de voyageurs d'origine lointaine tels les Français. Ils savent que les ressortissants de la vieille Europe sont douillets et ont besoin d'évoluer au sein de températures scandaleusement élevées. Nous avons donc été approvisionnés en radiateurs supplémentaires. En réalité, en radiateurs tout court, car les hotels présentent cette similitude amusante de ne pas être chauffés.

C'est ainsi que nous avons pu devenir des experts du chauffage d'appoint, du soufflant type sèche-cheveux rangé au fond de l'armoire, au très sérieux radiateur à huile thermostatique, en passant par l'appareil à résistance et, clou de ces vacances, au poêle à bois.
Pourtant, les lits sont tous équipés de couvre-matelas chauffants, qui vous font dormir sur un entrelacs de fils électriques et décorent joliment le côté du lit d'un enchevêtrement de câbles prolongé par une prise à brancher dans le mur. Quand il y a une prise, évidemment. Un de nos hôteliers proposait le service mais avait astucieusement négligé d'agrémenter la pièce de la partie femelle de tout système électrique en mesure de fonctionner.
Inutile de préciser que jamais je ne mettrai en service une couverture chauffante, l'idée de griller pendant mon sommeil ne me tente pas.
Comme l'a précisé Monsieur P., ce n'est jamais que l'antique système de la bassinoire version Volta. On a bien évolué depuis le XVIIIè siècle, on ne bassine plus les draps avec une casserole de cuivre longuement enmanchée, on branche le lit, c'est tout.

Cocasse détail supplémentaire offert par les motels et hébergements anglo-saxons: la douche. J'imagine qu'elles sont prévues pour des specimens humains de plus d'un mètre quatre-vingt, chauves de préference, au cuir coriace et n'aimant pas se laver les pieds. Etant aux antipodes de ce modèle, j'ai ainsi passé deux semaines douloureuses. Il faut vraiment avoir envie de se laver.
En effet, la pomme de douche est, par nos régions méridionales extrêmes, atteinte de nanisme sans espoir de rémission. La maladie la touche à la naissance et ne lui permet de sortir du mur que sur une longueur totale de dix ou quinze centimètres. Complication mesquine de cette affection, la molette réglant la température est fixée à l'immédiate sortie du mur, donc à la hauteur de la pomme, elle-même accrochée à près de deux mètres du sol.

Les personnes de taille réduite, aux cheveux abondants et frisés, qu'elles tiennent à ne pas mouiller tous les matins, et de plus chargées de récurer quotidiennement une demoiselle en bas âge, vivent des instants dignes d'être oubliés.

Ah! Le moment où l'on tend un bras précautionneux par la porte de la douche (ou pire parfois: par le rideau en plastique qui colle à la peau dès qu'il est mouillé) pour tourner la molette vers l'indication "hot"; ce moment où l'on reçoit un jet d'eau glacée si l'on n'a pas été assez rapide à tourner ladite molette; et quand on rentre dans la cabine en tendant le cou désespérément vers un endroit où l'eau ne gicle pas, en tentant de préserver sa tête, ses cheveux et ses lunettes.
N'oublions pas la douche gratuite du soir quand il s'agit de laver une jeune fille d'un mètre et des poussières (pas vu une toise depuis un moment), à genoux devant le bac, en la tenant à bout de bras tout en essayant de la débarbouiller et de tenir sa tignasse à l'abri de l'inondation.

Ces petits inconvénients ne nous ont pas empêchés de procéder à de quotidiennes ablutions, d'autant que très vite, un motel nous a offert de précieuses charlottes de douche.

La suite des vacances dans une prochaine édition: les équipements de cuisine.

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09 septembre 2007

Un château-fort en Nouvelle-Zélande

Une sombre date se profile: celle de l'anniversaire de Pi, qui commence à être un très ancien bébé, repoussant dans un passé de plus en plus lointain l'époque où j'était une jeune et svelte femme, heureuse mère d'un ravissant poupon souriant. Il est vrai que j'étais éreintée au-delà du supportable, mon nourrisson pleurait sans que je le sache pourquoi, et ma plastique d'adolescente avait disparu sans rémission. Toute réflexion faite, une période épouvantable.

