Quand c'est noir, c'est que c'est cuit!

Expériences culinaires et gustatives en Nouvelle-Zélande: une place toute particulière est réservée aux ratés et à tout ce qui n'est pas bon. C'est plus drôle.

30 juillet 2007

L'oignonade de la mer

Mettons fin à l'insupportable suspense du tarama.

A quoi s'attend-on quand on achète une boîte étiquetée "The authentic taste of Greece"? (le vrai goût de la Grèce). Innocemment, j'ai tartiné des toasts tout juste sortis du grille-pain de cette appétissante pâte rose, versé quelques gouttes de jus de citron pour peaufiner, observé que le tarama ne blanchissait pas sous l'effet de l'acidité (tiens?), et goûté.
Pouah, berk, yuk, qu'est-ce que c'est que ce machin?

J'ai, un peu tard, jeté un œil soupçonneux sur la composition, que je vous livre à présent:
12% d'œufs de morue, (enfin, dans les 12% il y a aussi de la farine de soja, du sucre -ben tiens, du colorant 124 et du sel).
Voilà pour le premier composant.
On a ensuite l'inévitable huile de canola, sans pourcentage, puis de la chapelure, qui est elle-même composée de farine, on s'en doute, d'émulsifiants (471 & 481), sans oublier le régulateur d'acidité 263 (on règule l'acidité dans la chapelure?).
Pour terminer, un peu d'acide citrique, de l'eau, et, attention les yeux, de l'oignon.

Oui, seuls les œufs de poisson ont droit à un pourcentage, mais je suppute que l'oignon rentre pour près de 75% dans la composition du taramasalata.

C'est pour cela que j'ai levé les yeux au ciel quand Li m'a réclamé sa tartine, et je précise que je n'avais sorti la boîte que dans le but de prendre une photo, pas pour la servir au petit déjeuner!

Je n'ai jamais regardé de bien près de quoi est composé le tarama qu'on trouve en France, mais il me semblait que le goût était quand même plus proche de celui d'une préparation à base de poisson, que de celui d'une purée à l'oignon... C'est long en bouche, à éviter pour les petits dîners en amoureux, rhédibitoire avec le champagne. Remarquons que j'aurais dû essayer avec de la vodka.

Petite traduction maison de la bafouille écrite par le producteur:
"Le taramasalata Elysian est une pâte à tartiner au caviar (sic) à la façon grecque, fabriqué à partir d'œufs de morue pêchée dans la Méditerranée. Cette recette authentique est utilisée depuis de nombreuses générations dans les villages des Sept îles." Ensuite viennent les conseils de dégustation.

En réaction j'ai fait des rillettes de thon, d'après un excellent fascicule intitulé "Recettes pour les garçons qui veulent épater les filles", que j'ai repris à mon compte car il ferait beau voir que mes garçons veuillent épater les filles à leur âge. Y'a le temps. Composition de mes rillettes: 60% thon au naturel, 30% fromage frais, 10% ciboulette, et un jus de citron.IMG_3728

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27 juillet 2007

Jeu du ouikende VII

Changeons de formule: je n'ai malheureusement (ou heureusement?) pas beaucoup cuisiné cette semaine, car j'ai troqué le tablier de cuisinière pour celui d'infirmière. Et il y en a encore pour une bonne semaine...
Mais à la demande pressante de certains lecteurs assidus et surtout désireux d'enfin recevoir le panier garni rempli de gourmandises néo-zélandaises, je relance un quizz!
Au passage, que personne ne s'inquiète de la durée de vie de la Vegemite. Je pense qu'elle se conserve jusqu'à ce que mort s'ensuive (mort du propriétaire du pot) et se transmet aux héritiers. Les kiwis, par contre, ont beaucoup perdu de leur éclat et le chocolat au feijoa attend chez le marchand que je l'achète pour l'heureux gagnant qui en voudra.
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Alors, jeu en deux parties: la première est plutôt facile, la seconde demande de l'imagination.
Quel est l'aliment contenu dans le petit pot?
De quoi est-il composé? Donnez au moins trois éléments. Les pourcentages sont bienvenus.

Je précise qu'à mon grand désespoir, Li a bondi lorsque j'ai sorti le pot du frigo pour le photographier, et m'en a réclamé une tartine pour son petit déjeuner.