Presque dix ans ont passé et effacé les sentiments mêlés d'impuissance, d'affolement, d'envie de rapporter cette étrange petite chose au service après-vente. L'émouvant petit d'homme est devenu entre-temps un pré-adolescent qui, depuis les biberons de soixante millilitres péniblement avalés au cours de longues demi-heures, a fait du chemin. Il dévore une livre de pain grillé pour son quatre heures sans demander la permission et réclame du supplément de bifteck tel Oliver Twist à l'orphelinat. Précisons qu'il ne reçoit pas de coup de louche sur la tête, lui.

Afin de célébrer dignement cette date (un peu en avance, pour cause de vacances scolaires, les dix ans ne seront atteints que le 28 septembre) j'ai proposé à mon presque grand garçon de lui confectionner un gâteau en forme de train, afin d'amortir le moule acheté par une copine à grands frais, et utilisé lors d'un anniversaire précédent. Pi a considéré le train comme étant trop bébé, et c'est à ce moment que j'ai inconsidérément avancé:
- Et, euh, un château-fort, ça te plairait?
- Ouaiaiaiaiaias! Super! Avec des tours, et puis aussi des douves, et je mettrai des Playmobils, et aussi un donjon, tu pourras faire des oubliettes?

La proposition a donc eu l'heur de plaire. Je me suis aussi vaguement demandé pourquoi j'avais dit une chose pareille, mais c'était fait et je me devais de passer à la réalisation.

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Après consultation de plusieurs sites présentant les réalisations confectionnées par d'autres tendres mères, j'ai conclu que le plus grand souci était la construction des tours. Comme au Moyen-Age, d'ailleurs. Beaucoup tournent la difficulté en empilant des palets bretons, inutile de préciser que je n'ai pas ça sous la main (à moins d'en faire, voir l'article "Ils ont des gâteaux ronds").
Et au détour d'une conversation lue sur le forum de Supermémère, site qui sent bon la cuisine en Formica et les napperons de crochet sur la télé, j'ai appris qu'on pouvait faire cuire des gâteaux dans des boîtes de conserve!

Après inspection de mes réserves, j'ai conclu que les boîtes de tomate étaient bien trop grosses, et suis partie en chasse de récipients plus étroits. C'est ainsi que pour la première fois de ma vie j'ai acheté des substances à la limite de l'illicite, des boissons énergétiques assaisonnées à la taurine (ingrédient interdit en France, paraît-il). Leur avantage est qu'elles sont servies dans des canettes hautes et étroites, idéales pour les tours que je projetais. Le liquide douteux fleurant le produit chimique a été éliminé via l'évier, et après savant découpage du sommet des récipients et repli du rebord vers l'extérieur pour éviter de me trancher les doigts dessus, j'ai obtenu des moules à tours parfaits.

J'ai préparé des quantités industrielles de pâte à gâteau, me lançant dans l'utilisation de farine-qui-lève-toute-seule faute de levure chimique (suis en rupture de stock), et j'ai cuit un gâteau rectangulaire, pour la motte médiévale, un carré pour les murs crénelés, et quatre tours dans mes moules à euphorisants.

La pâte sembla inspirée par l'élévation soudaine des limites des moules, et a tenu à aller voir par-dessus ce qu'il se passait.
La première à se hisser au-dessus du bord a hélé les autres:
- Eh, Montparnasse, tu cuis ou quoi?
- (voix étouffée) Flûte, Elf, laisse-moi le temps de monter, j'ai pas eu autant de pâte que toi et Saint-Jacques!
- Ouaouh! D'ici je peux voir Eiffel! Salut, Eiffel, toi aussi tu débordes?
- Ben pas qu'un peu, ma cocotte, ça y est, j'suis mariée à Saint-Jacques, maintenant, tu parles d'un couple!
Montparnasse, ayant enfin émergé du haut du moule:
- Ah ben les filles, vous en avez une dégaine, collées comme ça!
- Mets-la en veilleuse, Montpar', t'es la dernière à sortir et t'es vraiment moche, t'es au courant?
- Tu peux parler, Elf, t'as vu à quoi tu ressembles?
Voix apaisante et grave:
- Allons, allons, ne vous disputez pas, les petites, Eiffel et moi sommes unies mais par pour longtemps, vous le savez... Un destin plus vaste nous attend...

J'ai ouvert la porte du four avant que toute la pâte ne se soit déversée hors des moules improvisés, et ai pu procéder (après grattage des coulées généreuses de gâteau) au démoulage puis au montage de ma reproduction de Carcassonne et du Coudray-Salbard réunis.
Un grand merci à l'inventeur de piques à brochettes en bois.

J'ai préparé un glaçage au chocolat, mais le résultat est visuellement plus proche du chalet en rondins, que de la pierre brute. Les petits chapeaux des tours ont été confectionnés à l'aide de glaçage industriel acheté "pour voir", sorte de pâte sucrée parfumée à l'amande, très malléable et découpée à l'emporte-pièce puis repliée pour former les cônes.

Inutile de préciser que je suis extrêmement fière de moi.
Pour son anniversaire, Monsieur Pim a commandé une reproduction du Vaisseau Fantôme avec toutes les voiles, aux trois centièmes.

Oui, mais seulement s'il est vraiment très gentil dans les deux semaines à venir: la famille Pim va effectuer un petit tour de Nouvelle-Zélande loin des ordinateurs et autres blogs. Puisqu'on est sur place, on s'est dit qu'on allait jeter un coup d'œil aux alentours.
Chouette, on va manger des nouilles pendant quinze jours!
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08 septembre 2007

L'expérience interdite

Puisqu'on me reproche d'avoir lâchement abandonné le jeu du Ouikende (si!) voici une petite colle pour se consoler d'avoir reçu une avoinée de la part des Argentins autour du ballon ovale. Remarquons que je n'évoque cet épisode désolant que pour avoir l'air d'être informée. En effet, une âme charitable a téléphoné aux aurores pour me mettre au courant (NDLR: 10 heures de décalage entre la France et la NZ), alors que les gambades épuisantes de grands garçons pubères et parfois pères de famille, succintement vêtus de culottes courtes et de chemises numérotées, qui plongent dans la gadoue à la recherche d'un ballon qui n'est jamais là où on le croit, bref cette activité physique débordante et exsudant la testostérone me laisse de marbre.

Les photos représentent mon expérience au four, puis hors de celui-ci, et enfin la phase du démoulage. Je ne suis pas peu fière de ma technique peu orthodoxe, ayant trouvé un usage à des canettes de boissons dites énergisantes, qui sont d'ailleurs interdites à la consommation en France. En citoyenne respectueuse de la Loi, j'ai transvasé le contenu directement dans l'évier, qui n'a jamais été aussi bien récuré. Ces boissons à la taurine sont parfumées au bonbon industriel, une saveur acidulée écœurante, je me suis bien gardée d'y goûter et ai bien rincé les boîtes en aluminium pour être certaine d'éliminer toute trace d'excitant pour la confection de mon gâteau.

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Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir en faire, hein?? La réponse demain, si j'ai le temps, car les vacances arrivent et lundi il n'y aura plus personne ici!
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Posté par Pimali à 00:16 - inclassable! - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 septembre 2007

On sort Barbie

Qu'est-ce qu'on fait à manger quand le ciel est bleu, que les p'tits zoiseaux gazouillent dans les pohutukawas et que les températures se sont hissées au moins jusqu'à 18°?
Justement, j'ai des tranches de gigot en passe d'être périmées, c'est à dire que si je veux éviter d'envoyer toute la famille aux urgences, il est impératif de les cuire immédiatement ou d'effectuer le classique rangement vertical.