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26 juillet 2007

Du pain et des jeux

La toux dont Li nous gratifie depuis quelques jours n'aurait pas bénéficié d'un retour anticipé dans sa petite garderie, car celle-ci est typiquement néo-zélandaise: on y affectionne la vie au grand air.
Combien de fois suis-je allée la chercher pour la voir courir vers moi sur ses jolis petits pieds potelés et nus? Et le sable du bac, qui est tellement plus malléable si on laisse le tuyau d'arrosage couler dedans en continu... Sans compter les activités de patouillage dans une bassine montée sur pieds, à la hauteur des petits, qui peuvent y tremper les bras jusqu'aux épaules, parce que tout le monde sait que l'hiver ici ce n'est pas un vrai hiver.

La salle où s'ébattent les enfants est fermée par des portes coulissantes, grandes ouvertes, et la seule concession aux températures frisquettes est un chauffage électrique à résistance, installé au plafond (holà! on ne plaisante pas avec la sécurité).

En bref, je me suis dis que Li aurait moins de chance de faire une pneumonie si je la gardais encore un peu à la maison.

Je me suis décidée à faire du pain, ça faisait d'ailleurs un moment que je m'étais abstenue, car notre programme alimentaire souffre beaucoup de ce type de confection: comme disait mon grand-père, on ne mange pas le pain sec. Et en voiture pour faire des rillettes, ouvrir une boîte de foie gras de contrebande, ou juste étendre une petite couche de beurre salé quand le pain sort du four.

Dès que Li voit apparaître le sac de farine, elle traîne sa chaise jusqu'au plan de travail et m'aide. Oh oui, elle m'aide. Elle aime beaucoup la farine.
- Non, ça suffit, il y en a assez!
- Encore un 'tit peu.
- Bon, mais pas troooop... là, ça va.
- Et ze verse l'eau...
- Pas tout à la fois, attends, noooon...
- Attends, c'est moi ze tourne, ajoute-t-elle en mélangeant énergiquement et anarchiquement la bouillie aqueuse dont elle est l'auteur.

Philosophe, je laisse faire, et vais chercher le sel. Parce que c'est un sujet de discorde entre Monsieur Pim et moi. Ce n'est jamais assez salé, paraît-il. J'en verse un peu dans ma main (ah? faudrait peser? ah bon? Non, tout au pif), interrompue à la seconde par mon gâte-sauce, impérieuse:
- c'est moi! (je ne sais pas retranscrire le cheveu sur la langue, donc on aura traduit chaque son /s/ par un intermédiaire entre le /s/ français et le /th/ anglais)

Hop, quatre creux-de-main-de-Li plus tard, c'est salé. L'opération a eu lieu avant de verser l'eau, bien sûr, mais on appelle ça la licence poétique.

On a quand même fini par obtenir une pâte à pain, Li a rajouté de la farine dessus parce que c'est dans la recette et que c'est délicieux de plonger le bras dans le paquet et de saupoudrer partout. Et de tapoter en appuyant bien.
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Malgré ce traitement, la pâte a levé gentiment et, pour une fois, j'ai fait dans la fantaisie: j'ai tenté la cuisson dans des moules. L'allongé sert à nos productions de pâté de foie de volailles (tiens, ça fait longtemps), l'autre ne sert à rien alors comme je n'aime pas les feignants, je lui ai trouvé un emploi (un moule à soufflé? et alors? je ne vais quand même pas faire un soufflé, ahahaha!).

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Bon, un peu plus tard, une fois que le dessus a commencé à noircir (un de mes axiomes culinaires, rappelons-le), ce qui signifie que le pain a une belle croûte croustillante, j'ai sorti les deux moules du four. Sans me brûler (trop) car entre-temps, j'ai remis la main sur mes deux maniques.
Ça donne ça: une sorte de pain de mie, sans les beaux gros trous que j'obtiens d'habitude, quand je me contente de déposer les pâtons sur la tôle.

J'ai au moins gagné un compliment dans l'histoire: "Mais il est salé, ce pain!"

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25 juillet 2007

Tarte à la Pimali

Ou comment faire à manger quand le frigo est vide (ou presque).
Oui, car je croyais avoir gagné ma liberté avec la fin des vacances, mais que nenni, non content d'avoir eu Pi, Ma et Li sur le dos pendant deux semaines pluvieuses, voilà que 66% de mes héritiers sont tombés malades. Ma est ravi, heureux de sécher l'école, quoique vraiment ce ne soit pas la mine en Nouvelle-Zélande. Question compétition et travail à la maison, je dois dire que c'est, là aussi, très "peace and love". Décontracté, quoi.