Je mets un pied prudent dehors, lance un regard scrutateur vers la voûte azurée qui nous ravit l'œil depuis le matin, lève un doigt interrogateur afin de vérifier la force du vent. Température correcte, ensoleillement satisfaisant, visibilité illimitée et vent nul.

Ce 1er septembre est le premier jour du printemps, en fonction de critères qui ne semblent pas provenir de détails triviaux comme les solstices mais plutôt de l'âge du capitaine; précisons que nommer les saisons en Nouvelle-Zélande ne représente qu'un intérêt très limité. Il fait à peu près la même température à Wellington tout au long de l'année, à part une pointe de canicule aux alentours de 25° en plein été, vers février. Nous reconnaissons qu'il doit faire plus frais l'hiver dans les endroits comme les stations de ski, mais nous n'avons pas de vocation météorologique ni celle de vanter le climat néo-zélandais pour faire venir du monde.

Monsieur Pim et moi-même nous sommes adaptés à une particularité locale, celle qui veut que les femmes soient en cuisine toute l'année pour concocter de savoureux sandwiches à la Vegemite ou des muffins au sucre (enfin, du sucre goût muffin) et que les hommes prennent le relais l'été pour assurer virilement la cuisson des viandes devant le barbeuquiou. Nommé aussi "barbie", car la langue de Shakespeare répugne à utiliser des mots de plus d'une voire deux syllabes (enfin, Shakespeare utilisait des vocables plus longs et souvent bien choisis, mais le pauvre n'a plus son mot à dire, alors foin de cuisson du cochon embroché "de la barbe au cul", on dit "barbie").

Or donc, Monsieur Pim a pris la cuisson de la viande en main. J'ai été chargée de récurer les plaques de cuisson en fonte qui ont passé les six derniers mois enrobées de la graisse de la dernière grillade. Il m'a demandé après coup "Il y avait encore des locataires, sur la plaque?"
Etonnée, je lui demande de préciser sa pensée.
"Oui, j'avais laissé un bout de gras bien calciné lors du dernier barbeuk, et plus tard j'ai vu qu'il était plein d'asticots. Marrant comme ça se met partout, même dans de la viande réduite à l'état de charbon!"
Heureusement, les asticots avaient rendu l'âme depuis ou avaient migré vers d'autres festins, je n'ai eu que le plaisir de frotter pendant une demi-heure la bonne graisse recuite des plaques.

Une fois les instruments de cuisson récurés à fond, Monsieur Pim est passé à l'action, et a œuvré devant l'extraordinaire monstre à gaz qui sert de barbeuk. Toute maison accompagnée au minimum d'une terrasse, ou mieux d'un jardin, se doit d'être équipée de cet appareil. Il en existe différents modèles, le nôtre semble de belle qualité, bardé de molettes à gaz; il propose une rôtissoire, une plaque pour garder au chaud, et un intéressant petit cadran qui donne la température interne de la bête quand elle chauffe.
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Nous sommes loin du fond de lessiveuse posé sur trois pieds tremblotants, chargé de menu bois allumé à grand peine, parfois à coup d'alcool à brûler histoire d'aller plus vite, feu sur lequel on pose la grille encore gainée des peaux de sardines qu'on a fait grésiller dessus la fois d'avant...

Non, c'est sérieux le barbie, pas de feu ouvert car les maisons sont bâties en planches, inutile de réitérer l'incendie de 1666 pour faire rôtir trois saucisses.
Après inspection du mode de cuisson, (on pose la bidoche sur la plaque, on ferme le couvercle jusqu'à ce que ça soit prêt) et avoir goûté le résultat, on dira que c'est comme une plaque de gaz avec poêle intégrée.
Pas de petit goût de feu, pas de morceau un peu charbonneux car la flamme s'est alimentée à la graisse, non, c'est aussi bien cuit que dans la cuisine.
L'intérêt est de profiter du beau temps dès qu'il fait 15°, de ne pas mettre de matière grasse (elle s'accumule toute seule après trois cuissons) et de montrer aux voisins qu'on fait la fête sans eux.

Posté par Pimali à 23:21 - repas - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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