Li tousse à fendre l'âme mais reste assez en forme pour débrancher l'ordinateur pendant que maman écrit un de ses textes impérissables, aussi mon dernier écrit qui m'aurait valu le Goncourt, le Fémina et le Renaudot réunis, a disparu avec la déconnection dudit ordinateur. Demain, elle repart au kindy, avec un pull.

Pi peste de devoir aller en classe, il faut dire qu'il a un cours de hip-hop prévu, un dessin de chevalier et un bricolage en route, c'est beaucoup trop. (Retour à la bonne école française, à la baguette, l'année prochaine).

Tout ça fait que je ne suis pas encore assez mère indigne pour laisser mes poussins tous seuls à la maison (ceux qui suivent savent qu'ils ont quatre et huit ans), donc frigo en phase de désertification avancée. Et Monsieur Pim qui rentre déjeuner!

Je fouille et j'extrait un fond de pâte du congélateur, un pot de moutarde (française, sans sucre), des tomates, du parmesan râpé (enfin, c'est marqué parmesan dessus, mais on peut se permettre d'avoir des doutes), de la crème liquide, du bacon que je transforme illico en lardons, et une courgette qui commençait à ramollir pour passer le temps. J'ai tartiné la pâte de moutarde, empilé les ingrédients artistiquement et au four pour un certain temps.IMG_3712

Quand j'ai estimé que l'heure était venue, Monsieur Pim ne devant pas tarder à rentrer, j'ai sorti la tarte à l'aide d'un torchon, en me brûlant car j'ai encore égaré mes maniques (je les ai choisies rouges, pourtant), essayé de l'extraire convenablement de son moule en silicone (elle a un peu plié, mais ça ne se voit -presque- pas) et on a attendu le retour du guerrier.
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Bon, il n'est pas venu, mais les enfants l'ont trouvée drôlement bonne. De toute façon, c'était ça ou rien.


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23 juillet 2007

Abracadabra, fouchtra!

J'avais laissé passer la date, mais j'ai profité d'un sursaut d'activité dominicale de Monsieur Pim pour l'envoyer m'acheter LE bouquin. Au passage, notons que le dimanche, foin de règlements bizarres, de lois curieuses ou de principes élevés, tous les magasins sont ouverts, et il est revenu brandissant les ampoules achetées chez Mitre 10 (prononcez 'maillteure tin'), notre équivalent Casto, et Harry Potter dernière mouture.
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J'ai été ébahie de constater que le livre, étiqueté à $55, était déjà mis en solde à $32, et ai fait part de mon heureuse surprise à Monsieur mon mari, qui s'est gaussé d'un air supérieur, m'assenant quelques vérités du style "Ah! Tu fais bien la ménagère de moins de cinquante ans, tu sais parfaitement que c'est une accroche publicitaire! 'ce livre vaut 595 francs mais je vous le fais exceptionnellement à 32 francs!', alors que le mec l'a acheté 3 francs! ". Passons. J'ai bien le droit d'être naïve, non? (Remarquons que nous parlons en anciens nouveaux francs, que nous convertissons en drams arméniens, pour ensuite trouver l'équivalent euro, avant de multiplier par l'âge du capitaine et d'Helen Clark pour le total en dollars néo-zélandais. C'est plus simple pour nous.)

Une fois le repas expédié, j'ai essayé de trouver de l'occupation pour tous afin d'avoir la paix. Pi a réclamé de lire le bouquin avec moi, mais au bout d'une demi-page, vu qu'il me demandait la traduction d'un mot sur trois, je l'ai renvoyé à ses Playmobils en lui promettant de lui passer le livre après.
Ensuite, Li est venue faire la sieste sur mon ventre. En bougeant le plus possible.
Ma, effondré dans un fauteuil le plus proche de moi, geignait à intervalles réguliers: "j'sais pas quoi faiaiaiaire!".
Monsieur Pim, imperturbable, après avoir exprès tambouriné sur la table de la cuisine jusqu'à ce que je hurle "Stooooop!" (et continué encore un peu pour la bonne bouche), s'est désintéressé de l'atmosphère ambiante pour bidouiller on ne sait quoi sur l'ordinateur.
Quelques moments de calme m'ont permis de reprendre contact avec Harry et ses copains, de retrouver à quels personnages correspondent les noms anglais, et de me plonger dans l'histoire.

Au bout de 170 pages, Pi revient à l'attaque.
- Je veux faire un gâteau.
- Nan.
- Mais c'est bientôt le goûter!
- Justement, y'a pas le temps.

En plus, à midi j'avais préparé malencontreusement une recette fielleusement intitulée "petits flans ronds" qui s'est avérée un équivalent alimentaire de la colle à bois. Ils sont jolis tout plein sur la photo, mais malgré mon estomac d'autruche, j'ai passé l'après-midi effondrée dans mon canapé, carburant au bicarbonate de soude et essayant de chasser toute idée alimentaire de mon esprit. Et j'ai suivi la recette point par point! DSCF1484
Je le soupçonne d'être un gâteau de régime: une fois mangé, on ne prend pas d'autre repas avant le lendemain, c'est impossible.
DSCF1485

Pi s'est mis à feuilleter Ginette, dans l'espoir de me convaincre.
- Oh, et une mousse au chocolat?
- Beuh...
- Non, tu as raison, un gâteau.
- (beuh...)
- J'ai trouvé! s'écrie-t-il, enthousiaste comme on peut l'être à neuf ans et demi. Des îles flottantes!
- Rôôô, non! C'est moi qui vais devoir tout faire! Je lis, bon sang!
Monsieur Pim, à qui on ne demandait rien:
- Quand même, tu pourrais lui faire plaisir!
- Vas-y, toi, faire des îles flottantes!
- Non, je ne peux pas, je suis occupé.

Je demande à Pi de lire la recette, dans l'espoir qu'il nous manque des ingrédients, ce qui pourrait vider la maison de certains éléments partis faire les courses.
- Alors, il faut: 6 œufs...
- On n'en a plus!
- Trois ou quatre litres de lait...
- Hein?
- Ben y'a marqué trois, puis une barre, puis quatre!
- Trois-quarts!
- Bon, et puis 200 grammes de sucre et ... une pincée de ... poudre... adra... jen..te... Adrajante?
- Quoi?
- Non, adragante!

C'est là que la réalité et la fiction se sont rejointes. Une recherche sur internet nous a appris que cet ingrédient de sorcière est une poudre produite en Iran, à base de plantes, pour épaissir les préparations, et qu'on la connaît aussi sous le nom de poudre de dragon.
On n'en trouve plus guère, les américains l'ont boycottée, paraît-il, au profit d'autres épaississants plus ou moins naturels.
Je me demande si les Etats-Unis produisent de grandes quantités d'agar, (ou agar-agar), vu que ça semble furieusement à la mode ces temps-ci.

On n'a pas fait d'îles flottantes, Monsieur Pim a été expédié très loin acheter des œufs, les enfants ont été expulsés de mon orbite directe, et j'ai pu lire en paix.

J'y retourne, je n'en suis qu'à la moitié.

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Trop facile, pourtant...

Oui, je séchais, moi, pour le jeu de ce ouikende, mais mon regard a accroché un pauvre machin qui se racornissait en faisant des bulles sur mon plan de travail. De l'air de dire "Hé! Faut pas m'oublier! Blub, blub, blub."

Histoire de lui trouver une utilité, je l'ai transporté sur la table du salon où la lumière est meilleure (oui, plein nord), j'ai un peu pressé les bords du trou déjà existant pour faire sortit quelques bulles, mais je ne suis pas allée assez vite pour les prendre au vol. Et puis, ainsi que FraisePêche me l'a diplomatiquement fait remarquer, je suis pas vraiment bonne en photo. Non plus.
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Bref, ainsi que l'on peut le voir ici, il s'agit du fameux reliquat du panier gourmand mis en jeu voici plusieurs semaines, dont personne ne veut. J'ai déjà refilé la Vegemite à une copine désespérée dont les enfants en consomment (leur papa est néo-zélandais, ce doit être génétique), mais les kiwis attendaient dans un coin que quelqu'un en veuille.

Bon, depuis Li l'a mangé, j'ai bien enlevé tout le noir, en plus je pense que ça a donné du goût au fruit.

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21 juillet 2007

Jeu du ouikende VI

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Encore un gros plan, mais je n'ai rien raté cette semaine! Si si. Et c'est pas tous les jours qu'on trouve des légumes maori, des tourniquets à farine ou des volailles au parfum de hareng.
Mon panier garni commence à être un peu moisi, sauf la vegemite qui doit être imputrescible. Si un jour l'humanité disparaît, par exemple après l'ultime bombe A, je soupçonne que les cafards et scorpions se nourriront de la vegemite survivante.

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19 juillet 2007

Bêêêêê! fit l'oiseau

Afin de satisfaire un public exigeant, je suis repartie chez mon détaillant de produits de la mer préféré, armée de mon Canon. L'appareil photo, précisons-le, mes visées restent pacifiques en général. J'ai ainsi interrogé la charmante marchande de poisson, une fois mes filets de tarakihi emballés soigneusement dans du papier huilé.

- Dites-voir, c'est quoi cet oiseau que vous vendez, là, à côté des homards?
- C'est du muttonbird, me précise-t-elle en souriant, s'extrayant de son rayon réfrigéré pour en faire le tour et m'accompagner à côté des bêtes.
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Je dois dire qu'à chaque fois que j'ai interrogé un commerçant (surtout quand je formule des demandes hors normes) j'ai toujours reçu un accueil serviable, et des explications détaillées avec le sourire.
- Oui, mais euh, ça se mange coment?
- Oh, c'est réservé aux Maori, en général, en plus pour le cuire c'est compliqué.
- Ah? Et ça a quel goût?
- Ben, pas terrible, c'est très fort il paraît!
On voit qu'elle n'a pas d'actions dans ce magasin, donc je me suis contentée de prendre une photo et de décamper.

J'ai quand même trouvé quelques renseignements plus circonstanciés, le témoignage d'un chef de cuisine britannique (oui, il y en a) qui a dû en préparer.

D'abord, en Maori on les appelle des Titi, en réalité il semblerait que c'est une sorte de pétrel. Leur chair est dure, salée avec un fort parfum poissonneux, et si on ne les prépare pas selon les règles ils ont le goût d'un poulet farci au hareng saur.

Afin d'éviter cet inconvénient, il est préférable de faire tremper le muttonbird une journée entière en changeant l'eau toutes les huit heures, et ensuite il faut le faire bouillir au moins trois quarts d'heure.

Ce n'est pas fini.

On change l'eau et on refait bouillir, et rebelote, jusqu'à ce que la chair soit tendre.

C'est à ce moment-là qu'on peut le faire griller ou rôtir. Enfin, ce qu'il en reste, parce qu'avec un pareil traitement il ne doit plus subsister grand-chose de la bestiole.

Et puis, il vaut mieux ne pas être affamé, car si je compte bien, il faut une journée de vingt-quatre heures à le faire tremper en faisant les 3-8 pour changer l'eau, plus trois ébouillantages de quarante-cinq minutes, en comptant le temps que l'eau met à bouillir, on rajoute donc trois heures, et encore une bonne heure de rôtissage car il faut procéder lentement à cette dernière opération.
Donc on doit s'y prendre le samedi matin à huit heures, pour servir son muttonbird le dimanche midi.

Je suis contente d'avoir approfondi ma recherche: une recette dans mes cordes. Quand c'est bouillu, c'est que c'est cuit.

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18 juillet 2007

Société de consommation

De temps en temps, il faut bien céder aux demandes pressantes des enfants, et dans le grand trio de tête des plats réclamés à cor et à cri, nous avons les poissons carrés.
En première place, cela va sans dire, les nouilles. En deuxième aussi, d'ailleurs.

Ma mission: essayer de comprendre comment le rayon surgelé est disposé (même en France je ne le fréquente pas vraiment) et mettre la main sur des boîtes représentant un marin buriné fumant sa pipe, en maillot rayé et vantant sa marchandise.
J'en ai trouvé du premier coup! La photo montrait des bâtonnets d'un jaune engageant, semblant croustiller d'avance après un réconfortant bain à l'huile chaude.
J'ai acquis pour une poignée de dollars la précieuse provende de la mer et l'ai servie à mes oisillons affamés. Beurk. Une espèce de bouillie blanchâtre garnissait l'intérieur de la croûte, celle-ci deux fois plus épaisse que la pâte de poisson.
Pas étonnant qu'on ait des poubelles aussi pleines, compte tenu de mes malencontreux essais.

J'ai renouvelé l'expérience avec une boîte mieux choisie, je suppose que les autres clients se demandent ce que je fais plantée la tête dans le bac à surgelés, à lire tous les emballages. Le personnel du supermarché ne se pose plus de questions, ils me connaissent et savent que la Française est bizarre.

J'imagine assez ce qu'ils doivent se raconter:
- Dis-donc, Sharon, t'as vu la Française, aujourd'hui?
- Oui, elle a encore réclamé du jambon tranché spécialement pour elle, et elle a même demandé à Ming de lui préparer un poisson! Il a refusé, bien sûr, comme s'il pouvait faire ça! Il est seulement poissonnier!
- Et puis, elle regarde tous les emballages, j'ai remarqué qu'elle n'achète jamais notre bacon kiwi, pourtant il est bon, y'a au moins 40% de sucre dedans!
- Sans compter qu'elle achète des quantités de légumes, je me demande si elle a des lapins chez elle. Tu sais qu'elle a demandé à Devi quelle était l'espèce des fraises qu'on vend?
- Pas possible! Des fraises, c'est des fraises! Remarque, elle a aussi réclamé un truc dégueulasse à Trudy, à la boucherie.
- Quoi? vraiment dégueu?
- Tu devineras jamais... Du foie de veau!
- Yuk! Beurk! Dire qu'y paraît que les Français s'y connaissent en bouffe! Enfin, c'est peut-être seulement elle, hein!
- Ouais, faut dire qu'elle est bizarre. T'as vu, elle veut que ça aille vite aux caisses, tu te rends compte, elle n'aime pas qu'on lui mette ses courses dans ses sacs! Pourtant, on est soigneux, on trie bien tout, on lui donne plein de sacs plastiques, et c'est tout juste si elle ne nous prend pas ses achats des mains pour remplir elle-même ses sacs!
- Oh, ben moi, je la laisse faire. Comme ça on la voit moins longtemps, elle fourre tout dans ses cabas, on a à peine le temps de scanner, et hop, c'est rempli! Au moins, les autres clients, ils nous laissent prendre notre temps.

Etc. Je garde la tête haute et j'assume ma différence. Après tout, ils font bien des poissons carrés parallélépipédiques.
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16 juillet 2007

Meunier, tu dors...

De quoi pouvait-il donc s'agir? Tout simplement d'un instrument complètement hurluberlu, une moulinette à tamiser la farine et tout ce qu'on veut (de tamisable). J'ai d'ailleurs lorgné avec envie dessus pendant longtemps, me disant que posséder un truc pareil, s'il ne m'aidait pas à réussir de splendides gâteaux, décorerait avec originalité un coin de mon placard. J'ai hésité, balançant entre l'utilité du machin et l'envie d'être en possession d'un instrument ludique, exotique et anglo-saxon.

En effet, il me semble me souvenir qu'en France, on vend des paquets de farine tamisée, qui ne m'a jamais empêchée de faire de gros grumeaux rassurants dans tout ce que je confectionnais à base de farine. Alors, pourquoi tamiser ma grosse farine néo-zélandaise, hein?
Bon, il y en a qui font les soldes de façon compulsive, d'autres qui ne peuvent s'empêcher d'acheter des produits ménagers en pensant que ça leur épargnera le travail, et même il paraît que certains jouent à faire des enchères sur internet. Mon vice actuel, c'est les instruments culinaires. Et ce tamis, avec sa moulinette en bois tourné, sa graduation en 'cups' totalement inutile, et son aspect parfaitement rétrograde, je l'ai tout de suite pris en affection.
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Maintenant, il ne reste plus qu'à lui trouver un nom. Moulinette à farine? Tamisette? Anti-grumeaux? Tamiztout? Farinette? Zip-zip? (référence au bruit émis par la partie métallique à l'intérieur, quand elle passe sur le grillage), Pimalinette? (après tout, je l'ai découverte, non?).

Il me reste un vieux pot de Vegemite et quelques kiwis fripés, toujours pas gagnés depuis qu'ils ont été refusés aux premiers jeu du Ouikende, déclinés par les heureux gagnants. Ce qui m'étonne, quand même.

Posté par Pimali à 00:28 - Jeu du ouikende - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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